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Tunisie-UE : moderniser l’accord d’association, attirer les investissements et accélérer l’intégration énergétique

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Par Nadya Jennene

    Trente ans après la signature de l’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne, Bruxelles se dit disposée à engager un dialogue sur sa modernisation. Excédent commercial tunisien, prévisibilité réglementaire, investissements, transition énergétique et intégration des chaînes de valeur : l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a défendu une relation appelée à dépasser le seul cadre des échanges commerciaux. 

    Invité d’Express FM vendredi 23 octobre 2026, il a confirmé la disponibilité de la partie européenne à engager un dialogue sur la modernisation de l’accord d’association, tout en défendant les acquis de cette relation et la nécessité de l’inscrire dans une approche plus large. Pour le diplomate, l’intensité des discussions autour de cet accord témoigne précisément de son importance, rappelant que la Tunisie figure parmi les pays méditerranéens ayant le plus bénéficié de ses retombées économiques.

    Signé il y a trois décennies, l’accord d’association a accompagné l’ouverture de l’économie tunisienne sur le marché européen et contribué à la transformation de son appareil industriel. L’ambassadeur a avancé une estimation selon laquelle 1,5% de la croissance du produit intérieur brut (PIB) tunisien serait attribuable à cet accord.

    L’accès au marché européen constitue, selon lui, l’un des principaux acquis de cette relation. Les produits industriels tunisiens bénéficient d’un accès en franchise de droits de douane, tandis que les produits agricoles sont soumis à des dispositions spécifiques, notamment des contingents négociés entre les deux parties.

    Mais le cadre qui régit ces échanges a été conçu dans un environnement économique sensiblement différent de celui d’aujourd’hui. L’intelligence artificielle, la transformation numérique et l’essor des services occupent désormais une place centrale dans les économies, alors que ces domaines ne sont pas couverts de manière adéquate par l’accord initial.

    « Il y a un travail à faire pour que cet accord soit complet, qu’il aborde toutes les questions de la modernité », a reconnu l’ambassadeur.

    L’enjeu ne consiste donc pas seulement à actualiser des dispositions commerciales devenues anciennes. Il s’agit également de tenir compte de l’évolution des réglementations, des exigences des entreprises et des transformations des chaînes de production.

    La difficulté réside toutefois dans la recherche d’un compromis entre deux ensembles de règles et d’intérêts. Les entreprises tunisiennes ont leurs propres contraintes, tout comme les opérateurs européens. Une éventuelle modernisation devra, par conséquent, intégrer les préoccupations des deux parties.

    Bruxelles privilégie ainsi une approche globale plutôt qu’une révision limitée à quelques dispositions de l’accord. « Nous sommes tout à fait ouverts à la modernisation de l’accord, mais bien sûr avec une optique globale », a affirmé le diplomate.

    Des contacts préliminaires ont déjà eu lieu avec la partie tunisienne. L’ambassadeur a confirmé une « disponibilité totale au dialogue », sans annoncer, à ce stade, de calendrier précis ni de programme formel de négociation.

    Cette ouverture constitue un signal politique, mais elle ne préjuge pas du contenu d’un éventuel accord révisé. Entre la volonté affichée de modernisation et la définition de nouvelles règles, les discussions devront encore déterminer les secteurs concernés, les concessions envisageables et les garanties nécessaires à chacune des parties.

    Au-delà des débats sur l’accord d’association, les chiffres avancés par l’ambassadeur donnent une indication de la place occupée par l’Union européenne dans l’économie tunisienne.

    En 2025, les exportations tunisiennes vers le marché européen ont atteint une valeur de 44 milliards de dinars, contre 37 milliards de dinars d’importations en provenance de l’Union européenne. La différence représente un excédent commercial de sept milliards de dinars en faveur de la Tunisie.

    Ce solde positif constitue un élément central de l’argumentaire européen. Contrairement à une relation commerciale dans laquelle les importations dépasseraient les exportations, les échanges avec l’UE permettent aux entreprises tunisiennes de générer des recettes à l’exportation et contribuent, selon le diplomate, au financement de la croissance économique.

    Bruxelles entend également soutenir cette capacité exportatrice par des programmes d’accompagnement destinés aux entreprises tunisiennes, notamment le PACE-AMIT, présenté par l’ambassadeur comme un dispositif de soutien aux capacités d’exportation. Le diplomate a évoqué également d’autres programmes, dont le « Green Hub ». 

    L’enjeu est donc moins de préserver les volumes d’échanges que d’en accroître les retombées structurelles : diversification des exportations, développement de la valeur ajoutée locale et meilleure intégration des entreprises tunisiennes dans les chaînes de production européennes.

    La coopération européenne ne se limite pas aux échanges commerciaux. L’ambassadeur a également rappelé la décision d’octroyer à la Tunisie un appui budgétaire de 80 millions d’euros dans le cadre d’un programme de soutien aux mesures sociales de l’État.

    Cette enveloppe est destinée à contribuer au financement des allocations sociales bénéficiant aux familles les plus nombreuses et les plus vulnérables. À la différence d’un financement exclusivement affecté à un projet ou à une infrastructure, l’appui budgétaire est directement versé au budget de l’État, selon les modalités prévues par le dispositif concerné.

    Pour Bruxelles, cet instrument traduit une conception du partenariat qui dépasse la seule dimension marchande. « Ce n’est pas un partenariat basé purement sur des intérêts commerciaux, mais sur une vision partagée de la croissance et du futur », a déclaré l’ambassadeur.

    Cette approche repose notamment sur la transition verte, l’intégration économique régionale et le renforcement des liens entre les entreprises tunisiennes et européennes.

    L’argument européen s’appuie également sur les mutations de l’économie mondiale. La volatilité des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement ont renforcé l’intérêt des entreprises pour des partenaires géographiquement proches.

    Les perspectives de coopération couvrent, elles, un éventail de secteurs plus large que les filières traditionnellement associées aux échanges tuniso-européens.

    Les composants automobiles, le textile-habillement, les énergies renouvelables et l’agriculture restent des domaines importants. Ils pourraient continuer à bénéficier de la proximité du marché européen et des relations industrielles déjà établies entre les deux partenaires.

    Giuseppe Perrone a cité toutefois d’autres activités, moins souvent mises en avant dans le débat public : la réparation navale, la plasturgie et les technologies environnementales. Le numérique figure également parmi les secteurs appelés à prendre une place croissante dans la coopération bilatérale.

    Cette diversification répond à une logique affichée par Bruxelles : privilégier les activités susceptibles de générer des emplois et de soutenir la croissance sur le long terme.

    L’intégration des chaînes de valeur constitue, à cet égard, un objectif central. Elle suppose que les entreprises tunisiennes puissent intervenir à différents niveaux de la production, au-delà des opérations d’assemblage ou des activités à faible contenu technologique.

    L’énergie constitue un autre grand volet des perspectives de coopération évoquées par l’ambassadeur.

    L’Union européenne soutient le développement de la production solaire et éolienne en Tunisie, notamment dans le cadre du régime des concessions. Elle accompagne également, selon le diplomate, les efforts de réforme et de modernisation de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg).

    Mais c’est surtout le projet d’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, connu sous le nom d’ELMED, qui illustre les ambitions d’intégration énergétique entre les deux rives de la Méditerranée.

    Cette liaison sous-marine doit permettre de relier directement les réseaux électriques tunisien et italien. Elle est présentée par l’ambassadeur comme une infrastructure majeure pour l’intégration énergétique entre l’Afrique et l’Europe.

    Son intérêt tient notamment à la possibilité d’échanger de l’électricité en fonction des besoins et des disponibilités de production de chaque côté de la Méditerranée. L’ambassadeur cite le cas des pointes de consommation estivales en Tunisie, période durant laquelle les besoins en électricité augmentent fortement.

    L’interconnexion pourrait faciliter les échanges avec le réseau européen, notamment lorsque des capacités de production sont disponibles en Italie. À plus grande échelle, elle contribuerait à une meilleure intégration des réseaux électriques et à une utilisation plus rationnelle des ressources énergétiques.

    Le projet est mené avec plusieurs partenaires, dont l’Italie, la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

    Interrogé sur son état d’avancement, l’ambassadeur a indiqué que la structuration financière et les études préparatoires étaient déjà bien avancées. Il a annoncé que les travaux devraient démarrer prochainement, sans préciser de calendrier détaillé.

    Pour la Tunisie, les retombées potentielles dépassent la seule possibilité d’importer de l’électricité en période de forte demande. Une interconnexion fonctionnelle pourrait contribuer à renforcer la sécurité d’approvisionnement et à faciliter l’intégration des énergies renouvelables, sous réserve des conditions techniques, commerciales et financières de son exploitation.

    L’ambassadeur a par ailleurs souligné que les investisseurs européens continuaient de manifester de l’intérêt pour la Tunisie, notamment en raison de ses ressources humaines, de son tissu économique et de la tradition de coopération industrielle entre les deux rives.

    Cet intérêt ne suffit cependant pas à effacer les difficultés liées à l’environnement des affaires. Le diplomate a reconnu la nécessité d’améliorer la prévisibilité du cadre réglementaire et de poursuivre les réformes susceptibles de renforcer le climat d’investissement.

    La stabilité et la lisibilité des règles constituent, en effet, des paramètres déterminants pour les entreprises qui envisagent des investissements à long terme. Elles influencent aussi bien les décisions d’implantation que les arbitrages relatifs à l’extension des capacités de production ou au transfert de nouvelles activités. Giuseppe Perrone a d’ailleurs affirmé que l’Union européenne était disposée à accompagner la partie tunisienne dans ce chantier.

    Le constat n’en demeure pas moins significatif : le développement des investissements ne dépend pas uniquement des débouchés commerciaux ou des avantages liés à la proximité géographique. Il suppose également un environnement institutionnel dans lequel les entreprises peuvent anticiper leurs coûts, leurs obligations et les conditions d’exploitation de leurs projets.

    Dans cette perspective, l’Union européenne prépare un forum euro-méditerranéen consacré au développement durable et aux investissements, dont la tenue est envisagée au printemps 2027.

    L’événement doit réunir des entreprises européennes et leurs partenaires tunisiens afin de favoriser les échanges autour des possibilités d’investissement dans le pays. D’autres pays de la région devraient également y participer.

    Pour Bruxelles, ce rendez-vous doit contribuer à renforcer la place de la Tunisie dans l’espace économique méditerranéen et à rendre plus visibles les possibilités de coopération entre les entreprises.

    L’initiative s’inscrit dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée, dont l’un des axes porte sur la construction d’une économie durable et résiliente. Cette orientation prévoit notamment la mobilisation de financements publics et privés, ainsi que le développement de plateformes destinées à soutenir des projets d’investissement.

    Giuseppe Perrone a cité Team Europe et Startup4Med parmi les instruments associés à cette dynamique, notamment dans les domaines des énergies renouvelables et des jeunes entreprises innovantes.

    L’objectif affiché est de favoriser des investissements d’une ampleur suffisante pour transformer les structures productives et renforcer les complémentarités économiques entre les pays de la région.

    Le défi, pour la Tunisie, consiste désormais à convertir ces liens économiques en gains durables de productivité, en emplois qualifiés et en capacités industrielles renforcées. La diversification des secteurs de coopération, l’amélioration de l’environnement des affaires et l’intégration des entreprises locales aux chaînes de valeur seront déterminantes.

    N.J

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