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Avons-nous besoin de grandes réformes ?

Par Marouen Achouri

 

Hasard du calendrier, c’est aujourd’hui que se tient la grande conférence gouvernementale sur les grandes réformes en Tunisie. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, y sera et le ministre chargé de ce dossier à la Kasbah, Taoufik Rajhi, aura son moment de gloire. Il pourra fanfaronner devant l’assistance en présentant les travaux de ses services. Pas les travaux de la BAD ou ceux de Price Waterhouse Cooper, non, il présente ces travaux comme étant les siens.

On imagine déjà le tableau : plusieurs membres du gouvernement dont le chef en personne, des dizaines de personnalités du monde des affaires, des banques, des médias, des institutions internationales et régionales, le tout dans un hôtel huppé de Gammarth. Tout ça pour quoi faire ? Pour faire entendre que la Tunisie a besoin de grandes réformes structurelles concernant les caisses sociales, les équilibres économiques, les finances de l’Etat, la masse salariale du public, la numérisation de l’administration, le développement de l’initiative privée, etc.

Rien de très surprenant en fait. Ce sont des thèmes loin d’être révolutionnaires. Les « azlem » ont déjà planché sur tous ces dossiers. Les architectes du système de couverture sociale en Tunisie avaient prévu les difficultés des caisses sociales il y a près de 25 ans déjà. La gestion des finances publiques était un peu plus resserrée et il ne nous était jamais arrivé d’emprunter de l’argent pour pouvoir honorer les salaires. Je sais, la Tunisie est passée par une conjoncture spéciale depuis la révolution. Toutefois, n’importe quel chef de famille ou épicier ou mécanicien ou artisan pourra expliquer pourquoi il n’est pas sain d’emprunter pour dépenser, qu’il ne faut pas dépenser plus que ce qu’on gagne et qu’il est inconcevable de distribuer les postes d’emploi pour calmer les gens, pas besoin de méga conférence pour ça.

 

Par ailleurs, quelle légitimité peut avoir cette conférence ? D’abord, elle est boycottée par les représentants de l’UGTT qui considèrent, avec raison, qu’il ne s’agit pas d’un espace de dialogue idoine. Il faut savoir que depuis quelques semaines, c’est à Carthage, dans le cadre du fameux Accord éponyme, que seront tracées les politiques futures du pays. Le pays est en crise et il a fallu réunir ce qui reste des signataires de l’Accord de Carthage. Alors, on a deux grandes organisations (Utica et UGTT) qui ont chacune mis leurs propositions sur la table et sur les plateaux médiatiques depuis belle lurette, deux partis (Nidaa et Ennahdha) dont l’échec sur les dossiers économiques et sociaux a été démontré tout au long des trois années du gouvernement, et puis quelques autres partis et organisations qui sont là pour la galerie, sans vouloir leur manquer de respect. C’est dans ce cadre là que les stratégies futures vont être dessinées et c’est Carthage qui donnera ses instructions à la Kasbah. C’est même Carthage qui décidera si oui ou non ce gouvernement sera maintenu dans les mois qui viennent.  Donc, cette conférence sur les grandes réformes est pour l’instant de la pure littérature, les présents n’en décident rien et seront chargés, aussi ministres soient-ils, d’appliquer ce qui sera décidé au palais.

 

Si vous voulez la vérité, les placards de l’administration tunisienne regorgent de grandes réformes, inutile d’organiser une conférence pour ça. Au ministère de la Santé, à l’ancien ministère du Plan, au ministère des Finances, au ministère de l’Agriculture et j’en passe, des gens ont déjà travaillé sur les problématiques qu’on feint aujourd’hui de découvrir. Les réformes existent et des experts, nationaux cette fois, les ont déjà écrites.

Par ailleurs, a-t-on besoin de grandes réformes pour se dire qu’on est en droit d’avoir des rues propres ? Faut-il un tel effort intellectuel, des conférences et des symposiums pour se rendre compte que le citoyen tunisien a le droit à un hôpital performant ? Faut-il une telle parade pour se dire que la formation académique n’est pas en conformité avec les réalités du marché du travail ? A-t-on besoin de toutes ces palabres pour être servis de manière respectable, performante et rapide dans des administrations que nous payons de nos impôts ? Ce que l’on considérait comme acquis auparavant devient aujourd’hui sujet à débat et à discussion. Ce qui était de l’ordre de l’évidence devient un plan stratégique à mettre en discussion avec les partenaires en vertu du sacro-saint consensus.

Autrement dit, la conférence d’aujourd’hui est une rencontre d’information et de débat mais qui ne débouchera sur rien de concret et ne sauvera certainement pas le pays du marasme dans lequel il se trouve. Aujourd’hui, des gens, qui ne sont pas sûrs d’être à leurs postes dans trois mois, se réunissent pour parler de réformes qu’ils ne peuvent ni décider ni appliquer.

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