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Après un été sous tension, la Tunisie veut accélérer sa transition énergétique

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Par Imen Nouira

    Après un été marqué par des délestages à répétition et de fortes tensions sur le réseau électrique, la Tunisie veut désormais accélérer la concrétisation de ses projets énergétiques. Pour le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique, Ouael Chouchene, l’urgence n’est plus de convaincre de la nécessité de la transition énergétique, mais de passer plus rapidement des programmes et des projets aux capacités effectivement disponibles.

    Intervenant jeudi 1er octobre 2026 à l’occasion de la quatrième édition du Salon international de la transition énergétique, organisé au siège de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), Ouael Chouchene a estimé que la nécessité de la transition énergétique faisait désormais l’objet d’un consensus en Tunisie, rapporte la TAP.

    Le principal défi réside aujourd’hui, selon lui, dans l’accélération de l’exécution des programmes et des projets afin de renforcer la sécurité énergétique et de soutenir l’économie nationale.

    Un impératif que l’été 2026 est venu rappeler avec brutalité. M. Chouchene a lui-même souligné que la saison estivale avait démontré, de manière concrète, l’ampleur des défis auxquels fait face le système électrique tunisien, mais aussi l’importance du facteur temps. Il appelle ainsi à entrer dans une nouvelle phase placée sous le signe de « l’accélération sur tous les fronts et en même temps ».

    La part des renouvelables passée de 4% à 9% en deux ans

    Le secrétaire d’État estime toutefois que la Tunisie ne part pas de zéro. Selon les chiffres qu’il a avancés, la part des énergies renouvelables dans le mix de production électrique atteint actuellement environ 9%, contre près de 4% deux ans auparavant.

    Cette progression constitue, à ses yeux, un premier signe des résultats du processus engagé. Elle montre également l’ampleur du chemin restant à parcourir et, surtout, le rythme qu’il faudra désormais adopter.

    Car la transition énergétique ne se résume pas à installer de nouvelles capacités de production renouvelable. Ouael Chouchene a cité plusieurs chantiers qui doivent avancer parallèlement : les grands projets d’énergies renouvelables, le régime des autorisations, l’autoproduction, le développement du réseau électrique, le stockage, l’efficacité énergétique et la poursuite du développement des interconnexions électriques.

    Ces différents volets sont interdépendants. Une augmentation de la part des renouvelables nécessite notamment un réseau plus flexible, des capacités de stockage et des systèmes plus intelligents de gestion et de prévision. L’objectif, selon le secrétaire d’État, n’est donc pas uniquement d’ajouter des mégawatts, mais de construire un système électrique plus robuste, plus flexible et davantage capable de répondre aux besoins du pays.

    L’été qui vient de s’achever a précisément montré les limites de la marge disponible. Fin juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, avait indiqué que la demande atteignait environ 6.000 mégawatts, alors que la Steg ne pouvait en fournir que 4.400, soit un écart de l’ordre de 1.600 mégawatts. Fin août, Elyes Ben Ammar, secrétaire général adjoint de la Fédération, estimait que le déficit pouvait atteindre 2.000 mégawatts aux heures de pointe.

    L’ingénieur spécialisé dans l’énergie Foued Ali avait, de son côté, évoqué quelque 870 mégawatts de capacités supplémentaires susceptibles de renforcer le système, mais qui n’avaient pas encore été intégrées au réseau. Des données qui donnent une autre dimension à l’appel lancé aujourd’hui à accélérer l’exécution des projets.

    De la sécurité énergétique à la compétitivité économique

    Ouael Chouchene inscrit d’ailleurs cette accélération dans un contexte qui dépasse largement la seule question des coupures d’électricité. Les évolutions géopolitiques, la volatilité des marchés énergétiques et les pressions exercées sur les chaînes d’approvisionnement ont, selon lui, replacé la sécurité énergétique au premier rang des priorités. L’énergie est désormais étroitement liée à la souveraineté, à la sécurité économique et à la compétitivité.

    Cette dernière dimension avait également été mise en évidence durant l’été. Les délestages ont provoqué des arrêts de production, des pertes de marchandises et des dégâts sur des équipements dans plusieurs secteurs.

    Ils ont aussi posé une question plus difficile à mesurer : celle de la perception du risque énergétique par les investisseurs industriels.

    L’économiste Moez Hadidane avait ainsi souligné, le 24 septembre sur Diwan FM, que la fiabilité de l’alimentation électrique entre directement dans le calcul du risque et de la rentabilité d’un projet industriel. Au coût supporté par les entreprises installées peut donc s’ajouter un autre risque, moins immédiatement quantifiable : celui d’investissements différés, redimensionnés ou orientés vers d’autres destinations.

    Pour accélérer la transition, le secrétaire d’État appelle à mobiliser l’ensemble des acteurs. La responsabilité incombe, selon lui, à l’État et aux entreprises publiques, mais également au secteur privé, aux institutions financières, aux investisseurs, aux professionnels et aux compétences nationales.

    Il y voit aussi une opportunité pour les entreprises tunisiennes de développer leurs activités et leur savoir-faire dans l’ingénierie, l’installation, la maintenance, les services et les technologies, avec l’ambition de construire des compétences capables, à terme, de se positionner sur les marchés étrangers.

    La Tunisie doit parallèlement continuer à attirer les investissements internationaux et à développer les partenariats extérieurs afin de mobiliser financements, expertise et technologies, tout en renforçant les capacités nationales et la valeur ajoutée créée localement.

    L’été 2026 a montré ce que coûte le manque de marge du système électrique. Le véritable test sera désormais moins le nombre de projets annoncés que la vitesse à laquelle ils pourront renforcer concrètement le réseau avant les prochaines pointes de consommation.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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