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Cafés, restaurants, entreprises : la lourde facture des délestages

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Par Imen Nouira

    Les délestages électriques ont laissé une lourde facture aux professionnels. La profession des cafés évoque désormais des pertes se chiffrant à des dizaines de millions de dinars, tandis que le représentant des restaurateurs affirme que 70% des établissements ont été touchés. Marchandises détériorées, équipements endommagés, fermetures temporaires et manque à gagner : les conséquences dépassent largement ces deux secteurs et se font sentir dans une grande partie du tissu économique.

    Le président de la Chambre nationale des propriétaires des cafés, Sabri Azouz, a dressé, lundi 27 juillet 2026, un premier bilan des dégâts subis par la profession en raison des coupures répétées d’électricité. Intervenant dans l’émission Sbeh Ennes sur Mosaïque FM, il a estimé les pertes du secteur à « des dizaines de milliards » de millimes, soit des dizaines de millions de dinars.

    Selon lui, ces pertes ne se limitent pas à la baisse des recettes quotidiennes. Les coupures ont également entraîné la détérioration de marchandises et de matières premières stockées ainsi que des dégâts sur des équipements électriques sensibles. Certains propriétaires auraient même été contraints de fermer temporairement leurs établissements, faute de pouvoir poursuivre leur activité dans ces conditions.

    Entre 20.000 et 25.000 cafés concernés par la crise

    Sabri Azouz a rappelé que le secteur compte entre 20.000 et 25.000 cafés répartis sur l’ensemble du territoire. Ces établissements constituent une source de revenus pour leurs propriétaires, mais font également vivre directement et indirectement des milliers de personnes.

    Face à l’ampleur des dégâts, le responsable professionnel a appelé les différents organismes concernés à faire preuve de souplesse envers les propriétaires de cafés. Son appel s’adresse notamment à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), aux banques, aux services fiscaux et aux recettes des finances. Il réclame des mesures d’accompagnement et des facilités permettant aux professionnels de surmonter les conséquences de la crise.

    Les cafés sont loin d’être les seuls à dresser un bilan particulièrement lourd. Quelques jours auparavant, le président de la Chambre nationale des restaurateurs, Islam Chaabane, avait affirmé que 70% des restaurants avaient été affectés par les coupures répétées d’électricité.

    Intervenant jeudi 23 juillet sur les ondes de la Radio nationale, il avait décrit les difficultés rencontrées par des établissements particulièrement dépendants de la chaîne du froid. Poulet, viande, poisson, crustacés ou encore légumes peuvent être détériorés lorsque les équipements frigorifiques restent privés d’électricité pendant plusieurs heures, particulièrement sous l’effet des fortes chaleurs.

    À cela s’ajoute la baisse de l’activité. Un restaurant privé d’électricité peut difficilement assurer normalement son service, notamment lorsque la climatisation, les équipements de cuisine ou encore les installations électriques nécessaires à son fonctionnement sont à l’arrêt. Islam Chaabane avait ainsi évoqué d’importantes pertes de marchandises auxquelles s’ajoute une diminution de la fréquentation. Pour les professionnels, les charges, elles, continuent de courir.

    Des pertes qui se propagent à l’ensemble de l’économie

    Dans une boucherie de la cité Ennasr, un professionnel interrogé par Business News avait ainsi vu son stock de viande, d’une valeur de près de 20.000 dinars, menacé de détérioration en raison de l’arrêt de ses réfrigérateurs. Une fois le courant rétabli, les conséquences financières ne disparaissent pas pour autant : il faut renouveler les stocks, payer les fournisseurs, les salariés, le loyer et les différentes charges, alors que le chiffre d’affaires perdu ne peut être récupéré.

    Dans une pharmacie du Grand Tunis, trois heures de coupure avaient également conduit le pharmacien interrogé par Business News à mettre au rebut des médicaments dont les conditions de conservation ne pouvaient plus être garanties après la rupture de la chaîne du froid.

    Un autre cas, rapporté par la députée Majdouline Ouerghi, donne une idée de l’ampleur que peuvent atteindre les pertes. L’élue avait évoqué un professionnel qui aurait perdu pour 180.000 dinars de glaces après une longue interruption de l’alimentation électrique.

    La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) avait, de son côté, alerté, le 17 juillet, sur les répercussions des coupures pour les entreprises de différents secteurs et régions. Elle avait notamment pointé les arrêts de production, le ralentissement de l’activité, les pertes directes et indirectes ainsi que les dommages susceptibles d’affecter les équipements industriels, électriques et électroniques. L’organisation avait également insisté sur le manque de visibilité concernant les zones, les horaires et les durées des interruptions, qui complique davantage l’organisation des entreprises et leur capacité à limiter les dégâts.

    Les industriels ne sont pas épargnés. À Nabeul, plusieurs unités de transformation de tomates ont été contraintes d’arrêter leur activité, tandis que d’autres ont fonctionné à cadence réduite faute d’une alimentation électrique stable. Les conséquences se sont alors répercutées sur les agriculteurs : des camions chargés de tomates ont attendu devant les usines et certaines cargaisons se sont détériorées sous l’effet de la chaleur. La perte provoquée par l’arrêt d’une usine se propage ainsi jusqu’aux producteurs qui l’approvisionnent.

    Une facture globale qui reste inconnue

    Les montants avancés par les représentants des cafés et les différents témoignages donnent ainsi un aperçu de la facture économique laissée par les délestages, sans permettre encore d’en mesurer l’ampleur totale. À ce jour, aucune estimation globale des pertes subies par les professionnels n’a été rendue publique et aucun mécanisme général de déclaration ou de prise en charge de ces pertes n’a été annoncé.

    Même si la pression sur le réseau électrique devrait progressivement s’atténuer avec la baisse des températures, le retour du courant ne fera pas disparaître les pertes déjà enregistrées. Pour les cafés, restaurants, commerces, agriculteurs et industriels touchés, reconstituer les stocks, réparer les équipements et absorber le manque à gagner prendra bien plus de temps que le rétablissement de l’électricité.

    I.N.

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