La tribune n’était en rien anodine. Le gouvernement était représenté elen force : le ministre du Tourisme, certes, mais aussi, les ministres du Transport, des Finances, de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine et le secrétaire d’Etat, auprès du ministre de l’Intérieur et du développement local, chargé des Collectivités locales, ainsi que le Secrétaire d’Etat auprès du ministre du Développement, chargé de la Coopération internationale. Une présence massive de représentants des départements dont dépend fortement le destin du tourisme tunisien. Un tourisme qui vient de se retrouver un nouveau modèle de développement, dont la réussite dépendra de tous : administration toutes spécialités confondues, avec en tête le ministère du Tourisme, professionnels du secteur et tous les métiers du tourisme.
Ouvrant cette consultation nationale sur les résultats de l’étude stratégique pour le développement du secteur touristique à l’horizon 2016, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, n’y est pas allé par quatre chemins en exposant, sans langue de bois aucune, les nombreux et graves problèmes dont souffre le secteur, et les solutions à mettre en place.
Le jeu en valait bien la chandelle. Le tourisme tunisien, secteur stratégique par excellence, mérite bien ce rassemblement dans le sens où il a besoin de la coordination entre tous les départements intervenants afin de retrouver ses repères, renouer avec des taux de croissance forts et retrouver sa place dans le tourisme en Méditerranée.
Certes, ces dernières années les résultats sont en baisse, mais Mohamed Ghannouchi a réaffirmé la volonté politique, au plus haut sommet de l’Etat, de relancer le secteur et de le promouvoir. Les objectifs ambitieux, fixés pour le tourisme, dans le programme présidentiel, 2009/2014, en témoignent largement.
Comment concrétiser ces objectifs ? Comment faire sortir le tourisme de sa léthargie ? Comment lui faire retrouver sa qualité de « gagnant » ? Il fallait tout reprendre sur la base des acquis réalisés et recréer un modèle de développement. D’où, indique M. Ghannouchi, l’étude stratégique, réalisée sur instructions présidentielles et confiée au bureau international, « Roland Berger ».
Une étude qui, pour la première fois, et contrairement aux précédentes, s’est couronnée par un plan d’action opérationnel, se déclinant en 5 axes stratégiques, 20 actions prioritaires et quelque 130 mesures, dont l’échéancier de l’exécution qui s’étalera sur les cinq prochaines années. Objectif : remédier aux faiblesses du tourisme tunisien et lui garantir une montée en gamme. Car, des faiblesses il y en a, et le Premier ministre a été, dans ce sens, on ne peut plus clair.
Le tourisme est en recul ces dernières années, affirme M. Ghannouchi, parce que les problèmes constatés n’ont pas été résolus à temps et en premier lieu, la vétusté des unités hôtelières, le problème de rentabilité, la concurrence acharnée et « déloyale » et, surtout, le bradage excessif des prix.
Le tourisme s’est retrouvé dans un cercle vicieux duquel il a du mal à sortir entre la domination des TO qui ne cessent de baisser les prix, les hôtels vieillissants qui bradent les prix et la qualité des prestations qui ne cesse de se dégrader, affirme le Premier ministre.
Outre le vieillissement, le tourisme souffre d’un manque de diversification des produits. Certes, on a tenté d’enrichir le produit. Néanmoins, une dizaine de parcours de golf ne suffisent pas à ériger la Tunisie, en une destination golfique. Les quelques Marinas son également insuffisantes pour confirmer la Tunisie, comme un pays de plaisance. Les offres demeurent faibles. Idem pour la thalasso, bien que l’on soit deuxièmes au monde après la France.
Et ce n’est pas en bradant les prix que l’on leur assurera une meilleure rentabilité. Le Premier ministre a affirmé que le tourisme tunisien n’a pas su exploiter les créneaux porteurs où la destination bénéficie d’atouts préférentiels, dont le tourisme saharien, le tourisme d’incentive, le tourisme de bien-être, qui a gagné de la place à l’échelle internationale, mais dont la rentabilité est, aujourd’hui, en deçà des attentes escomptées.
Evoquant l’autre gangrène du tourisme tunisien, en l’occurrence l’endettement, M. Ghannouchi a déclaré que celui-ci s’élève à 3400 MD, sans compter les dettes reprises par les sociétés de recouvrement. Or l’ensemble des recettes du secteur est de 3500 MD ! Soit 500 dinars par visiteur, soit 2,5 fois moins que nos concurrents.
Des concurrents dont la plupart étaient, il n’y a pas longtemps, les « élèves » de la Tunisie en matière touristique. Or le tourisme tunisien a tellement ignoré ses faiblesses que l’élève a fini par dépasser le « maître ».
La prise de conscience de cette « triste » réalité est bien évidente. D’où, indique M. Ghannouchi, l’impératif que le plan d’action pour le tourisme à l’horizon 2016, bénéficie de l’adhésion et de l’engagement de tous : administration de tutelle, transports, professionnels du secteur, Etat, banques…
Quant à l’objectif de l’amélioration de la qualité afin d’assurer une montée en gamme de la destination, il dépendra fortement du système de la formation professionnelle. Faut-il, cependant, qu’il y ait des formateurs.
Aussi l’impératif de consolider le pavillon national du transport aérien et de rendre le tourisme « Web compatible ».
Le plan d’action devrait permettre au tourisme de sortir du cercle vicieux dans lequel il est prisonnier depuis quelques années.
Et au Premier ministre d’avouer clairement : le bradage des prix ne sert en aucun cas, l’image de la destination et encore moins l’image du tourisme. Au contraire, il reflète une image négative notamment de la qualité des prestations. Hélas, les grands bradeurs du tourisme tunisien n’étaient pas là pour écouter le Premier ministre.
On ne s’étalera pas sur le diagnostic négatif de l’étude et relayant l’ensemble des points faibles du secteur touristique. Des faiblesses que l’étude stratégique avec son plan d’action entend y remédier et qui devrait être un plan « sauveur » du secteur.
En tout état de cause, l’administration a bien pris en compte les recommandations issues lors des consultations régionales. Elle prendra en compte, également, celles issues de la consultation nationale.
On regrettera, cependant, la faiblesse des interventions durant la journée du samedi 9 octobre.
Les interventions des participants, pour la plupart non professionnels du tourisme, étaient, pour le moins qu’on puisse dire, superficielles. Et ce n’est certainement pas en suggérant indirectement de manger le couscous avec les mains que l’on va rétablir la situation !
Le débat sera cependant sauvé par l’intervention de Wahid Brahim, un vétéran du tourisme tunisien et ancien DG de l’ONTT. Pour lui, le tourisme est à un tournant historique de son destin. Il est à la croisée des chemins. Il n’ira pas tout droit dans le mur, c’est certain. Sinon, indique Wahid Brhim, les efforts consentis n’auraient aucun sens. Néanmoins, il affirme que le plan d’action renferme beaucoup trop d’actions, beaucoup trop de mesures. Et à force de vouloir courir trop de lièvres à la fois, on risque de tout perdre.
L’équation est compliquée et à plusieurs inconnues. Il fallait la simplifier, la défalquer, voire la décliner en un seul mot : « Autrement ». En d’autres termes, l’orateur résume le plan d’action en : aménager autrement ; investir autrement ; communiquer autrement ; garantir la qualité par la formation autrement, promouvoir autrement…..Une approche globale, et mieux simplifiée à son sens, plus réactive qu’il faudrait doter du budget et des compétences nécessaires, sinon les résultats seraient en deçà des attentes.
On appréciera aussi son jeu de mots (ou de maux) inspiré de son dernier ouvrage lorsqu’il dira à propos des TO qui font tout pour baisser les prix : il vaut mieux une mainmise des TO sur notre tourisme qu’une main levée !
Le plan d’action ne tarderait pas à entrer en vigueur. Il sera bientôt présenté au gouvernement pour donner le feu vert à son application.
Maintenant, il faudra penser aux moyens financiers conséquents pour sa réussite, et il faudra compter aussi, et surtout, sur la coordination de tous les départements concernés, et évidemment des professionnels du secteur, pour concrétiser les objectifs ambitieux fixés et faire retrouver au tourisme tunisien ses « temps de gloire ».
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