La procédure judiciaire visant les personnes arrêtées après la manifestation de soutien aux détenus de la Flottille Soumoud connaît une nouvelle étape. Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, a annoncé vendredi 25 septembre 2026 que le parquet avait décidé d’émettre des mandats de dépôt à l’encontre de plusieurs des personnes interpellées, à l’exception du lycéen Adam Mbarek, dont le dossier a été transmis au juge des enfants.
Dans une publication diffusée vendredi, Bassem Trifi indique que le ministère public a décidé de placer en détention les personnes ayant soutenu la Flottille Soumoud et de les renvoyer devant la juridiction correctionnelle pour « un ensemble de délits ».
Cette décision intervient quelques jours après la vague d’arrestations qui avait suivi la manifestation organisée samedi 19 septembre à Tunis pour réclamer la libération des membres de la Flottille Soumoud détenus depuis plusieurs mois.
Des arrestations dans la nuit suivant la manifestation
Une quinzaine de personnes avaient été interpellées dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 septembre, selon les informations communiquées par le Comité national de défense des activistes de la Flottille Soumoud. Treize d’entre elles avaient ensuite été placées en garde à vue, dont un mineur.
Parmi les personnes interpellées figuraient notamment Adam Mbarek, Ghaith Hamrouni, Kais Bouzouiza, Marouen Bedhiafi, Rachid Othmani, Adel Ben Ghazi et Meriem Halfawi. Une famille entière avait également été arrêtée durant cette nuit : Souhail Chebbi, Thouraya Chtiba et leurs deux filles, dont certaines ont par la suite été libérées.
Les arrestations étaient intervenues quelques heures seulement après une marche ayant réuni plusieurs centaines de personnes dans le centre de Tunis. La mobilisation, organisée au départ du siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), avait rassemblé notamment l’UGTT, la LTDH, l’Ordre national des avocats, le SNJT, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l’Association tunisienne des femmes démocrates.
Des accusations longtemps non communiquées
Au lendemain des arrestations, les avocats des personnes interpellées indiquaient ne pas avoir été informés des accusations précises qui leur étaient reprochées. Une information évoquant des faits susceptibles de relever de « l’atteinte aux symboles de l’État et à ses institutions » avait circulé dans des milieux proches du pouvoir, sans avoir alors été confirmée par une notification judiciaire officielle.
La garde à vue de plusieurs personnes avait ensuite été prolongée de 48 heures le 23 septembre. Dans le même temps, le dossier continuait de provoquer des réactions de la part des organisations de défense des droits humains et des structures syndicales.
Les organisations dénoncent une nouvelle escalade
La décision annoncée par Bassem Trifi intervient alors que la LTDH, l’UGTT et l’Ordre national des avocats avaient déjà réclamé la libération des personnes arrêtées après la manifestation. Dans un communiqué conjoint publié le 21 septembre, les trois organisations avaient dénoncé ce qu’elles considéraient comme des arrestations arbitraires et des violations juridiques, tout en alertant sur les conséquences de ces procédures pour l’exercice des libertés publiques.
Cette nouvelle étape judiciaire élargit ainsi le dossier de la Flottille Soumoud aux personnes venues manifester en soutien aux détenus. Elle intervient alors que quatre membres de la coordination tunisienne de la Flottille — Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi — demeurent incarcérés à la prison de la Mornaguia. Leur détention provisoire a été prolongée de quatre mois le 11 septembre par le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier.
Le détail des chefs d’accusation retenus contre les manifestants placés en détention devra désormais permettre de préciser le fondement des poursuites et les faits qui leur sont reprochés.
R.B.H










