Le journaliste et rédacteur en chef d’Al Qatiba, Mohamed Yousfi, a été placé à la prison civile de la Mornaguia après avoir été transféré, jeudi 10 septembre 2026 au soir, de l’hôpital où il avait été admis en urgence quelques jours plus tôt. Selon son avocate, Me Hela Ben Salem, qui lui a rendu visite vendredi 11 septembre en compagnie de Sami Ben Ghazi, son état de santé est en amélioration et le journaliste affiche un moral élevé.
« Pour la première fois, je ressens du confort et de la sérénité, même derrière les murs de la prison », a déclaré Mohamed Yousfi à son avocate, expliquant cette sérénité par sa conviction d’être innocent.
Le rédacteur en chef d’Al Qatiba devait intégrer la prison depuis le 8 septembre, date à laquelle le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier de Tunis a émis un mandat de dépôt à son encontre. L’information judiciaire porte notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.
« Je n’ai jamais été un journaliste d’opposition »
Dans les propos rapportés par Me Hela Ben Salem, Mohamed Yousfi revient longuement sur ce qu’il considère comme le véritable enjeu de son affaire : son indépendance éditoriale.
Le journaliste estime qu’il « paie aujourd’hui le prix d’une politique éditoriale indépendante » d’Al Qatiba et de son attachement à son indépendance professionnelle. Il insiste, selon son avocate, sur le fait qu’il n’a « jamais été un journaliste d’opposition », mais un journaliste indépendant exerçant son métier et défendant la liberté de la presse.
Il affirme également ne travailler « selon aucun agenda ni pour le compte d’aucune partie ».
Le journaliste considère ainsi que les poursuites dont il fait l’objet constituent une « tentative d’assassinat moral » et une volonté de « faire taire sa voix ».
Pour Mohamed Yousfi, les arrestations, les pressions et les poursuites judiciaires ne sauraient constituer une réponse aux problèmes liés à la liberté de la presse. Elles ne permettront pas davantage, estime-t-il, de résoudre les difficultés réelles auxquelles sont confrontés les Tunisiens et les Tunisiennes.
Un passage par l’hôpital avant le mandat de dépôt
L’arrestation de Mohamed Yousfi remonte au 4 septembre 2026. Le journaliste avait été interpellé à l’entrée d’Express FM, où il devait participer à une émission consacrée à la politique de l’eau. Son téléphone avait été saisi et il avait été conduit par des agents relevant d’une unité spécialisée dans les infractions financières complexes.
Le lendemain, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) avait confirmé son placement en garde à vue, précisant que l’enquête concernait notamment des publications sur Facebook ainsi que son travail journalistique et la ligne éditoriale d’Al Qatiba. Le syndicat avait réclamé sa libération et dénoncé une procédure qu’il estimait liée à l’exercice de son métier.
Le dossier avait ensuite pris une tournure inattendue lorsque Mohamed Yousfi avait été victime d’un problème de santé alors qu’il se trouvait en garde à vue. Il avait été transféré à l’hôpital où il avait subi une intervention chirurgicale en urgence.
Son audition par le juge d’instruction avait d’ailleurs été interrompue en raison de la dégradation de son état de santé. Malgré cela, le magistrat avait décidé, le 8 septembre, d’émettre un mandat de dépôt à son encontre.
Après plusieurs jours d’hospitalisation, le journaliste a donc été transféré à la prison civile de la Mornaguia, où ses avocats ont pu lui rendre visite.
« La vérité finira par apparaître »
Face aux accusations dont il fait l’objet, Mohamed Yousfi affirme, toujours selon Me Hela Ben Salem, être convaincu que « la vérité apparaîtra et que l’histoire lui rendra justice ».
Il a également tenu à saluer les journalistes qui l’ont soutenu, ainsi que les personnes et organisations qui lui ont témoigné leur solidarité, en particulier le SNJT. À travers le syndicat, il adresse également ses salutations à « tous les journalistes qui restent attachés à leur indépendance ».
Le journaliste se dit convaincu que d’autres continueront à porter cette ligne malgré son incarcération.
À ses collègues d’Al Qatiba, il adresse un message sans ambiguïté : poursuivre leur travail « avec constance » et rester attachés à leur ligne éditoriale indépendante.
Malgré les murs de la prison, Mohamed Yousfi reste, selon son avocate, convaincu d’une chose : « La liberté finira par l’emporter. »

R.B.H










