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Le programme du FMI ne serait pas dur si nous étions moins fainéants

Par Nizar Bahloul 

 

Et c’est reparti pour une nouvelle saison de tensions sociales et politiques. Cette nouvelle saison devrait se poursuivre jusqu’au début du mois de ramadan pour ne reprendre qu’à la fin de l’été. Après les tensions politiques nées des bombes à retardement lancées par l’IVD, nous voici face à celles des grèves et des augmentations de salaires. Les enseignants continuent à refuser de donner leurs notes aux élèves des collèges et lycées publics au détriment de l’intérêt et de l’avenir de ces élèves, et ils refusent, en revanche, toute forme de « sanction », sous forme de ponction de salaire. Les employés de la Stam ont bloqué les ports empêchant par là toute opération d’export ou d’import, au détriment des intérêts économiques du pays. Les fonctionnaires des médias publics s’apprêtent à annoncer une grève parce qu’ils refusent la proposition de nomination d’un PDG de la télévision, une proposition pourtant soumise à la Haica, comme l’ont exigé par le passé ces mêmes syndicats ainsi que les professionnels du secteur.

 

Sur le fond de ces tensions, créées de toutes pièces, il y a les négociations périodiques des augmentations de salaires. C’est d’un grand classique et cela remonte à l’époque du défunt Habib Achour. A chaque fois que l’on veut parler des salaires, on met en « ambiance » le gouvernement en lui créant des feux de toutes parts. Une fois les négociations entamées, on « marchande » les augmentations et on éteint les feux un à un.  Cela ressemble à du racket ? Un gouvernement faible, comme on en a vu tant après la révolution, cède sur la majorité des revendications pour obtenir la paix sociale et se maintenir en place. Un gouvernement qui se respecte, composé par des hommes et femmes d’Etat, ne cède que dans l’intérêt de l’Etat et des générations futures.

 

« La différence entre le politicien et l\’homme d\’Etat est la suivante: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération », disait James Freeman Clarke au XIXème siècle déjà. Célèbre citation reprise par Youssef Chahed, avec applaudissements et bis repetita, lors de son dernier discours à l’ARP. Le chef du gouvernement a donné le la en laissant entendre qu’il est un homme d’Etat et non un homme politique. Qu’il pense aux générations futures et non à sa propre carrière. Passera-t-il à l’acte en se comportant avec la fermeté d’un véritable homme d’Etat ? CQFD. Pour le moment, on sent encore qu’il n’a pas encore fait preuve de la force et de l’audace nécessaires qui caractérisent de véritables hommes et femmes d’Etat. Pensée à Margareth Thatcher et Vladimir Poutine.

 

Comment se seraient comportés Thatcher et Poutine face aux absurdités du syndicat de l’Education qui hypothèquent l’avenir de nos enfants en les privant de leurs droits légitimes d’obtenir leurs notes et leurs bulletins scolaires ? On aurait oscillé entre privation de salaires et goulag. Sauf que Youssef Chahed et son ministre de l’Education Hatem Ben Salem n’ont même pas assuré ce minimum et acceptent encore de rémunérer des fonctionnaires pour un travail qu’ils n’ont pas effectué. Partout dans le monde, quand on fait grève, on accepte de ne pas être payé, sauf en Tunisie ! « Tu sors crier dans les rues pour obtenir des revendications et tu exiges ensuite d’être payé ! ». Le droit de grève est un droit constitutionnel et incontestable, mais ce droit a ses règles que ces syndicats doivent respecter. Que les enseignants observent autant de grèves qu’ils veulent, mais qu’ils ne prennent pas nos enfants en otage (de un) et qu’ils se refusent d’être payés pour un travail qu’ils n’ont pas effectué (de deux) ! 

Pour la Stam, qui prend en otage nos exportations, la grève n’est même pas légitime puisque la revendication ne les concerne, ni de près ni de loin ! Ils exigent que leur société augmente les tarifs de ses prestations de 20% ! Depuis quand et dans quel pays les syndicats s’ingèrent-ils dans la gestion courante des sociétés et lui dictent son plan d’action et sa stratégie ? Poutine n’aurait pas hésité à les envoyer à un port sibérien et Thatcher n’aurait pas hésité à les licencier et aller se plaindre aux prud’hommes, surtout que le pays est en état d’urgence. En Tunisie, le ministère de tutelle a répliqué par un communiqué dans lequel il « regrette » la grève ! Quand on veut défendre le prestige de l’Etat, on ne se conduit pas comme une carpette Monsieur Radhouane Ayara !

A une grève illégale, un homme d’Etat qui ne craint pas d’être remercié et qui pense à l’avenir de son pays, répond par la fermeté en appliquant immédiatement la loi ! Le ministre du Transport a beau être doctorant en Droit, il n’en connait que la théorie et pas l’application !

 

Le prix du carburant a augmenté ce week-end, comme prévu. Les augmentations devraient être trimestrielles et ne toucheront pas que le carburant. L’inflation réelle (pas celle du panier de l’INS) devrait largement dépasser les 7,1% au vu de l’augmentation de la TVA, de l’accroissement des charges patronales, de la chute drastique du dinar et de notre dépendance de plus en plus croissante aux exportations.  Rien de nouveau dans tout cela, ça date de 2011. Pour faire face aux dépenses, aux augmentations de salaires, aux recrutements massifs et à la chute de la production, l’Etat a sollicité, depuis 2012, le FMI à la rescousse. Comme tout organisme financier face à un demandeur de crédit, le FMI a dressé une liste d’exigences auxquelles l’Etat doit se soumettre. Et nous avons accepté ! C’est la loi numéro 20 datée du 12 juillet 2012, votée par l’ANC et signée par le président de l’époque Moncef Marzouki qui a fait que la Tunisie accepte de doubler son volume de crédits auprès du FMI et, par conséquent, de se soumettre à ses conditions.

Ici et là, les hommes politiques et les syndicats critiquent le gouvernement d’appliquer les directives du FMI traitant ce dernier de néo-colonisateur. Dans l’objectif d’affaiblir le gouvernement et de pointer du doigt sa politique déficiente, ces hommes politiques manipulent à souhait l’opinion publiquement et mentent ouvertement. A commencer par Moncef Marzouki d’ailleurs qui a lui-même signé ces crédits engagés par la Tunisie.

 

Tant qu’on ne dit pas la vérité aux Tunisiens, tant qu’on ne leur explique pas en termes simples les raisons et la destination de ces crédits, tant qu’il y aura de la tension dans le pays. Le gouvernement a bien expliqué la chose et le dernier discours de Youssef Chahed à l’ARP en témoigne. Sauf que ce gouvernement est discrédité par une certaine opposition qui ment ouvertement et par les syndicats qui jouent à l’autruche et qui sont dans le déni, en laissant croire que le pays est fragilisé par cette politique du FMI, alors que le mal est ailleurs. Tant qu’on refuse de voir le mal en face, on continuera à être dans la « merde » et les tensions perdureront.

Le FMI ne nous a pas sollicité, c’est nous qui sommes allés vers lui pour nous aider. Le FMI ne nous a rien imposé, il nous a juste donné la recette pour nous en sortir et lui rembourser, donc, ses crédits. Le FMI a testé sa formule un peu partout dans le monde et cette formule a marché, tant qu’elle est appliquée avec sérieux. En quoi consiste-t-elle ? En termes les plus simples et simplistes, elle se résume en une phrase : travaillez plus pour gagner plus ! Il faut débourser autant ou moins d’argent que l’on gagne ! Il faut produire plus que ce que l’on dépense. Cette formule est appliquée par n’importe quel bon père de famille qui se respecte !

 

Dans les faits, cependant, le Tunisien veut consommer sans produire, il veut la séance unique le ramadan et l’été, il veut acheter des produits importés aux moindres frais, sans produire suffisamment pour exporter, il exige des augmentations de salaires sans se soucier du fait qu’il ne mérite déjà pas ce salaire, il menace par les grèves et n’hésite pas à bloquer l’appareil de production (phosphate et pétrole notamment), il refuse la privatisation d’entreprises publiques évoluant dans les secteurs concurrentiels alors que ces entreprises seraient nettement plus productives et porteuses si elles sont privatisées, il tient à ce que l’Etat compense pour lui certaines de ses dépenses (Education, santé, pain, carburant), il refuse le recul de l’âge de la retraite alors que les caisses sont déficitaires et la liste est infinie. En bref, le Tunisien est comme cet enfant gâté et fainéant qui dit non à tout effort et sacrifice qu’on lui demande ! Il aime citer la grandeur de l’Allemagne, du Japon et de la Corée, mais il oublie de voir que les Allemands, les Japonais et les Coréens travaillent du matin au soir et que leurs syndicats respectent leurs limites. Il oublie que les gouvernements de ces Etats ne sont grands que parce qu’ils ont des gouvernements forts qui appliquent fermement la loi et ne se laissent pas intimider par des Yaâcoubi and co.

 

Je peux comprendre la mauvaise foi des syndicats qui refusent et ne peuvent pas accepter un modèle économique tel que nous le dessine le FMI. Mais je ne peux pas comprendre, ni admettre, la mauvaise foi de certains hommes politiques qui mentent ouvertement aux Tunisiens en refusant de leur dire leur réalité en face et en reprochant au gouvernement de se soumettre au FMI, alors que ce sont eux qui ont signé cette soumission ! De toute façon, ils n’avaient pas le choix. Si demain Hamma Hammami, Noureddine Taboubi, Lassâad Yaâcoubi ou Moncef Marzouki accède à Carthage ou la Kasbah, ils n’auraient pas d’autre choix que de se soumettre aux directives du FMI. Car nulle part au monde (sauf dans les pays rentiers de pétrole) on ne peut gagner de l’argent sans travailler et consommer sans produire. Ceci est valable aussi bien pour les individus que pour les Etats.

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