Par Synda TAJINE
La Tunisie a vécu ces derniers jours la période la plus froide de l’année. Les températures ont chuté sous le zéro degré et plusieurs villes, notamment du nord-ouest du pays, se sont affichées sous leur plus beau jour. Paysages suisses, hauteurs d’un blanc immaculé et nouvel an fêté au milieu des bonhommes de neige, les touristes étaient aux anges. D’après les centaines de photos partagées sur les réseaux sociaux, les Tunisiens affichaient fièrement leur joie de voir la Tunisie ressembler à autre chose qu’à la Tunisie. Mais derrière toute la beauté de ces paysages hors du temps, se cache une réalité bien plus dure. Au Kef, Tabarka, Béja et Kasserine, les autochtones ont vécu des journées très pénibles. Routes impraticables, automobilistes bloqués sous la neige, coupures de courant et pénuries de produits alimentaires, la population lançant des cris de détresse afin d’être rapidement secourue. En plus d’avoir enjolivé les paysages, cette vague de froid mis à nu la précarité de l’infrastructure d’une partie de la Tunisie, qu’on oublie mais dont on se délecte.
Mais cette vague de froid n’a pas fait que toucher les hauteurs tunisiennes, elle a aussi jeté son dévolu sur la politique. Après des semaines marquées par une effervescence particulière, l’actualité politique post-élections a vite fait de se refroidir. L’élection présidentielle de la deuxième –ou nouvelle, chacun y va de son appellation – République, a donné une nouvelle dimension à la politique tunisienne. Finies les déclarations enflammées de politiques sortant toutes leurs armes pour accéder au pouvoir, finies les flèches de feu tirées sur les adversaires, accusés de tous les torts, finie la vague de chaleur qui a suivi l’annonce des résultats, fêtés en grande pompe par les uns et contestés par les autres. Aujourd’hui, la politique prend froid.
Mais cette nouvelle fraîcheur n’apporte pas, uniquement, son lot d’apaisement. Cette froideur, à l’instar de la neige qui recouvre nos hauteurs, n’est que l’arbre qui cache la forêt. Derrière cet épais brouillard, les politiques s’agitent et posent les dernières pierres de leurs édifices.
Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, vient de lâcher les rênes de son parti politique et de longues tractations ont été tenues afin de nommer celui qui lui succèdera à la tête de Nidaa Tounes. Gagnant des deux derniers scrutins, le parti de BCE souffle pourtant sa deuxième bougie et sa situation est plus que jamais dans le blizzard. Fondé autour de la personnalité de Béji Caïd Essebsi, maintenant que le numéro 1 du parti n’est plus, ses membres s’agitent. Deux membres centraux lui emboiteront le pas afin de le rejoindre dans son aventure à Carthage : il s’agit de Ridha Belhaj, directeur exécutif du parti et de Mohsen Marzouk, son chargé des relations extérieures.
Privé de ses membres piliers, le parti se retrouve aujourd’hui au cœur d’une problématique fondamentale : celle de former le prochain gouvernement mais aussi de désigner celui qui en sera le chef. Un chef sur lequel on n’arrive pas encore à se mettre d’accord, s’il sera sélectionné de l’intérieur ou de l’extérieur du parti majoritaire à l’assemblée des représentants du peuple (ARP). D’ailleurs, une réunion du bloc parlementaire de Nidaa au Parlement se tient aujourd’hui afin d’examiner la nouvelle structure du parti et son réglement intérieur après la démission de son président.
Le suspense reste entier quant au nom du futur chef du gouvernement qui devra succéder à Mehdi Jomâa. Alors que ce dernier reste sollicité mais persiste et signe qu’il n’est nullement intéressé par une reconduction, d’autres noms font leur entrée en scène : ceux de Taïeb Baccouche, cadre de Nidaa, ou de l’extérieur du part tels que Abdelkrim Zebidi, Hédi Larbi ou Kamel Ben Nasr.
Du côté des sortants, l’ancien président Moncef Marzouki, en quittant dignement le Palais de Carthage, n’aura pas manqué de récompenser ses plus proches collaborateurs avant de céder son trône. Imed Daïmi et Adnène Mansar, compagnons de fortune de Marzouki, ont été récompensés de l’Ordre de la République, et d’autres collaborateurs ont été titularisés au sein du personnel de la Présidence.
La vague de froid qui a frappé la politique ne l’a touchée qu’en surface. Si on gratte un peu plus le manteau de neige, on se rend compte que les politiques n’ont pas encore perdu la main. Tout ce beau monde s’agite, en douceur, afin d’assurer ses arrières et de se préparer une place bien au chaud. Les sortants préparent leur revanche et les entrants mettent de l’ordre dans leur plan d’attaque. Les jours à venir seront décisifs pour la finalisation des plus importantes étapes en cours : désignation du chef du gouvernement ainsi que des noms de ceux qui en feront partie. En attendant, Mehdi Jomâa, qui ne sera plus chef du gouvernement dans quelques jours, entame une importante tournée internationale, en France et aux Etats-Unis, afin de « préparer le terrain » et « rassurer »….










