L’appel du député Abdessattar Zarai à organiser un référendum sur la révision du Code du statut personnel et la réintroduction de la polygamie a suscité une vive indignation et a provoqué une nouvelle levée de boucliers. L’Observatoire national pour la défense de la civilité de l’État a dénoncé une tentative de régression idéologique et a mis en garde contre toute remise en cause des acquis historiques des femmes tunisiennes.
Soixante-dix ans après avoir tourné la page de la polygamie, la Tunisie devrait-elle aujourd’hui rouvrir ce chapitre de son histoire ? La question, qui semblait appartenir à un autre siècle, s’est pourtant invitée dans le débat politique.
Derrière la proposition de l’élu, une inquiétude bien plus profonde. Celle de voir les droits des femmes tunisiennes, longtemps considérés comme l’un des marqueurs de la modernité du pays, redevenir l’objet de marchandages idéologiques. Comme si sept décennies d’émancipation, de luttes et de conquêtes pouvaient être effacées d’un simple trait de plume.
Le mercredi 4 novembre 2026, le parlementaire a appelé le président de la République à organiser une consultation populaire sur la question. « C’est au peuple d’en décider », a-t-il soutenu, estimant que le Code du statut personnel devrait être réexaminé et amendé au bénéfice de la famille, de la femme, de l’enfant et de l’homme.
Derrière cette apparente volonté de débat sur l’institution familiale, le député a développé une lecture du CSP qu’il juge défavorable aux hommes tunisiens. Il considère que certaines de ses dispositions fragilisent la famille et contribueraient notamment au recul du mariage chez les jeunes. Sur la polygamie, il a invoqué sa légitimation religieuse, tout en prenant soin de préciser qu’il ne milite pas personnellement pour sa pratique. Il lui attribue néanmoins la capacité de constituer une solution à certains problèmes sociaux.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Abdessattar Zarai s’attaque à ce sujet. En novembre 2025, lors d’une séance plénière consacrée au budget du ministère de la Femme, de la Famille et des Seniors, il avait déjà réclamé la remise en chantier du CSP, s’interrogeant sur les raisons qui empêcheraient le Parlement d’en débattre. Ses déclarations avaient alors suscité une vive controverse.
Cette fois, la réaction de l’Observatoire national pour la défense de la civilité de l’État est particulièrement cinglante. Dans un communiqué publié jeudi 5 novembre 2026, l’organisation a exprimé son « rejet » et sa « profonde indignation » face à une prise de position qu’elle juge singulièrement déplacée de la part d’un élu censé représenter le peuple et défendre ses droits.
Pour l’Observatoire, cette initiative s’inscrit dans une tentative désespérée de ramener le pays en arrière, portée par des courants réactionnaires islamistes et salafistes qui chercheraient à faire tourner les aiguilles de l’histoire dans le sens inverse de la modernité et de la civilisation. Des mots particulièrement durs, à la mesure de la gravité que l’organisation accorde à cette remise en question des fondements de l’État civil tunisien.
Mais l’Observatoire ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a réclamé également la pénalisation de toute tentative de dévalorisation de l’être humain, femme ou homme, considérant que de telles démarches portent atteinte à l’équilibre de la famille et, au-delà, à celui de toute la société.
Sur la polygamie, sa position est sans ambiguïté : le peuple tunisien serait, selon ses termes, « vacciné » contre cette pratique, qu’il considère à juste titre comme appartenant à une époque révolue. Soixante-dix ans après son abolition, il serait donc inconcevable de présenter son éventuelle réhabilitation comme une simple option juridique parmi d’autres, sans mesurer la portée historique, sociale et symbolique d’un tel recul.
L’organisation a également réaffirmé son admiration pour les femmes tunisiennes, dont elle salue les compétences, le parcours et les réussites dans l’enseignement comme dans les différents secteurs professionnels, notamment ceux exigeant discernement, intelligence et maîtrise. Elle renouvelle, dans le même temps, son soutien aux Tunisiennes dans leur combat pour faire évoluer les lois vers une égalité pleine et effective avec les hommes.
Car c’est bien là que réside l’enjeu. Le Code du statut personnel n’est pas un simple recueil de dispositions juridiques que l’on pourrait modifier au gré des sensibilités politiques ou des convictions individuelles. Promulgué le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance, il a profondément bouleversé l’ordre social tunisien. En interdisant la polygamie, en abolissant la répudiation et en instituant un cadre légal au mariage et au divorce, il a posé les jalons d’une transformation majeure de la condition féminine.
Certes, ce texte n’a pas achevé le chantier de l’égalité. Les discriminations persistent, les violences faites aux femmes demeurent une réalité et l’égalité effective reste un combat quotidien. Mais faut-il vraiment répondre à ces défis en remettant en cause les protections déjà acquises ? Faut-il confondre réforme et régression, modernisation du droit et restauration de pratiques que la société tunisienne a précisément choisi de dépasser ?
Au fond, le débat ne devrait même pas porter sur la possibilité de remettre aux voix des droits fondamentaux, mais sur la manière de les consolider et de les étendre. Les droits des femmes ne sont ni une faveur, ni un privilège, encore moins des acquis révocables au gré des majorités politiques. Ils sont le fruit de décennies de luttes et constituent un socle essentiel de l’État civil tunisien.
Soixante-dix ans après, la Tunisie n’a pas besoin de revenir sur l’histoire pour la réécrire à rebours. Elle a besoin de poursuivre le chemin vers une égalité qui, malgré les acquis, reste encore loin d’être pleinement réalisée.
N.J











Commentaire
Mhammed Ben Hassine
Se marier déjà un projet fastidieux et très coûteux, qui peut dans nos conditions tente de se marier avec une deuxième femme donc deux foyers
Quelle mouche ou insecte a piquet se député
Ses élus lui ont ils exprimés leurs souhaits d’instaurer la polygamie