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Énergie : 66% de dépendance et un déficit commercial qui dépasse 8,2 milliards de dinars

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Par Imen Nouira

    La dépendance énergétique de la Tunisie continue de s’aggraver. À fin juillet 2026, elle atteint 66%, contre 63% un an auparavant. Dans le même temps, le déficit de la balance commerciale énergétique s’est creusé de 29%, dépassant 8,2 milliards de dinars. Même sur le front de l’électricité, où la production nationale progresse, les achats extérieurs, principalement auprès de l’Algérie, ont couvert 10% des besoins du marché local.

    C’est ce qui ressort du rapport sur la conjoncture énergétique à fin juillet 2026, récemment publié par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

    À fin juillet 2026, le taux de dépendance énergétique s’est ainsi situé à 66%, contre 63% à la même période de 2025. Sans comptabilisation de la redevance sur le transit du gaz algérien comme ressource nationale, ce taux grimpe à 73%, contre 72% un an auparavant. Le rapport fait état, en tenant compte de cette redevance, d’un déficit du bilan d’énergie primaire de 3,8 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), en hausse de 9% sur un an.

    La facture des importations énergétiques s’alourdit

    La détérioration du bilan énergétique se répercute directement sur les échanges extérieurs. À fin juillet 2026, le déficit de la balance commerciale énergétique a atteint 8,27 milliards de dinars, contre près de 6,4 milliards un an auparavant, soit une aggravation de 29%.

    Les exportations énergétiques ont pourtant augmenté de 45% en valeur, passant de 1,27 à 1,84 milliard de dinars. Cette progression n’a toutefois pas permis de compenser celle des importations, qui ont bondi de 32%, passant de 7,67 à 10,11 milliards de dinars. Le rapport précise que le déficit est calculé en tenant compte de la redevance sur le gaz algérien exportée.

    La facture est notamment tirée par le pétrole brut et les produits pétroliers. Les importations de pétrole brut ont augmenté de 77% en quantité et de 115% en valeur, cette dernière atteignant 1,16 milliard de dinars. Celles des produits pétroliers ont progressé de seulement 2% en quantité, mais de 37% en valeur, pour s’établir à 6,39 milliards de dinars.

    Cette évolution intervient dans un contexte de hausse des cours internationaux. En juillet 2026, le prix du Brent s’est situé à 83,4 dollars le baril, contre 71 dollars en juillet 2025, soit 12,4 dollars de plus sur un an. Le rapport attribue cette hausse à l’escalade des tensions au Moyen-Orient et aux risques pesant sur le transit pétrolier à travers le détroit d’Ormuz.

    Les échanges commerciaux énergétiques restent ainsi particulièrement sensibles aux quantités échangées, au taux de change dollar-dinar et aux cours du Brent.

    L’électricité algérienne couvre encore 10% des besoins du marché local

    À fin juillet 2026, la production nationale d’électricité a enregistré une hausse de 6%, pour atteindre 12.333 gigawattheures (GWh), y compris l’autoproduction renouvelable, contre 11.632 GWh à fin juillet 2025. La production destinée au marché local a, pour sa part, augmenté de 5%.

    Pourtant, les achats d’électricité, principalement auprès de l’Algérie, ont encore couvert 10% des besoins du marché local. Le tableau du ministère fait état de 1.358 GWh achetés auprès de Sonelgaz en Algérie et de Gecol en Libye à fin juillet 2026, contre 1.381 GWh un an auparavant, soit une baisse de 2%.

    La pression sur le réseau demeure, elle, orientée à la hausse. La pointe a progressé de 2%, pour atteindre 4.924 mégawatts (MW) à fin juillet 2026, contre 4.837 MW à la même période de 2025.

    Le recours à l’électricité importée n’est pas nouveau. À fin septembre 2024, les achats auprès de l’Algérie et de la Libye avaient couvert 14% des besoins tunisiens. En septembre de la même année, la compagnie algérienne d’électricité et de gaz Sonelgaz avait notamment fourni mille MW à la Tunisie à la suite d’une panne survenue dans une centrale électrique de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) d’une capacité de 400 MW.

    Plus récemment, en mai 2026, Sonelgaz avait confirmé son engagement à poursuivre ses exportations d’électricité vers la Tunisie durant l’été 2026 afin de contribuer à sécuriser l’alimentation du réseau pendant les périodes de forte consommation.

    La Steg demeure largement dominante dans la production électrique, avec 91% de la production nationale à fin juillet 2026. La part de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables s’est située à 9%. Environ 515 MW de toitures photovoltaïques étaient installés dans le secteur résidentiel, auxquels s’ajoutaient 130 MW raccordés en moyenne et haute tension dans les secteurs industriel, tertiaire et agricole.

    Des ressources en baisse face à des besoins en hausse

    Cette aggravation de la dépendance énergétique trouve son origine dans l’évolution opposée des ressources et de la demande.

    Les ressources d’énergie primaire se sont établies à 1,94 Mtep à fin juillet 2026, contre 2,06 Mtep un an auparavant, soit une baisse de 6%. Selon le rapport, ce recul est principalement dû à la diminution de la production nationale de pétrole brut et de gaz de pétrole liquéfié (GPL).

    Le pétrole et le gaz continuent de représenter ensemble 71% des ressources d’énergie primaire du pays. La composante pétrole est passée de 752 à 722 milliers de tonnes équivalent pétrole (ktep), soit un recul de 4%, tandis que le GPL primaire a diminué de 12%, de 75 à 66 ktep.

    Les ressources en gaz naturel ont, pour leur part, reculé de 10%, passant de 1.175 à 1.060 ktep. Cette baisse ne doit cependant pas être confondue avec celle de la production nationale de gaz : cette dernière n’a reculé que de 1%, passant de 674 à 664 ktep. C’est surtout la redevance sur le transit du gaz algérien qui s’est fortement contractée, de 21%, passant de 502 à 396 ktep.

    En face, la demande d’énergie primaire a progressé de 3%, passant de 5,603 à 5,787 Mtep. La demande de produits pétroliers a augmenté de 6%, pour atteindre 2,839 Mtep, alors que celle de gaz naturel est restée quasiment stable, reculant de 0,4%, à 2,855 Mtep.

    La structure de la demande évolue en conséquence. La part des produits pétroliers est passée de 48% à 49% entre fin juillet 2025 et fin juillet 2026, tandis que celle du gaz naturel est revenue de 51% à 49%. La part de l’électricité primaire est, elle, passée de 1% à 2%. Par ailleurs, la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables a progressé de 61%, même si l’électricité renouvelable ne représente encore que 5% des ressources d’énergie primaire.

    Le constat est donc celui d’un déséquilibre qui continue de se creuser : la Tunisie dispose de moins de ressources énergétiques alors que ses besoins augmentent. Une évolution qui alourdit sa facture extérieure et maintient le pays tributaire des approvisionnements étrangers, y compris pour assurer l’équilibre de son marché électrique.

    *Phtoto d’illustration

    I.N.

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