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Ghazi Mrabet, huit jours isolé du monde

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Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

    Huit jours après l’arrestation de Ghazi Mrabet, l’affaire est connue dans ses moindres détails. Du moins dans la version des autorités. Celle de l’avocat, elle, reste inconnue. Entre-temps, le service chargé de l’enquête a changé et ses avocats ne sont toujours pas parvenus à le rencontrer.

    L’affaire avait tout pour provoquer un choc. Jeudi 3 septembre 2026, l’avocat Ghazi Mrabet est arrêté au domicile de l’un de ses clients, présenté comme un trafiquant de drogue recherché et condamné à quarante ans de prison.

    Le lendemain, les premiers éléments sont communiqués par une source judiciaire citée par l’agence Tap. Ils sont spectaculaires : plus de huit kilogrammes de cocaïne, quatre kilogrammes de cannabis et 394.000 dinars en espèces auraient été saisis au domicile. Les deux hommes auraient été interpellés en flagrant délit. L’enquête porte notamment sur des soupçons de constitution d’une bande en vue du trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent.

    Ghazi Mrabet est placé en garde à vue pour cinq jours.

    L’affaire est immédiatement commentée sur les réseaux sociaux. Des pages favorables au pouvoir relaient abondamment les accusations et certains commentaires vont rapidement bien au-delà de la prudence qu’impose une enquête en cours.

    Une question est notamment utilisée pour accabler l’avocat : que faisait-il chez un trafiquant de drogue ?

    La question paraît simple. Elle suppose pourtant que l’on connaisse les circonstances exactes dans lesquelles Ghazi Mrabet s’est retrouvé au domicile de son client.

    Or, huit jours plus tard, ce n’est toujours pas le cas.

    Une version très précise, mais une seule version

    Les informations publiées depuis le 4 septembre permettent de connaître avec précision ce que les autorités disent avoir découvert.

    On connaît les quantités de stupéfiants annoncées. On connaît le montant des espèces annoncé : 394.000 dinars. On connaît la qualification des faits sur lesquels porte l’enquête. On nous dit également que les deux hommes ont été interpellés en flagrant délit au domicile du client de Ghazi Mrabet.

    Mais toutes ces informations ont un point commun : elles proviennent de la même partie de l’affaire.

    Que dit Ghazi Mrabet ?

    Était-il déjà au domicile lorsque les forces de l’ordre sont intervenues ? Dans quelles circonstances s’y était-il rendu ? Quelle est sa version du déroulement de l’interpellation ? Que répond-il aux soupçons de trafic de stupéfiants et de blanchiment ? Confirme-t-il les circonstances et les éléments matériels rapportés depuis son arrestation ? Est-ce vraiment 394.000 dinars qui ont été saisis ?

    Business News n’en sait rien. Et le public non plus.

    Cela ne signifie évidemment pas que les informations communiquées par les autorités sont fausses. Cela signifie qu’elles n’ont toujours pas pu être confrontées publiquement à la version de la personne qu’elles mettent directement en cause.

    Une enquête judiciaire sert précisément à établir les faits. Une garde à vue n’est pas une condamnation et la version d’un service enquêteur, aussi détaillée soit-elle, ne saurait se substituer à l’ensemble de la procédure contradictoire.

    Pourquoi Ghazi Mrabet n’a-t-il pas pu voir ses avocats ?

    À cette absence de contradictoire s’ajoute une autre question : celle de l’accès de Ghazi Mrabet à ses avocats.

    Mercredi 9 septembre au soir, l’avocat Nafâa Laribi a publiquement interpellé les autorités sur ce point.

    Selon son récit, plusieurs confrères ont tenté de rencontrer Ghazi Mrabet pendant sa garde à vue sans y parvenir. Différentes explications leur auraient été données, dont l’impossibilité de transporter le détenu de la caserne de détention de Bouchoucha vers la caserne de la Garde nationale de l’Aouina.

    Nafâa Laribi a ensuite apporté une précision importante à sa propre publication.

    Après un échange avec le secrétaire général de la section régionale de Tunis de l’Ordre national des avocats, il a indiqué que le parquet n’avait pris aucune décision interdisant aux avocats de rencontrer Ghazi Mrabet, ni pendant les premières 48 heures ni par la suite.

    D’après les éléments rapportés par Nafâa Laribi, le problème se situait donc ailleurs.

    Les avocats s’adressaient au parquet, qui autorisait la rencontre. Mais lorsqu’ils se rendaient auprès du service chargé de l’enquête, ils ne parvenaient pas à voir leur client.

    Toujours selon Nafâa Laribi, une interprétation particulière des textes leur aurait été opposée : Ghazi Mrabet étant lui-même avocat, les enquêteurs ne pouvaient pas procéder à son audition durant la période concernée et en déduisaient qu’une rencontre avec son avocat ne pouvait avoir lieu.

    Nafâa Laribi conteste vigoureusement cette interprétation.

    Mercredi soir, Nafâa Laribi a annoncé que le président de la section régionale de Tunis de l’Ordre des avocats avait finalement été autorisé à rencontrer Ghazi Mrabet. Il n’a pas indiqué que la rencontre avait eu lieu. Une nuance importante puisque, les jours précédents, d’autres avocats avaient déjà obtenu du parquet l’autorisation de le rencontrer sans parvenir à le voir.

    À ce jour, ni la section régionale de Tunis ni l’Ordre national des avocats n’ont annoncé qu’un avocat avait pu rencontrer Ghazi Mrabet.

    Si le parquet n’avait pas interdit les visites, qu’est-ce qui empêchait concrètement ses avocats de le rencontrer ?

    Que dit la loi sur l’accès à l’avocat ?

    Le Code de procédure pénale est pourtant précis. Son article 13 quater prévoit que l’avocat d’une personne gardée à vue peut, s’il le demande, rendre visite à son client et s’entretenir avec lui individuellement pendant trente minutes. En cas de prolongation de la garde à vue, un nouvel entretien peut être demandé.

    Le Code prévoit certes une exception permettant de différer l’accès à l’avocat lorsque les nécessités de l’enquête l’exigent, mais celle-ci concerne les affaires terroristes et ne peut dépasser quarante-huit heures à compter du début de la garde à vue. Or, selon les informations rendues publiques jusqu’ici, Ghazi Mrabet est poursuivi dans une affaire de stupéfiants et de blanchiment d’argent, et non de terrorisme.

    La législation sur le blanchiment permet bien une garde à vue plus longue : cinq jours, renouvelables une fois pour la même durée. Elle explique donc les dix jours pendant lesquels Ghazi Mrabet peut être maintenu en garde à vue. Business News n’a cependant trouvé dans ces dispositions aucun texte autorisant à le priver pendant cette période de tout entretien avec son avocat.

    Dès lors, une question reste sans réponse : si le parquet n’a pas interdit les visites et si le Code de procédure pénale reconnaît au gardé à vue le droit de s’entretenir avec son avocat, sur quel fondement juridique Ghazi Mrabet est-il resté huit jours sans pouvoir rencontrer le sien ?

    De la Police judiciaire à la Garde nationale

    Un autre élément mérite attention. Il apparaît en comparant simplement les informations officielles publiées à quatre jours d’intervalle.

    Vendredi 4 septembre, la source judiciaire citée par l’agence Tap indique que Ghazi Mrabet et son client ont été arrêtés par les unités de la sous-direction de lutte contre les stupéfiants de la Direction de la police judiciaire (dépendant des services de police).

    Plus important encore, le parquet charge explicitement cette même sous-direction de « poursuivre les investigations ».

    À ce moment-là, le service chargé de l’enquête est donc clairement identifié : la police.

    Mardi 8 septembre, lorsque la prolongation de cinq jours de la garde à vue de Ghazi Mrabet est annoncée, le service mentionné n’est plus le même.

    L’enquête est désormais menée par la brigade centrale de lutte contre les stupéfiants relevant de la Garde nationale à l’Aouina et non plus de la police.

    Et aucune information publique n’en explique la raison.

    Un changement également au parquet de Tunis

    Un autre événement est intervenu cette semaine dans l’appareil judiciaire.

    Selon plusieurs sources judiciaires concordantes interrogées par Business News, parmi lesquelles des avocats et un magistrat, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis aurait été muté en début de semaine pour rejoindre la Cour de cassation.

    Plusieurs avocats habitués du tribunal affirment également que son bureau est désormais fermé.

    Or, c’est sous l’autorité de ce parquet qu’est menée l’enquête relative à Ghazi Mrabet. À l’heure où nous publions ces lignes, Business News n’a trouvé aucune communication officielle annonçant ce mouvement ni, a fortiori, en exposant les raisons.

    Les certitudes des premières heures

    Il reste alors à revenir au point de départ.

    Dès les premières heures de l’affaire, Ghazi Mrabet a été présenté sur les réseaux sociaux comme un avocat surpris chez un trafiquant de drogue, au milieu de plusieurs kilogrammes de stupéfiants et d’une importante somme d’argent.

    Certains sont allés jusqu’à considérer sa présence au domicile de son client comme suspecte en elle-même.

    C’est oublier un principe élémentaire : un avocat peut parfaitement se rendre chez son client dans le cadre de l’exercice de sa profession. Sa présence dans un lieu ne démontre pas sa participation aux actes reprochés à celui qui s’y trouve.

    Huit jours après l’arrestation, on a toujours une seule version des faits, celle de l’accusation. Un service d’enquête remplacé sans explication. Un procureur muté sans communication officielle. Des avocats autorisés par le parquet mais qui ne parviennent pas à voir leur client.

    Rien de tout cela ne prouve quoi que ce soit sur le fond de l’affaire. Mais rien, non plus, n’explique pourquoi ces zones d’ombre persistent huit jours après les faits.

    Ce jeudi matin, Ghazi Mrabet n’a toujours pas pu donner sa version et reste isolé du monde.

    Raouf Ben Hédi

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    Commentaire

    1. Hannibal

      Répondre
      10 septembre 2026 | 14h12

      Ils n’en ont rien à f….. de ce vice de procédure.
      La Stasi renaît sous notre ciel.
      En attendant la perestroika et la chute du mur … Ce dernier est beaucoup plus difficile à faire tomber parce qu’il est dans les têtes.

    Répondre

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