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Enseignement privé : de cinquante dinars par mois à 60.000 dinars par an, le grand écart

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Par Imen Nouira

    À l’occasion de la rentrée scolaire, l’enseignement privé remet sur la table ses chiffres, ses tarifs, mais aussi ses difficultés. Environ 10% des élèves tunisiens y sont aujourd’hui scolarisés, dans un secteur qui comptait 1.252 établissements en 2023. Un poids loin d’être marginal, alors que ses représentants dénoncent un manque de dialogue avec le ministère de l’Éducation, des données officielles qui ne sont plus actualisées et, cette année, les difficultés accompagnant le déploiement de la nouvelle plateforme numérique « Vie scolaire ».

    Invité, mardi 15 septembre 2026, de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, le président du Syndicat national des établissements d’enseignement privé, Mohamed Sami, a dressé un tableau contrasté du secteur. Derrière l’étiquette générique d’« enseignement privé » se côtoient en effet des établissements aux réalités très différentes, des structures implantées dans les régions aux écoles étrangères dont les frais peuvent, selon lui, approcher les 60.000 dinars par an.

    Un secteur qui pèse, mais qui peine à se faire entendre

    Ces chiffres ont toutefois un défaut : ils datent. Les 1.252 établissements, du primaire au secondaire, correspondent aux statistiques de 2023 citées par Mohamed Sami. Le responsable syndical explique ne pas disposer de données officielles suffisamment actualisées et reproche au ministère de l’Éducation de ne plus mettre à disposition, sur son site, les statistiques permettant de suivre précisément l’évolution du secteur.

    Il pointe surtout un problème qu’il juge plus profond : le manque de concertation directe avec les instances décisionnelles du ministère. Les contacts existent avec les commissariats régionaux de l’Éducation, reconnaît-il, mais Mohamed Sami considère qu’ils ne peuvent se substituer à un véritable dialogue avec l’autorité de tutelle. Les commissariats sont, rappelle-t-il, essentiellement des structures d’exécution et ne disposent pas du pouvoir nécessaire pour trancher les problèmes de fond.

    Le secteur pâtit également de ses propres divisions. Mohamed Sami évoque plusieurs structures représentant aujourd’hui les établissements privés et reconnaît que chacune travaille de son côté. Une dispersion qui, selon lui, ne facilite ni la défense des intérêts du secteur ni la recherche de solutions communes avec les autorités. Pour lui, ces structures devraient davantage coordonner leurs positions autour de l’intérêt des élèves, des familles et des établissements.

    À ces difficultés de fond s’ajoute, cette rentrée, un problème beaucoup plus immédiat : le déploiement de la nouvelle plateforme numérique « Vie scolaire ». Mohamed Sami juge son lancement précipité et le dispositif encore inabouti. Il fait état de difficultés rencontrées aussi bien par les parents que par les administrations des établissements, notamment en cas d’erreur sur le niveau scolaire d’un élève ou lors d’un changement d’établissement.

    Il ne plaide toutefois ni pour l’abandon de la plateforme ni pour son report à l’année prochaine. Son raisonnement est inverse : les défauts d’un nouveau système apparaissent aussi lors de sa mise en application. Il estime donc qu’il faut poursuivre son utilisation, identifier les dysfonctionnements et les corriger progressivement afin d’améliorer l’outil.

    De cinquante dinars par mois à près de 60.000 dinars par an

    Reste la question qui pèse directement sur le portefeuille des familles : combien coûte réellement l’enseignement privé ? À cette question, Mohamed Sami refuse une réponse unique. Les écarts, affirme-t-il, sont considérables selon les régions, les établissements et les prestations proposées.

    Il évoque ainsi des tarifs démarrant autour de cinquante dinars par mois dans certaines régions de l’intérieur, quand certaines écoles étrangères installées en Tunisie pratiqueraient des frais sans commune mesure. Pour l’établissement étranger le plus cher, il parle d’un montant pouvant approcher les 60.000 dinars par an.

    Le président du syndicat conteste, dans le même temps, l’image d’un enseignement privé concentré uniquement dans les quartiers favorisés du Grand Tunis, de Sousse ou de Sfax et réservé aux familles les plus aisées. Il cite notamment l’existence d’établissements à Gafsa, Kasserine, Le Kef ou Siliana, tout en reconnaissant que leur présence y est moins importante que dans les grands centres urbains.

    Pour expliquer les tarifs pratiqués, Mohamed Sami met également en avant les charges supportées par les établissements. Il évoque notamment le coût des enseignants, dont la rémunération peut atteindre, dans certains cas, cinquante dinars l’heure et jusqu’à environ 3.000 dinars par mois.

    À cela s’ajoute, selon lui, la question des effectifs. Mohamed Sami oppose des classes pouvant atteindre quarante ou 42 élèves à des classes privées qui peuvent n’en compter qu’une quinzaine. Des effectifs réduits qui permettraient, affirme-t-il, un suivi plus étroit des élèves et davantage de révisions en classe.

    Son argument touche directement à une autre dépense bien connue des familles : les cours particuliers. Pour le responsable syndical, la comparaison entre le coût du public et celui du privé ne peut se limiter aux seuls frais d’inscription ou de scolarité. Elle doit également tenir compte des sommes que certaines familles consacrent, notamment durant les années d’examen, aux cours particuliers et aux séances de révision.

    Écoles étrangères : des tarifs hors norme et la question du contrôle

    Les écarts de tarifs conduisent aussi à un autre pan de l’entretien : celui des écoles étrangères implantées en Tunisie.

    Mohamed Sami distingue leur situation de celle des établissements privés appliquant le programme tunisien. Selon lui, le contrôle exercé par le ministère de l’Éducation porte notamment sur la conformité des locaux et les conditions liées à l’autorisation des établissements, mais ne s’étend pas aux programmes pédagogiques enseignés par ces écoles étrangères.

    Celles-ci appliquent, explique-t-il, les programmes des systèmes éducatifs auxquels elles sont rattachées. Au cours de l’entretien, il cite notamment des établissements relevant de systèmes français, italien, espagnol, canadien, turc ou américain.

    Le président du syndicat défend enfin une conception du privé qui ne se résume pas, selon lui, à une alternative payante au public. Il rappelle le rôle historique joué par certains établissements auprès d’élèves sortis du parcours scolaire classique ou ayant connu plusieurs échecs. L’enseignement privé a ainsi constitué, affirme-t-il, une forme de « seconde chance » permettant à certains jeunes de poursuivre leur scolarité plutôt que de décrocher complètement.

    Il met également en avant les résultats obtenus par certains établissements. Mohamed Sami évoque des taux de réussite au baccalauréat dépassant 80%, tout en apportant lui-même une nuance importante : les effectifs concernés peuvent être très réduits, avec parfois seulement dix ou quinze candidats. Il précise également qu’une partie des établissements privés de nouvelle génération n’a pas encore conduit suffisamment de promotions jusqu’au baccalauréat pour permettre une lecture globale de leurs résultats.

    Avec environ un élève sur dix scolarisé dans le privé selon les chiffres avancés par Mohamed Sami, le débat dépasse donc le seul montant des frais de scolarité. Entre difficultés de fonctionnement, dialogue compliqué avec la tutelle et disparités considérables entre établissements, c’est aussi la place et l’articulation de l’enseignement privé au sein de l’ensemble du système éducatif tunisien qui se retrouvent posées.

    I.N.

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