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Plus de 300 journalistes signent en moins de 24 heures pour réclamer la libération de leurs confrères

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Par Raouf Ben Hédi

    La mobilisation prend de l’ampleur. Lancée jeudi 17 septembre 2026 par un groupe de journalistes tunisiens, une pétition en faveur de la liberté de la presse et de la libération des journalistes détenus avait déjà recueilli 312 signatures vendredi 18 septembre, soit plusieurs dizaines de nouvelles signatures en quelques heures. Et la liste continue de s’allonger.

    Derrière cette progression rapide, un message que les signataires veulent rendre collectif : l’emprisonnement d’un journaliste ne concerne pas uniquement celui qui se retrouve derrière les barreaux, mais touche l’ensemble de la profession et, au-delà, le droit du public à l’information.

    La pétition, intitulée  » Pétition de journalistes pour la libération des journalistes détenus et la défense de la liberté de la presse et d’expression », appelle ainsi à la libération des journalistes incarcérés et à la fin des poursuites liées à l’exercice du métier ou à l’expression d’opinions.

    De 180 à 312 signatures en moins de 24 heures

    Lors de la publication de la déclaration, jeudi soir, plus de 180 journalistes avaient apposé leur signature. Moins de 24 heures plus tard, le compteur est passé à 312, tandis que de nouvelles signatures continuent d’être ajoutées.

    Cette progression rapide donne à la démarche une dimension qui dépasse celle d’une simple déclaration individuelle. Les journalistes signataires affirment vouloir faire de leur mobilisation un acte collectif de solidarité avec leurs confrères détenus, mais aussi une prise de position en faveur du droit d’exercer leur métier « librement et indépendamment ».

    La pétition affirme que la liberté de la presse n’est pas un privilège accordé aux journalistes, mais « un droit fondamental de la société », garantissant notamment le droit du citoyen à l’information.

    Mohamed Yousfi au cœur de la mobilisation

    La nouvelle mobilisation intervient dans un contexte marqué par l’incarcération récente du journaliste et rédacteur en chef du site Al Qatiba, Mohamed Yousfi.

    Arrêté le 4 septembre 2026, Mohamed Yousfi a fait l’objet, le 8 septembre, d’un mandat de dépôt émis par le juge d’instruction du pôle judiciaire économique et financier.

    Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), de son côté, dénonce les conditions dans lesquelles la procédure s’est déroulée et affirme que l’état de santé du journaliste s’est fortement dégradé au cours de cette période. Le syndicat avait notamment indiqué que Mohamed Yousfi avait subi une intervention chirurgicale alors qu’il était retenu et avait réclamé sa libération ainsi que la prise en charge de son état de santé.

    Dans leur pétition, les journalistes signataires demandent explicitement la garantie du droit de Mohamed Yousfi aux soins et au suivi médical nécessaires, et appellent les autorités à assumer leurs responsabilités quant à sa sécurité physique et à sa dignité.

    Les signataires qualifient par ailleurs son affaire de fomentée et estiment qu’elle intervient dans un contexte de multiplication des poursuites visant des journalistes et des acteurs de l’expression publique.

    Quatre journalistes derrière les barreaux

    La pétition réclame également la libération de Mohamed Yousfi, Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies et Zied El Heni. Les quatre journalistes sont détenus dans des affaires liées à l’exercice de leurs activités ou à l’expression de leurs opinions.

    Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies sont détenus depuis mai 2024. En mai 2026, la chambre criminelle de la cour d’appel de Tunis a confirmé leur condamnation à trois ans et six mois de prison dans une affaire portant notamment sur des accusations d’infractions fiscales.

    Zied El Heni est lui aussi détenu à la prison de Mornaguia. Il avait adressé, depuis sa cellule, un message de solidarité aux journalistes emprisonnés, notamment à Mohamed Yousfi.

    Le SNJT avait, de son côté, organisé le 11 septembre une journée de solidarité avec les quatre journalistes détenus, en présence de représentants de leurs comités de défense et de leurs familles. La journée avait notamment été marquée par un « marathon des lettres » et un rassemblement devant le siège du syndicat.

    « Le silence ne peut pas être une option »

    Au-delà des quatre noms cités, les signataires élargissent leur revendication à l’ensemble des journalistes et détenus d’opinion privés de liberté en raison de leurs opinions, de leurs écrits ou de l’exercice de leurs droits fondamentaux.

    La pétition refuse surtout que l’emprisonnement d’un journaliste finisse par devenir une réalité ordinaire de la profession.

    « Le fait de mettre un journaliste en prison ne se limite pas à lui retirer sa liberté personnelle », soulignent les signataires, qui estiment qu’une telle mesure adresse également un message d’intimidation à l’ensemble de la profession et réduit l’espace disponible pour le travail journalistique.

    Ils vont plus loin en affirmant que transformer l’exercice du journalisme en source de peur et de poursuites revient à vider la liberté de la presse de son contenu et à affaiblir sa capacité à informer, à interpeller les pouvoirs publics et à révéler les faits d’intérêt général.

    Une mobilisation appelée à se poursuivre

    Les 312 signatures enregistrées vendredi ne constituent donc pas, selon les initiateurs, un point d’arrivée. La liste continue de s’enrichir et les signataires annoncent leur participation aux différentes mobilisations auxquelles appellera le SNJT pour défendre la liberté de la presse.

    Le texte se conclut sur une formule qui résume l’esprit de la démarche : « Le silence des journalistes face à l’emprisonnement de leurs confrères et aux restrictions de leurs libertés ne peut être une option. »

    Une mobilisation qui, en moins d’une journée, est passée de quelques centaines de signatures à un front professionnel de plus en plus large autour d’une même revendication : que l’exercice du journalisme ne devienne pas, en Tunisie, une raison de perdre sa liberté.

    R.B.H

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