Condamné à quatre ans de prison dans l’affaire des « enregistrements audio fuités », le journaliste Zied El Heni a adressé un message au président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar, et aux membres du congrès, dans lequel il salue la décision de décréter une grève générale et propose de la tenir le 11 janvier 2027. Une date symbolique, qui renvoie à la mobilisation historique des journalistes tunisiens en janvier 2011.
Dans cette lettre datée du 29 octobre 2026 et adressée à Zied Dabbar le 1er novembre, Zied El Heni revient d’abord sur son absence au 29e congrès du syndicat, auquel il n’a pu participer « pour la première fois en 34 ans » . Il explique que cette absence lui a causé une profonde tristesse, mais que l’attribution de la présidence d’honneur du SNJT a effacé sa déception.
Il qualifie cette distinction de « plus belle consécration » et de « prestigieuse distinction » de son parcours professionnel, exprimant sa gratitude et son affection aux congressistes.
« Ma volonté ne s’est pas brisée et ne se brisera jamais »
Une large partie de sa lettre est consacrée à son incarcération et aux mesures de contrôle administratif auxquelles il affirme être soumis pendant cinq ans.
Zied El Heni a été condamné, le 27 octobre 2026, à quatre ans de prison par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis, dans le cadre de l’affaire dite des « enregistrements audio fuités ». Le journaliste a annoncé qu’il ne ferait pas appel de cette condamnation, qu’il considère comme une décision injuste.
Dans sa lettre au SNJT, il dénonce une campagne qu’il qualifie d’« acharnée et ignoble », destinée, selon lui, à porter atteinte à son honneur et à sa probité. Il estime que ceux qui l’ont orchestrée ont voulu briser sa volonté de citoyen et de journaliste.
« Ils n’ont toutefois pas compris que ma volonté ne s’est pas brisée et ne se brisera jamais », écrit-il.
Il affirme également que sa condamnation à cinq années de contrôle administratif vise à l’empêcher de rejoindre l’opposition nationale à l’étranger. Malgré ces restrictions, il assure que son engagement professionnel et militant demeure intact et que son devoir lui impose de rester aux côtés de ses confrères et consœurs pour défendre la liberté de la presse et les valeurs de la République.
Le 11 janvier 2027, une date symbolique
Zied El Heni salue ensuite la décision du congrès du SNJT de décréter une grève générale, qu’il présente comme une première dans l’histoire des congrès du syndicat.
Il propose de fixer cette mobilisation au 11 janvier 2027, à condition que les autorités continuent de refuser l’application du jugement administratif définitif et irrévocable rendu en faveur du SNJT.
Cette décision ordonne la publication de la convention collective des journalistes, dont l’application constitue l’un des enjeux du bras de fer entre le syndicat et les autorités.
Pour justifier cette date, Zied El Heni rappelle la grève générale du 11 janvier 2011, annoncée par le SNJT dans le contexte de la révolution tunisienne. Il souligne la portée historique de cette mobilisation, documentée par le journaliste Aymen Rezgui, et la présente comme un témoignage de l’engagement des journalistes tunisiens en faveur des libertés.
Enfin, il adresse ses félicitations aux membres du nouveau bureau exécutif élus, leur souhaitant réussite dans la défense des droits et de la dignité des journalistes.
Il conclut sa lettre par un hommage au SNJT, qu’il souhaite voir demeurer « libre, indépendant et militant », ainsi que par un appel à une presse libre et indépendante, incarnation du pouvoir de l’opinion publique.
R.B.H












