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Lettre ouverte d’un jeune médecin à la ministre de la Santé

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    Jeune médecin résident, Aymen Bettaieb a adressé, dans la soirée du vendredi 27 janvier 2017, via Facebook, une lettre ouverte à la ministre de la Santé, Samira Merai.

    Il y pointe du doigt les défaillances du système actuel et expose la détresse des jeunes médecins qui font face à des difficultés au quotidien.

    Nous reproduisons la lettre dans son intégralité.

     

    « Mme Samira Merai Friaa,


    Je vous adresse cette deuxième lettre ouverte sur Facebook, car il me semble que pour que vous vous intéressiez un peu aux jeunes médecins il faut que l\’on passe par les réseaux sociaux ou les radios et autres medias.

     

    Cela fait 6 ans que j\’ai commencé à m\’intéresser à la vie politique et syndicale, et que je me suis engagé pour essayer d\’apporter « un plus », au moins dans le secteur médical.
    Et il me semble que durant ces 6 ans, vous êtes la seule ministre de la Santé qui n\’a même pas pris la peine de dialoguer avec les jeunes médecins !
    Pire encore, vous et votre cabinet avez pris des décisions de manière unilatérale impliquant ces jeunes médecins, leur avenir, et celui de la santé publique, sans même les consulter (jusqu\’à ce qu\’il y ait des protestations de leur part).

    Vous avez aussi ignoré un principe primordial dans la vie politique, qu\’est « la continuité de l\’Etat ».
    Vous avez ignoré les promesses et décisions prises par vos prédécesseurs, tels que le travail de la commission du statut juridique des internes et résidents qui a travaillé avec 3 ministres avant votre arrivée, ou l\’arrêté ministériel signé par 3 autres ministres en juin 2016 sur le salaire des spécialistes lors de l\’année civile, ou encore les 30% de postes du résidanat, et j\’en passe.

    Votre administration et cabinet ont aussi organisé l\’une des pires sessions de choix de postes d\’affectation pour les résidents en décembre dernier, mêlant amateurisme et manque total de transparence.

     

    Mme Samira Merai, aussi loin que je me souvienne, je n\’ai pas entendu parler de médecins qui réclament, non pas une augmentation de salaire, mais juste que leurs salaires normaux soient versés.
    C\’est une honte de voir des médecins, internes, résidents, spécialistes et hospitalo-universitaires, Bac+7 pour les plus jeunes d\’entre eux, quémander et réclamer que le ministère paie leur salaire durement gagné (aussi dérisoire par rapport au secteur privé ou à l\’étranger soit-il).

     

    Mme la ministre, actuellement la majorité écrasante des médecins envisage de fuir vers d\’autres cieux plus accueillants à cause du cumul de bourdes ministérielles et la politique de santé désastreuse depuis des années.
    L\’exode des médecins tunisiens est une réalité reconnue par tous.
    Mais vous semblez tout faire pour les encourager à partir en les dégoutant de la médecine dans leur pays encore plus.
    Cela va des conditions de travail (comme la situation à l\’hôpital de Kairouan qui souffre d\’un déficit énorme et qui est menacé même de coupure d\’électricité à cause de ses dettes à la STEG, et où les outils de travail manquent dangereusement… et je ne vais même pas évoquer ce qui se passe aux CHU de Sfax tellement la situation est hors contrôle), aux possibilités quasi-inexistantes de recherche ou d\’épanouissement intellectuel, en passant par des salaires ridicules qui diminuent au lieu d\’augmenter ou qui ne sont parfois même pas payés.

     

    Je ne sais pas si c\’est par inadvertance ou mauvaise foi, mais votre politique favorisant le secteur privé va affecter la santé publique, et si ça continue, dans quelques années le citoyen tunisien qui n\’a pas les moyens de se faire soigner au privé devra crever ou peut-être aller se faire soigner en Libye…

    J\’espère que je me trompe ou que nous allons voir un changement dans votre politique bientôt, mais malheureusement je ne crois plus au père noël depuis longtemps.

     

    Sousse le 27/01/17
    écrit par un résident sans statut travaillant clandestinement à Kairouan en attendant son affectation par le ministère (comme tous les autres résidents du même hôpital).»

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