Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Nouri Jouini : Il faut mettre fin à l’ancien modèle de la coopération tuniso-européenne

« Il devient urgent en effet de mettre fin à l’ancien modèle de coopération dans lequel les pays du Nord détenaient le savoir et les activités à forte valeur ajoutée alors que les pays de Sud se limitent aux activités de sous-traitance et se cantonnent à une logique de dépendance scientifique vis-à-vis du Nord », a déclaré Mohamed Nouri Jouini, ministre du Développement et de la Coopération internationale. Une telle assertion a été perçue comme la preuve même d’un nouvel esprit qui naît de la vieille coopération tuniso-européenne.
Inutile de rappeler que la Tunisie et l’Union européenne fêtent, cette année, trente ans de coopération et d’échanges commerciaux dans le cadre de traités successifs signés entre les deux parties. Ce même esprit ne peine pas à se formuler clairement en cherchant à établir une coopération d’égal à égal entre les pays de la rive Sud de la Méditerranée et leurs homologues du Nord, notamment en matière de recherche et de développement. Loin de sublimer ce qui a été déjà réalisé ou de fantasmer sur ce qui pourrait être fait dans le cadre de cette coopération, le message du ministre tunisien est assez fort et suffisamment clair. Les disparités technologiques et scientifiques qui existent entre les deux rives appellent, plus que jamais, à une action collective, surtout dans cette ère d’après-crise.


Levier de croissance indéniable, l’économie de la connaissance était le thème phare de la 7ème conférence FEMIP, organisée du 14 au 16 mars 2010, par la Banque européenne d’investissement (BEI), en étroite collaboration avec le ministère tunisien du Développement et de la Coopération Internationale, sur le thème : «La recherche-développement et l’innovation : clés d’un développement soutenu et durable en Méditerranée». Une pléiade de responsables et spécialistes tunisiens et européens, représentants des secteurs privés et publics, a pris part à la session inaugurale, lundi 15 mars 2010, présidée par Mohamed Nouri Jouini, et Philippe de Fontaine-Vive, vice président de la BEI, chargé de la FEMIP, bras financier de la banque européenne de l’investissement.

Un peu d’histoire. Les premières interventions de la BEI en Tunisie remontent à 1978. A ce jour, un montant total de plus de 3,6 milliards d’euros, soit 6,8 milliards de dinars a été accordé, ce qui fait de la BEI le premier partenaire financier de la Tunisie. Ces interventions ont touché notamment les petites et moyennes entreprises, l’industrie, le transport, l’eau et l’environnement, l’énergie, la santé et le capital investissement. En matière de recherche et développement, la FEMIP a apporté un financement de 140 millions d’euros (265 millions de dinars) pour la création et l’aménagement de cinq technopoles sectoriels : Sousse (électronique, mécanique et informatique), Sfax (technologies de l’information et de la communication), Monastir (textile et habillement), Bizerte (agro-alimentaire) et Sidi Thabet (industrie pharmaceutique et biotechnologie). Ces derniers comprennent, chacun, un établissement d’enseignement supérieur, une pépinière d’entreprises et une zone industrielle.

La partie organisatrice s’est fixé donc un double objectif. Elle cherche, en premier lieu, à susciter une réelle prise de conscience de l’enjeu de la recherche-développement et de l’innovation en Tunisie et au sein de l’ensemble des pays couverts par la FEMIP, tant en termes de développement économique, technique et industriel, que de compétences, formation et emploi. Deuxième objectif. Elle vise à élaborer des orientations nouvelles qui permettront d’accroître le nombre d’entreprises innovantes et de renforcer la compétitivité des entreprises existantes dans les pays de la région. Mais qui dira mieux ?
M. Jouni ne tarde pas sur la réponse. « Alors que la crise a révélé l’importance pour les Etats appartenant à un même ensemble, de conjuguer les efforts, de coordonner leurs politiques et de mettre à profit leur complémentarité afin de faire émarger un espace compétitif et attractif à même de concurrencer les autres groupements, notre région méditerranéenne continue a être une des moins intégrées du monde caractérisée par d’importantes disparités et inégalités », a-t-il souligné.
Le ministre, en pointant du doigt les maux de la région, a rompu avec la culture des louanges et de l’autosatisfaction. Il a même avancé que « l’accentuation de la fracture numérique, scientifique et technologique entre les deux rives de la Méditerranée, l’accroissement du chômage des jeunes et en particulier des diplômés, la pression sur les ressources naturelles et l’accentuation du phénomène du changement climatique, appellent à une action collective en vue de créer plus de richesses et réaliser une croissance durable à même de garantir le progrès et le bien-être à nos peuples ».

M. Jouini ne s’est pas uniquement contenté de disséquer les entraves d’une coopération boiteuse, que l’on veuille ou pas, mais il a souligné qu’il est dans l’intérêt de l’UE que des économies compétitives basées sur la connaissance émergent au niveau de ses voisins du Sud de la Méditerranée. Il n’est plus question que le même schéma de coopération, fondé sur une sorte de division « régionale » de travail, régissent encore les relations entre les pays des deux rives. Il est impératif, selon le ministre, de repenser ce modèle de coopération en évoluant vers un partenariat d’égal à égal, solidaire et créateur de richesses.
Le ministre du Développement et de la Coopération internationale a avancé trois dimensions primordiales sur lesquels les efforts des deux parties pourraient être axés : stimuler et valoriser le potentiel humain en encourageant la mobilité des étudiants et des chercheurs et leur intégration dans les réseaux européens ; coordonner les politiques, les moyens et les programmes en matière de recherche-innovation et, finalement, assurer un financement approprié de l’innovation en favorisant un soutien plus ciblé aux entreprises innovantes et en augmentant les financements sous formes de capital risque.

Une opinion largement partagée par Philippe de Fontaine-Vive, vice président de la BEI, chargé de la FEMIP qui a précisé que l’économie de savoir est assurément un pilier de développement durable qui renforcera les bases d’un partenariat naturel et durable pour l’euro-méditerranée. « Nous sommes des financiers, nous sommes à la disposition de la gente politique et économique pour faciliter le financement des projets novateurs et à les éclore rapidement. Il est à noter, comme l’a déjà précisé M. Jouini, qu’il est temps de repenser le modèle actuel de coopération, à l’instar de certaines expériences, notamment aux Etats Unis d’Amérique ou encore en Asie. Nous devons faire à ce que le secteur de recherche de développement soit un secteur prioritaire aussi bien dans le Nord que le Sud. Ensemble, nous devons mettre en place une politique commune de R&D. Le temps où chaque pays fabrique sa propre façon, refoulé dans un coin, est fini ».

Certes, il s’agit bel et bien de bonnes intentions. Mais elles nécessitent une réelle volonté pour les concrétiser. Les pays de la rive Sud disposent, aujourd’hui, d’un vivier de jeunes compétents et talentueux qui cherchent qu’on leur facilite la mobilité dans l’espace européen ; de laboratoires qui cherchent que l’on les appuie financièrement avec une intervention plus significative des institutions financières européennes et des entreprises performantes qui cherchent qu’on leur facilite l’accès aux marchés de l’UE. Les bonnes intentions  » européennes » ne suffisent pas, à elles seules, pour concrétiser ces objectifs. Décidément, il faut bien plus que cela pour les traduire sur le terrain.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers