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Flottille Soumoud : le Front de salut alerte sur l’état de santé de Wael Naouar

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Par Imen Nouira

    Le Front de salut national a alerté, vendredi 11 septembre 2026, sur la situation de Wael Naouar, Nabil Chennoufi, Ghassen Boughdiri et Ghassen Henchiri, les quatre membres de la coordination tunisienne de la Flottille Soumoud actuellement détenus et en grève de la faim pour protester contre leur détention. L’organisation s’inquiète particulièrement de l’état de santé de Wael Naouar, engagé dans ce mouvement depuis près d’un mois.

    Cette prise de position intervient le jour même où la justice a décidé de prolonger de quatre mois les mandats de dépôt visant les quatre militants.

    Dans son communiqué, le Front affirme suivre avec « une grande inquiétude » les conditions de détention des quatre grévistes de la faim. Il met particulièrement en garde contre la dégradation continue de l’état de santé de Wael Naouar, estimant qu’après près d’un mois de grève de la faim, les risques pour sa vie et son intégrité physique deviennent sérieux.

    Wael Naouar avait entamé sa grève de la faim dimanche 16 août pour protester contre son maintien en détention et réclamer l’abandon des poursuites engagées contre lui et ses camarades. Il l’avait baptisée « Somoud », en référence à la flottille dont il est membre.

    Une prolongation de la détention décidée le même jour

    L’alerte intervient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu. Vendredi, le juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier a décidé de prolonger de quatre mois les mandats de dépôt visant Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi.

    Dans la matinée, une manifestation de soutien avait également été organisée devant le palais de justice pour réclamer leur libération. La veille, la Commission nationale de défense des militants de la Flottille Al Soumoud et du droit palestinien avait estimé que la première période de détention préventive arrivait à son terme et réclamé leur libération immédiate.

    Les quatre militants sont détenus dans le cadre d’une affaire ouverte en mars 2026. Plusieurs membres de la coordination avaient été arrêtés à partir du 6 mars, avant l’émission, le 16 mars, de mandats de dépôt visant sept d’entre eux. Ils sont notamment poursuivis pour des faits liés au blanchiment d’argent dans le cadre d’une entente organisée.

    Depuis, Jawaher Channa, Sana M’hidli Mseheli et Mohamed Amine Bennour ont été remis en liberté, sans que les poursuites engagées contre eux ne soient abandonnées. Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi restent, eux, incarcérés.

    Le Front de salut considère que leur engagement au sein de la Flottille Soumoud relève d’une démarche pacifique de solidarité avec le peuple palestinien. Il dénonce dès lors ce qu’il qualifie de contradiction entre leur maintien en détention et le discours officiel tunisien en faveur de la cause palestinienne.

    Le Front interpelle directement le pouvoir sur ce terrain : « Quel sens peut avoir le soutien à la Palestine si celui qui l’exprime pacifiquement se retrouve derrière les barreaux ? » Il rappelle également le slogan de « normalisation, haute trahison » porté par le président de la République, Kaïs Saïed, pour mettre en cause ce qu’il considère comme un décalage entre le discours politique et le traitement réservé aux militants de la flottille.

    Surpopulation et décès en prison : le Front élargit l’alerte

    Au-delà du sort des quatre militants, le Front de salut élargit son communiqué à la situation dans les établissements pénitentiaires. Il refuse que les prisons deviennent, selon ses termes, des espaces fermés à la surveillance et à la reddition des comptes et réclame que toute la lumière soit faite sur les décès survenus en détention. Il demande l’ouverture d’enquêtes « sérieuses et indépendantes » afin d’en établir les causes et les éventuelles responsabilités.

    Cette demande intervient après plusieurs alertes lancées ces dernières semaines sur la situation carcérale. Début août, l’association Intersection pour les droits et les libertés avait affirmé que les prisons tunisiennes accueillaient plus de 33.000 détenus pour une capacité officielle de 17.000 lits, soit un taux d’occupation de 194%. Selon ses données, la population carcérale était passée de 23.000 personnes en 2022 à plus de 33.000 en 2025.

    La prison civile de Mornaguia, où est détenu Wael Naouar, figurait parmi les établissements particulièrement concernés. Selon Intersection, elle affichait en 2024 un taux d’occupation de 210%, soit plus de deux détenus pour une place théorique. L’association avait également recensé treize décès qu’elle qualifiait de « suspects » entre juillet 2025 et juillet 2026 dans plusieurs établissements pénitentiaires.

    Les inquiétudes se sont accentuées fin août, en pleine période de fortes chaleurs. Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, avait fait état de cinq décès survenus durant la seule journée du vendredi 28 août dans des établissements pénitentiaires du Grand Tunis, précisant tenir cette information de sources judiciaires chargées de ces dossiers. Le lendemain, il avait alerté sur les conséquences de la chaleur étouffante dans les prisons.

    Plus récemment, mardi 8 septembre, le décès en détention de l’homme d’affaires Lazhar Sta, âgé de 72 ans et lui aussi détenu à la prison civile de Mornaguia, avait de nouveau ravivé les interrogations sur la situation carcérale. À ce stade, aucune communication officielle n’a précisé les causes exactes de son décès.

    Aucun bilan officiel global ne permet par ailleurs d’établir précisément le nombre de décès survenus en détention durant l’épisode de fortes chaleurs ni leurs causes.

    C’est dans ce contexte que le Front de salut réclame des mesures urgentes pour protéger la vie et la santé des détenus. L’organisation rappelle que le droit à la vie, à la santé et à la dignité demeure garanti à toute personne incarcérée, qu’il s’agisse d’un opposant politique, d’un journaliste, d’un blogueur ou d’un militant de la société civile.

    Concernant spécifiquement les quatre membres de la Flottille Soumoud en grève de la faim, le Front réclame une intervention urgente pour protéger la vie de Wael Naouar et assurer la prise en charge médicale nécessaire à l’ensemble des grévistes. Il demande également leur libération et réitère son appel à libérer les détenus politiques et ceux qu’il considère comme victimes de procès d’opinion ou d’affaires à caractère politique.

    Plus largement, le Front réitère son appel à libérer les détenus politiques ainsi que ceux qu’il considère comme victimes de procès d’opinion ou d’affaires à caractère politique. Il appelle également à mettre fin à ce qu’il dénonce comme une utilisation de la prison et des poursuites judiciaires pour sanctionner les adversaires politiques et les personnes exprimant des positions divergentes.

    Pour le Front de salut, la solidarité avec la Palestine ne saurait se limiter aux slogans : elle suppose également de garantir aux Tunisiens le droit d’exprimer pacifiquement leur soutien au peuple palestinien. Une revendication formulée quelques heures seulement après la prolongation de quatre mois de la détention des quatre militants, alors que la poursuite de leur grève de la faim, et particulièrement la dégradation de l’état de santé de Wael Naouar, ajoute désormais une urgence humaine au bras de fer judiciaire.

    I.N.

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