Au moins douze personnes ont été tuées et 309 blessées dans une attaque survenue samedi 10 octobre 2026 contre l’aéroport international King Khalid de Riyad, selon les autorités saoudiennes. Le royaume accuse les rebelles houthis du Yémen, tandis que les condamnations internationales se multiplient. Donald Trump n’exclut pas une intervention américaine contre les combattants pro-iraniens.
Le bilan est lourd et l’escalade, préoccupante. Quatre ressortissants saoudiens et huit étrangers, dont un Américain, figurent parmi les victimes de l’attaque qui a frappé samedi l’aéroport international King Khalid, dans la capitale saoudienne. L’autorité saoudienne de l’aviation civile a fait état, dimanche 11 octobre, de douze morts et de 309 blessés, dont certains grièvement.
Cette attaque est présentée comme la plus meurtrière survenue en Arabie saoudite depuis plus de dix ans. Les autorités ont accusé les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, d’être à l’origine de cette frappe. La coalition militaire dirigée par Riyad, qui soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu, a dénoncé un « crime de guerre » et promis une réponse ferme.
Un passager interrogé par l’Agence France-Presse a raconté avoir vu des blessés alors que la panique gagnait les abords du terminal touché. « Tout le monde courait », a-t-il témoigné.
L’aéroport fermé, les écoles passent à distance
Les conséquences de l’attaque se font déjà sentir dans la capitale saoudienne. Les opérations ont été suspendues à l’aéroport de Riyad, tandis que le ministère de l’Éducation a ordonné le passage à l’enseignement à distance dans les écoles de la ville pendant une semaine.
La menace ne se limite toutefois pas à la capitale. La coalition a également signalé la chute d’un projectile près de l’aéroport de Dammam, dans l’est du pays, ainsi que l’interception d’un autre projectile au sud-est de Riyad. Les aéroports de Dammam et de Djeddah constituent des solutions de remplacement pour les voyageurs privés de l’aéroport de la capitale.
Selon un diplomate occidental cité par l’AFP, plusieurs ambassades ont recommandé à leur personnel d’éviter l’aéroport de Riyad pendant une semaine.
Cette série de frappes intervient dans un contexte de recrudescence des attaques visant le royaume. Les Houthis avaient déjà revendiqué des opérations contre l’aéroport mercredi et jeudi, qui avaient fait plusieurs morts. L’intensité et la fréquence des attaques contre Riyad sont sans précédent depuis le début de la guerre au Yémen en 2014.
Washington n’exclut pas des frappes contre les Houthis
L’attaque a suscité une vague de condamnations internationales et ravivé les interrogations sur une éventuelle implication militaire américaine.
Le président américain Donald Trump a jugé samedi que ce qui s’était passé en Arabie saoudite n’était « pas acceptable », annonçant son intention de s’entretenir avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.
Interrogé à la Maison-Blanche sur la possibilité que Washington participe à des frappes contre les Houthis, il a répondu : « C’est possible. Nous allons examiner la question. » Il a ajouté que les autorités américaines venaient d’apprendre la nouvelle attaque et qu’une décision serait prise rapidement.
Selon des médias américains, Riyad aurait sollicité à plusieurs reprises l’aide des États-Unis pour contrer les rebelles yéménites, dont l’offensive lancée en septembre a renforcé l’emprise sur le littoral de la mer Rouge et sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Ce passage maritime, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden, occupe une position essentielle pour le commerce international. Les combats autour de cette zone prennent une dimension supplémentaire dans un contexte de tensions sur les routes maritimes régionales.
Londres, Berlin, Bruxelles et l’ONU condamnent l’attaque
Les réactions internationales ont convergé vers une condamnation ferme de la frappe et une mise en garde contre le risque d’embrasement régional.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit « profondément choqué » par l’attaque meurtrière contre l’aéroport de Riyad. L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, avait déjà dénoncé samedi une « grave escalade ».
Au Royaume-Uni, le ministre de la Défense, Wes Streeting, a fustigé une « escalade dangereuse », estimant que cette attaque s’inscrivait dans une tendance croissante des Houthis à prendre pour cible des sites civils en Arabie saoudite. Berlin a, de son côté, condamné un « acte terroriste contre l’Arabie saoudite et l’aviation civile ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également dénoncé une « dangereuse escalade », mettant en garde contre une « spirale de violence » alimentée par les groupes soutenus par l’Iran. Elle a souligné les risques que ces attaques font peser sur les infrastructures essentielles au transport mondial et à l’approvisionnement énergétique. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a pour sa part condamné un « acte de terreur épouvantable ».
Le Pakistan et l’Irak ont également exprimé leur inquiétude. Islamabad a dénoncé une attaque visant des civils et des infrastructures essentielles, tandis que Bagdad a alerté sur les menaces pesant sur la sécurité et la stabilité régionales.
Une escalade aux répercussions régionales
L’attaque contre l’aéroport de Riyad intervient alors que les forces gouvernementales yéménites tentent de reprendre du terrain face aux Houthis, notamment autour du détroit de Bab el-Mandeb. Selon des sources militaires du camp gouvernemental citées par l’AFP, ces forces ont enregistré des avancées, sans parvenir à sécuriser le passage maritime. Les rebelles affirment, de leur côté, en conserver le contrôle.
Pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, la multiplication des frappes représente un défi sécuritaire majeur, mais aussi un risque pour son image de stabilité et ses ambitions économiques. L’attaque survient à quelques jours de la grande conférence annuelle sur l’investissement organisée dans le royaume, qui attire des dirigeants étrangers et des figures majeures du monde des affaires.
Au-delà du lourd bilan humain, la question est désormais de savoir jusqu’où Riyad entend aller dans sa riposte et si Washington décidera de s’engager militairement. Une intervention américaine ouvrirait une nouvelle phase d’incertitude dans un conflit dont les répercussions dépassent largement les frontières du Yémen.
BN avec AFP










