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Si vous avez la force, il nous reste le droit

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Par Marouen Achouri

Le 10 décembre n’est pas seulement le nom d’un arrêt de bus, c’est aussi la date de la journée mondiale des droits de l’Homme. Il est utile de rappeler que la Tunisie fait partie des signataires de la charte universelle des droits de l’Homme car certains semblent l’avoir oublié.
La défense des droits de l’Homme a souvent été utilisée comme étiquette pour accéder à la magistrature suprême. Mais un candidat à la présidence qui promet de défendre les droits de l’Homme ne fait qu’obéir à un principe du droit tunisien.
Pourtant, si on met de côté l’utilisation électoraliste et politicienne des droits de l’Homme, on est bien obligés de reconnaitre deux constats : le premier est que la situation des droits de l’Homme en Tunisie est loin d’être bonne, même si des progrès ont été faits depuis la révolution. Le deuxième est que la problématique des droits de l’Homme, non seulement n’occupe pas sa place légitime dans le débat public, mais semble aussi être négligée par les deux candidats à la présidentielle.

La Constitution tunisienne a tenté, dans la mesure du possible, de matérialiser les droits de l’Homme à travers ses textes. Dans la mesure du possible, car nos constituants ont été incapables de s’entendre sur l’abolition de la peine de mort, par exemple. Pourtant, le droit à la vie est l’objet de l’article 3 de la charte universelle des droits de l’Homme. Evidemment, il était difficile de bousculer les archaïsmes et d’aller sur ce chemin épineux. La facilité est tellement plus commode…
Quand on va vers des notions plus accessibles, on se rend compte que l’écrasante majorité des promesses de nos présidentiables représente, en fait, les droits du peuple tunisien. L’exemple de l’alinéa premier de l’article 23 de la charte des droits de l’Homme est assez représentatif : «Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage ». L’alinéa premier de l’article 26 dispose : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».
On pourrait ranger sous ces deux alinéas une grande partie des promesses de campagne économiques et sociales, et on se rend compte que ce sont des droits et non pas des faveurs que vont nous faire l’un ou l’autre candidat. C’est justement de cette prise de conscience qu’il s’agit, c’est la clé de voute de tout progrès. Avec une telle prise de conscience, le président, ou l’élu quel qu’il soit, ne sera pas vu comme un messie qui viendra nous sauver, mais comme le serviteur d’un peuple qui a conquis ses droits et qu’il fait respecter.
Si on adopte ce mode de pensée, on se rendra compte que lorsque Moncef Marzouki se targue de n’avoir mis aucun journaliste en prison, il ne fait qu’obéir à la loi et n’a aucun mérite. Quand Béji Caïd Essebsi dit qu’il va rétablir le pouvoir d’achat du citoyen après avoir découvert que les prix des légumes ont flambé, il ne fait qu’obéir à la loi et n’a, aussi, aucun mérite.

Une révolution est censée bouleverser, voire détruire, les structures sociales existantes et les redéfinir à la lumière de nouvelles données. Le peuple tunisien est en train de faire sa révolution. La prochaine étape consiste à s’affranchir de cette relation de servitude entre le peuple et son président. Un premier pas a été fait dans le sens de la limitation des prérogatives présidentielles. Le deuxième devra être celui de la primauté des droits de l’Homme, gagnés, conquis et mérités par le peuple lui-même.
Dire que l’on va protéger et défendre les droits des Tunisiens relève du niveau zéro de la démocratie, car seul le peuple est le garant de ses propres droits. Grâce à des structures de la société civile, les médias et la justice, ces droits doivent être sauvegardés et élargis. Le président de la République n’est là que pour garantir leur application au niveau de l’exécutif.
Par conséquent, il est nécessaire de relativiser cette béatitude et cette importance que l’on accorde au président de la République. Sans le dévaloriser ou lui porter atteinte, il ne faut pas se décharger de nos responsabilités sur ce président. S’il fait bien son travail il deviendra un Dieu, et si ça se passe mal, il portera toute la responsabilité et on se cachera derrière le sempiternel : ce n’est pas de ma faute, c’est les autres. Ce mode de pensée a été admis pendant cinquante ans, il est temps de le changer. Comme le disait Victor Hugo : « Si vous avez la force, il nous reste le droit ».

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