Les coupures d’électricité de l’été 2026 pourraient-elles se reproduire l’année prochaine ? Alors que le gouvernement multiplie les annonces pour renforcer les capacités de production électrique, Ahmed Dous, vice-président de l’Organisation tunisienne des énergies propres, estime que les mesures envisagées restent largement insuffisantes pour répondre aux besoins du pays. Invité, mardi 3 novembre 2026, sur les ondes d’Express FM, il a livré une analyse préoccupante des perspectives énergétiques pour l’été prochain.
L’intervention survient alors que les commissions parlementaires examinent le budget 2027 du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Celui-ci devrait atteindre 7,892 milliards de dinars, en augmentation de 48,2 %. Une hausse qui s’explique notamment par le poids des subventions énergétiques, dans un contexte de tensions sur les prix internationaux du pétrole.
Mais au-delà de l’équation budgétaire, c’est surtout la capacité du pays à répondre à la demande d’électricité qui suscite des inquiétudes.
Des centaines de mégawatts annoncés, un déficit toujours considérable
Pour éviter une répétition des difficultés rencontrées durant l’été 2026, les autorités misent sur plusieurs projets destinés à renforcer la production électrique avant la prochaine saison estivale.
Parmi les mesures évoquées figurent l’installation de dispositifs de refroidissement des turbines, susceptibles d’apporter 150 mégawatts supplémentaires, la mise en service de capacités de production à partir du gaz pour environ cent mégawatts, ainsi que le développement de centrales photovoltaïques représentant près de 300 mégawatts.
Sur le papier, ces projets pourraient fournir environ 550 mégawatts supplémentaires pendant la journée. Mais cette capacité tomberait à quelque 250 mégawatts durant la nuit, en raison de l’intermittence de la production solaire.
Encore faudrait-il que les installations soient opérationnelles dans les délais annoncés, ce dont Ahmed Dous n’est pas convaincu.
Surtout, même dans l’hypothèse où l’ensemble des projets serait achevé, le déficit entre l’offre et la demande resterait important. Selon l’expert, les estimations de cet écart oscillent entre 1.500 et 3.300 mégawatts. En retenant une hypothèse intermédiaire de 2.000 mégawatts, les capacités supplémentaires envisagées seraient loin de suffire.
« Ce qui a été annoncé n’est pas rassurant », a-t-il résumé, estimant que le pays devait impérativement agir sur la consommation plutôt que de compter exclusivement sur l’augmentation de la production.
Les ménages, grands absents de la stratégie d’économie d’énergie ?
Le ministère envisage notamment des incitations destinées aux entreprises industrielles pour les encourager à déplacer une partie de leur activité en dehors des heures de pointe. L’objectif serait de réduire la demande d’environ 300 mégawatts.
Une démarche que l’expert juge pertinente, mais incomplète.
Selon les estimations qu’il avance, les ménages représenteraient près de 70 % de la demande d’électricité durant l’été. Dès lors, concentrer les efforts sur les seules entreprises reviendrait à négliger une part essentielle du problème.
Ahmed Dous plaide ainsi pour des mécanismes encourageant les particuliers à réduire leur consommation aux heures les plus critiques, notamment à travers une tarification adaptée et une accélération du déploiement des compteurs intelligents.
Il estime que les pouvoirs publics doivent agir rapidement pour éviter de se retrouver, à l’approche de l’été, avec des capacités de production toujours insuffisantes face à une demande élevée.
Énergies renouvelables : beaucoup d’autorisations, peu de réalisations
L’expert a également pointé les lenteurs qui freinent le développement des énergies renouvelables.
Selon les chiffres évoqués au cours de l’entretien, des autorisations portant sur une capacité totale de 287 mégawatts ont été accordées entre décembre 2024 et 2025. Pourtant, seuls 23 projets représentant 34 mégawatts ont été réalisés à ce stade, dont douze mégawatts encore en phase d’essais.
Cela correspond à un taux de réalisation d’environ 12 %.
Pour Ahmed Dous, cette situation illustre les limites d’un système d’autorisation dont les résultats demeurent décevants depuis plusieurs années. Il affirme que les différentes séries de projets lancées depuis 2018 affichent régulièrement des taux de concrétisation inférieurs à 20 %, sans que les conditions d’attribution soient véritablement repensées.
Le problème ne serait donc pas uniquement celui des capacités annoncées, mais aussi celui de leur transformation effective en installations opérationnelles. Au-delà de la production électrique, Ahmed Dous plaide également pour une révision du système d’autorisation, afin de favoriser l’émergence d’entreprises tunisiennes spécialisées dans les énergies renouvelables, capables, à terme, de se développer à l’international et d’exporter leur savoir-faire.
Autre difficulté soulevée : les panneaux photovoltaïques installés sur les toitures des particuliers ne garantissent pas une alimentation électrique en cas de coupure du réseau. Pour bénéficier d’une autonomie, il faudrait investir dans des équipements de stockage et des installations adaptées, dont le coût peut atteindre, selon l’expert, environ 14.000 dinars.
Un investissement difficilement envisageable pour de nombreux ménages, alors que certains se tournent déjà vers des groupes électrogènes, nettement moins coûteux, pour faire face aux interruptions de courant.
À quelques mois de la prochaine saison estivale, les avertissements d’Ahmed Dous posent une question centrale : la Tunisie pourra-t-elle renforcer suffisamment sa production et maîtriser sa consommation pour éviter de nouvelles perturbations ?
Les projets annoncés pourraient contribuer à atténuer les tensions, mais leur réalisation demeure incertaine et leur apport, selon l’expert, insuffisant au regard des besoins estimés. Faute de mesures plus ambitieuses, l’été 2027 pourrait ainsi réserver aux Tunisiens les mêmes désagréments que celui de 2026, voire des difficultés plus importantes.
M.B.Z












