Le déficit commercial de la Tunisie continue de se creuser. Au terme des neuf premiers mois de l’année 2026, il s’est établi à 20.997 millions de dinars (MD), contre 16.727 MD durant la même période de 2025, soit une aggravation de 4.270 MD. Cette évolution intervient dans un contexte où les importations progressent plus rapidement que les exportations, selon les données publiées lundi 12 octobre 2026 par l’Institut national de la Statistique (INS).
Aux prix courants, les exportations tunisiennes ont atteint 50.400 MD durant les neuf premiers mois de 2026, contre 46.419,8 MD un an auparavant, enregistrant une hausse de 8,6%. Les importations ont, pour leur part, augmenté de 13,1%, passant de 63.146,7 MD à 71.397 MD.
Cette évolution a entraîné une dégradation du taux de couverture des importations par les exportations, qui s’est établi à 70,6%, contre 73,5% durant la même période de 2025.
Des exportations soutenues par les industries mécaniques et électriques et l’huile d’olive
L’évolution des exportations varie selon les secteurs d’activité. Les industries mécaniques et électriques ont enregistré une progression de 9,9%, tandis que les industries agroalimentaires ont affiché une hausse de 20,3%.
Cette dernière performance s’explique notamment par l’augmentation des ventes d’huile d’olive, dont la valeur est passée de 2.915,2 MD durant les neuf premiers mois de 2025 à 4.005,7 MD sur la même période de 2026.
Le secteur de l’énergie a également contribué à la progression des exportations, avec une hausse de 43,1%, portée par l’augmentation des ventes de produits raffinés, dont la valeur a atteint 1.396,2 MD, contre 610,4 MD un an auparavant.
En revanche, deux secteurs ont enregistré des performances négatives. Les exportations des mines, phosphates et dérivés ont reculé de 16,5%, tandis que celles du textile, de l’habillement et des cuirs ont diminué de 4,7%.
Une hausse généralisée des importations
Du côté des importations, la progression concerne l’ensemble des groupes de produits suivis par l’INS.
Les produits énergétiques enregistrent la hausse la plus importante, avec une augmentation de 32% sur les neuf premiers mois de l’année 2026. Les importations de produits alimentaires ont progressé de 16,3%, tandis que celles des biens de consommation ont augmenté de 9,5%.
Les importations de matières premières et demi-produits ont, quant à elles, enregistré une hausse de 9,6%. Celles des biens d’équipement ont progressé de 6,3%.
Cette augmentation généralisée contribue à expliquer pourquoi la progression des exportations n’a pas suffi à contenir l’aggravation du déficit commercial.
L’Union européenne concentre l’essentiel des échanges
L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie. Durant les neuf premiers mois de 2026, les exportations tunisiennes à destination de cet ensemble ont atteint 35.386,3 MD, contre 32.622,6 MD durant la même période de 2025. Elles représentent ainsi 70,2% du total des exportations tunisiennes.
Parmi les principaux partenaires européens, les exportations ont augmenté vers la France de 5,4%, vers l’Italie de 5% et vers l’Allemagne de 3,9%.
En revanche, elles ont diminué vers certains autres marchés européens, notamment l’Irlande, avec un recul de 7,1%, et la Slovaquie, avec une baisse de 0,7%.
Sur les marchés arabes, les performances sont contrastées. Les exportations tunisiennes vers l’Égypte ont enregistré une hausse de 78,6%, tandis que celles à destination de l’Arabie saoudite ont progressé de 52,1%. Les exportations vers la Libye sont demeurées quasiment stables, avec une légère augmentation de 0,03%.
À l’inverse, les ventes tunisiennes vers le Maroc ont diminué de 22,1% et celles vers l’Algérie de 11%.
Des importations européennes en hausse de 17,2%
Les importations tunisiennes en provenance de l’Union européenne ont atteint 32.000,5 MD durant les neuf premiers mois de 2026, contre 27.305,2 MD durant la même période de 2025. Elles représentent 44,8% du total des importations du pays, soit une augmentation d’environ 17,2% en valeur.
Les achats en provenance de France ont progressé de 18,1%, tandis que ceux en provenance d’Italie ont augmenté de 18,6%.
À l’inverse, les importations en provenance de Bulgarie ont enregistré une baisse de 1,8%, et celles en provenance du Portugal ont reculé de 7,7%.
En dehors de l’Union européenne, les importations tunisiennes ont également progressé depuis plusieurs partenaires commerciaux importants. Elles ont augmenté de 6,7% en provenance de Turquie, de 3,2% depuis l’Inde et de 7,5% depuis la Chine.
En revanche, les achats en provenance de Russie ont enregistré une forte diminution de 54%, tandis que ceux provenant du Royaume-Uni ont reculé de 22,7%.
La facture énergétique pèse lourdement sur le déficit commercial
L’analyse du solde commercial par groupe de produits met en évidence le poids de la facture énergétique dans le déséquilibre des échanges extérieurs tunisiens.
Sur les neuf premiers mois de 2026, le déficit commercial global s’est établi à 20.997 MD. Le déficit le plus important provient du groupe des produits énergétiques, avec un solde négatif de 10.480 MD.
Les matières premières et demi-produits affichent également un déficit de 5.241,7 MD, suivis des biens d’équipement, avec un solde négatif de 3.422,7 MD, et des biens de consommation, dont le déficit atteint 2.772,3 MD.
À contre-courant de ces résultats, le groupe des produits alimentaires a dégagé un excédent commercial de 919,8 MD.
Hors énergie, le déficit de la balance commerciale s’est établi à 10.517 MD. Le déficit énergétique a, pour sa part, atteint 10.480 MD, contre 8.106,4 MD durant les neuf premiers mois de 2025.
Ces chiffres illustrent ainsi le poids croissant du déficit énergétique dans le déséquilibre commercial du pays. Malgré la progression des exportations, notamment dans les industries mécaniques et électriques et les industries agroalimentaires, la hausse plus rapide des importations, conjuguée à l’aggravation du déficit énergétique, a contribué à creuser davantage le déficit commercial tunisien à fin septembre 2026.
R.B.H










