Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Y a-t-il une égalité devant la mort ?

Article réservé aux abonnés

Par  Sofiene Ben Hamida

    Par Sofiene Ben Hamida

    Un homme d’affaires tunisien est mort en prison. En cette période de canicule, avec une chaleur suffocante dans les chambres, sans électricité et sans eau, la mortalité dans les prisons tunisiennes a grimpé en flèche. En effet, Lazhar Sta n’était pas le seul prisonnier décédé. Plusieurs autres détenus ont succombé à la chaleur, au manque d’eau, aux conditions carcérales lamentables et aux maladies qui n’ont pas été prises en charge à temps. Ils sont morts dans l’indifférence des autorités, presque banalement, en silence.

    Parfois, souvent, les familles ne sont averties qu’après des jours du décès de leurs proches. Quelques familles ont essayé de faire entendre leurs voix, leurs douleurs et leurs cris de détresse. Quelques avocats ont rapporté les nouvelles de la disparition tragique de leurs clients. Quelques organisations des droits humains et de la société civile ont essayé d’alerter sur le danger de mort qui guette les prisonniers en cette période caniculaire dans les institutions carcérales. Certains ont même appelé, depuis le mois de mai déjà, à une amnistie exceptionnelle qui profiterait en priorité aux prisonniers âgés, ainsi qu’aux prisonniers souffrant de maladies chroniques. Une telle mesure réduirait le nombre de décès dans les prisons tunisiennes en cette période difficile.

    Des morts dans l’indifférence

    Malheureusement, toutes ces voix ne sont pas parvenues aux oreilles des médias du service public qui ont continué à chercher à berner les Tunisiens en leur proposant des cartes postales de la Tunisie d’antan ou des reportages de propagande primaire. Ces voix ne sont pas parvenues aussi aux dirigeants du ministère de la Santé ou du ministère de la justice et encore moins aux responsables des institutions carcérales qui ont vraisemblablement préféré faire la sourde oreille.

    Une égalité à géométrie variable

    Lazhar Sta aurait pu lui aussi mourir dans l’indifférence générale, en silence. Mais même s’il était incarcéré, il était un prisonnier pas totalement comme les autres. C’était un homme d’affaires. Ce statut explique-t-il l’entretien téléphonique entre le président de la République et la famille du défunt ? On ne connait pas les intentions et les mobiles du président de la République. Ce que l’on sait par contre, aux dires de la fille du défunt, c’est que les condoléances présidentielles ont soulagé les  cœurs et rendu la douleur de la disparition moins pénible.

    On aurait espéré que le président de la République fasse de même avec les familles des autres détenus morts dans les prisons les dernières semaines. Peut-être que ses condoléances auraient dissipé la colère et l’incompréhension. Peut-être aussi qu’il aurait réussi à trouver les mots pour apaiser leurs esprits tourmentés. Il aurait montré que, surtout et spécialement devant la mort, les Tunisiens restent égaux.

    Le silence comme politique

    On ne sait pas pourquoi le président de la République s’est gardé d’avoir un contact avec les autres familles des détenus décédés en prison. On ne le saura probablement jamais dans un système qui a fait du silence et du mépris de l’information libre, une politique d’État.

    Ce que l’on sait par contre, c’est qu’après son entretien téléphonique avec la famille de l’homme d’affaires décédé, le président de la République s’est surement enquis des conditions de détention dans les institutions carcérales. Il est donc sûrement au courant que des jeunes tunisiens, militants de la cause palestinienne et membres de la flottille Soumoud, Wael Naouar et ses camarades, entament leur vingtième jour de grève de la faim. Indépendamment des motifs qui leur sont reprochés, s’il n’intervient pas personnellement en faveur de leur libération immédiate, ces jeunes iront droit vers une mort certaine. 

    Pour un pays qui a toujours fait du soutien de la cause palestinienne un principe immuable de sa politique étrangère, le décès de militants pro-palestiniens serait une catastrophe et une honte indélébile.  

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *