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Entreprises communautaires : seulement 97 en activité, bientôt enseignées à l’école

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Par Nadya Jennene

    Les entreprises communautaires continuent de se multiplier en Tunisie, mais leur contribution effective à l’économie reste difficile à mesurer. Sur les 325 structures créées à fin août 2026, seules 97 sont entrées en activité, selon les chiffres présentés jeudi 29 octobre 2026 par le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, lors d’une audition parlementaire consacrée au projet de loi de finances 2027. Un écart qui soulève des questions sur la concrétisation de ce modèle entrepreneurial, son potentiel de création d’emplois et l’utilisation des ressources publiques mobilisées pour le soutenir.

    Promues par le président de la République, Kaïs Saïed, dans le cadre de son projet de gouvernance par les bases, les entreprises communautaires sont présentées comme un levier de développement local, d’initiative collective et de redistribution des richesses. Leur développement figure parmi les orientations économiques défendues par le pouvoir. Toutefois, les chiffres communiqués par le ministère mettent en évidence un défi majeur : transformer les créations administratives en activités économiquement viables, capables de générer des revenus et des emplois durables.

    325 entreprises créées, moins d’un tiers réellement actives

    Devant les membres de la commission de l’éducation, de la formation professionnelle, de la recherche scientifique, de la jeunesse et des sports à l’Assemblée des représentants du peuple, réunis avec ceux de la commission des services et du développement social, Riadh Chaoued a détaillé l’évolution du dispositif. 46 entreprises ont été créées en 2023, 81 en 2024 et 123 en 2025. À ces structures se sont ajoutées 75 créations enregistrées jusqu’en août 2026, portant le total à 325.

    Le ministre a indiqué que les efforts se poursuivaient pour porter à 250 le nombre d’entreprises effectivement en activité. Cet objectif souligne l’ampleur du chemin qui reste à parcourir : à la date de référence, moins d’un tiers des structures recensées avaient démarré leurs activités. La création juridique ne constitue, en effet, qu’une première étape. Le fonctionnement effectif de ces entreprises suppose des financements adaptés, une organisation opérationnelle, des compétences de gestion et des débouchés commerciaux. 

    Le dispositif est encadré par le décret-loi n° 2022-15 du 20 mars 2022, modifié par le décret-loi n° 2025-3 du 2 octobre 2025. Il repose sur une initiative collective visant à permettre aux populations locales de mutualiser leurs moyens et de développer des activités économiques en fonction des ressources et des besoins de leurs territoires.

    L’agriculture domine, mais la viabilité économique reste à prouver

    Toujours selon les chiffres avancés par Riadh Chaoued et relayés par Mosaïque FM, la répartition sectorielle des entreprises créées fait apparaître une nette prédominance des activités agricoles. Sur les 325 structures recensées, 222 interviennent dans l’agriculture, la pêche maritime, l’élevage ou les services agricoles, soit plus des deux tiers du total.

    Les autres secteurs comptent des effectifs nettement plus modestes : 23 entreprises dans le transport terrestre et les services associés, 22 dans l’industrie et 20 dans les services, les loisirs ainsi que les activités culturelles, touristiques et sportives. Le secteur environnemental compte 12 structures, la foresterie huit et la production d’énergie cinq. L’artisanat ne regroupe que deux entreprises.

    Cette concentration traduit la place accordée à la valorisation des ressources locales, notamment agricoles. Elle pose également la question des conditions dans lesquelles ces projets pourront dégager des revenus réguliers et atteindre l’équilibre financier. Dans un secteur exposé aux aléas climatiques et aux fluctuations des coûts de production, la disponibilité des équipements, l’accès aux marchés et la maîtrise des charges constituent des facteurs déterminants.

    Sur le plan territorial, le quatrième district, qui comprend Sidi Bouzid, Sfax, Gafsa et Tozeur, arrive en tête avec 86 entreprises, soit 27% du total. Le troisième, regroupant Siliana, Kairouan, Kasserine, Sousse, Monastir et Mahdia, en compte 73, soit 22%.

    Le cinquième district, qui englobe Kébili, Gabès, Médenine et Tataouine, recense 54 entreprises, soit 17%. Le deuxième, comprenant Tunis, Ariana, Ben Arous, La Manouba, Nabeul et Zaghouan, en compte 53, soit 16%. Enfin, le premier district, constitué de Bizerte, Béja, Jendouba et Le Kef, totalise 59 structures, soit 18%.

    Selon le ministère, 79% des entreprises communautaires sont de dimension locale, contre 21% à vocation régionale. Ces données renseignent sur leur implantation géographique et leur répartition sectorielle, mais ne permettent pas, à elles seules, d’apprécier leur poids économique réel.

    L’ensemble regroupe 6 647 participants, dont 2 490 femmes, soit 38% du total. Elles comptent également 55 personnes en situation de handicap et 1 082 diplômés de l’enseignement supérieur, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Emploi.

    Ces indicateurs décrivent le profil des personnes impliquées dans le dispositif, sans renseigner précisément sur leur situation professionnelle ni sur les revenus qu’elles en tirent.

    Interrogé sur l’évolution des emplois générés, Riadh Chaoued a d’ailleurs affirmé que celle-ci dépendait de l’avancement des activités et de l’extension des projets. Il a rappelé que ce modèle économique reposait sur l’initiative collective et une montée en puissance progressive.

    Cette explication souligne toutefois la nécessité de distinguer les objectifs annoncés des résultats mesurables. Pour évaluer la contribution des entreprises communautaires à l’économie tunisienne, il faudrait notamment disposer de données consolidées sur les emplois effectivement créés, les chiffres d’affaires réalisés, les revenus distribués aux participants, la rentabilité des projets et leur capacité à se maintenir dans le temps.

    En l’absence de tels indicateurs, le nombre de structures constituées et celui de leurs participants ne suffisent pas à établir l’impact du dispositif sur l’emploi et le développement local. Le taux de démarrage constitue, à ce stade, un indicateur plus direct des difficultés rencontrées pour passer de la création à l’exploitation effective.

    95 millions de dinars mobilisés, quels résultats sur l’emploi ?

    La question des résultats prend une dimension particulière au regard des moyens publics consacrés à ces structures. En mars 2026, un total de 95 millions de dinars avaient été mobilisés pour le financement des entreprises communautaires au titre des dispositifs prévus dans les lois de finances couvrant la période 2023-2026. À fin décembre 2025, 63 entreprises avaient effectivement bénéficié d’un financement, selon les données alors communiquées par le ministère.

    Ces ressources s’inscrivent dans une politique publique destinée à encourager l’entrepreneuriat collectif et le développement régional. Elles soulèvent néanmoins la question de l’équilibre entre le soutien à ce modèle, promu par le pouvoir, et l’accompagnement des entreprises déjà présentes sur le marché.

    Les petites et moyennes entreprises tunisiennes, qui constituent un maillon important du tissu productif et de l’emploi, font elles aussi face à des difficultés de financement, à des contraintes de trésorerie et à un environnement économique qui pèse sur l’investissement. Dans ce contexte, l’allocation de ressources spécifiques aux entreprises communautaires appelle une évaluation de leur efficacité, au même titre que les autres dispositifs de soutien public.

    La question n’est pas seulement de savoir combien de structures ont été créées ou combien de financements ont été accordés, mais aussi quels résultats ces moyens permettent d’obtenir. Le nombre d’entreprises financées, leur taux de démarrage, leur capacité à générer des recettes et les emplois durables qu’elles créent sont autant d’éléments nécessaires pour apprécier la portée de cette politique.

    L’accès au marché, les compétences managériales, la maîtrise des coûts et la régularité des recettes conditionnent également la pérennité de ces structures. Le financement initial ne saurait, à lui seul, garantir leur viabilité économique.

    Le ministère de l’Emploi entend également renforcer la formation et la sensibilisation autour des entreprises communautaires. Riadh Chaoued a annoncé la poursuite des travaux visant à intégrer des unités de formation consacrées à ce modèle dans les programmes scolaires et de formation, en coordination avec plusieurs départements ministériels.

    L’objectif est, selon le ministre, de familiariser les jeunes avec le fonctionnement de ces structures et de les encourager à lancer des projets collectifs présentant une viabilité économique et une utilité sociale.

    La formation peut contribuer à mieux préparer les porteurs de projets, mais elle ne répond pas, à elle seule, aux difficultés liées au financement, à l’accès aux marchés ou à la gestion quotidienne des entreprises. La réussite du dispositif dépendra donc de sa capacité à transformer les créations en activités productives et pérennes.

    Avec 325 entreprises créées à fin août 2026, mais seulement 97 effectivement actives, le bilan présenté par le ministre met en évidence un décalage entre l’extension du dispositif et sa concrétisation économique. Les 6 647 participants recensés et les moyens publics mobilisés témoignent de l’ampleur du projet, mais ne suffisent pas à démontrer son apport réel à l’emploi et à la création de richesses. C’est désormais à l’aune des résultats économiques, plutôt que du seul nombre de structures constituées, que cette politique devra être appréciée.

    N.J

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    Commentaire

    1. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      29 octobre 2026 | 16h26

      Se sont les Entrp Comm qui ont besoin d’avantages de leviers
      Jusqu’à maintenant s’est de la poudre aux 😙 😁

    Répondre

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