Par Sofiene Ben Hamida
Il n’y a pas de mensonge grave et de mensonge blanc. Il y a une vérité et une contre-vérité. Après le règne des nuls qui ont conduit le pays au bord du gouffre, voici le règne des menteurs invétérés.
Choisi par le parti islamiste Ennahdha, Habib Jomli a été désigné par le président de la république Kais Saïed pour former un gouvernement dans un délai d’un mois. Et c’est à ce titre que l’une de ses premières actions a été d’accorder une interview au site de la chaîne qatarie Al Jazeera. Mais passons tout ce que peut susciter, présager et sous-entendre l’acte de s’adresser aux Tunisiens à travers un canal étranger, qatari de surcroit. La tendance chez certains politiques étant de fuir les médias tunisiens et d’opter pour une communication offshore. Ils auront tout le temps de se rendre compte que seuls les médias tunisiens, malgré toutes les critiques que l’on peut leur adresser, leur donnent une visibilité auprès de leurs concitoyens.
Ce qui a été très remarqué dans l’interview de Habib Jomli à Al Jazeera par contre, c’est son affirmation qu’il est indépendant de tous les partis politiques, y compris le parti islamiste Ennahdha. Ceci est une contre-vérité grossière et un mensonge avec préméditation. En effet, après les élections de l’assemblée constituante en octobre 2011, les tractations entre les différentes formations politiques ont conduit à l’apparition de la troika entre les islamistes, Ettakatol de Mustapha Ben Jafaâr et le CPR de Moncef Marzouki. Le gouvernement qui en était le fruit, a été annoncé le 22 décembre 2011 sur la page officielle d’Ennahdha. Il était présidé par la secrétaire général du parti islamiste Hammadi Jebali et composé par 29 ministres et 12 secrétaires d’état. Parmi eux on trouve le nom de Habib Jomli nommé secrétaire d’état à l’agriculture. Devant son nom, il était clairement spécifié, sur la liste publiée sur la page officielle du parti islamiste, qu’il appartenait au parti Ennahdha. Habib Jomli a continué à faire partie du gouvernement d’Ali Laârayedh et personne n’a jamais entendu depuis qu’il a démissionné du parti islamiste.
Ce mensonge sur l’appartenance du candidat à la présidence du gouvernement est relayé par le parti islamiste Ennahdha qui affirme dans un communiqué de son bureau exécutif que Habib Jomli est « indépendant, compétent dans les domaines économique financier et agricole, et intègre ». Trois qualités qui sont, preuves à l’appui, fortement contestées.
Pour son indépendance, Ennahdha va plus loin que le mensonge. Elle renie l’un des siens ainsi que ses propres publications officielles. Pour sa compétence, il existe de lourds soupçons que Habib Jomli n’a pas son baccalauréat et que ses diplômes sont, d’une part des diplômes maison sans aucun intérêt académique et que d’autre part, ils sont en rapport avec l’élevage des chameaux, un secteur qui n’est pas franchement porteur et qui ne préoccupe visiblement que Monsieur Jomli et un certain ancien député nommé Imed Dami. Quant à son intégrité, elle est contestée publiquement par son ancienne collègue de parti et ancienne députée islamiste Fattouma Attia. Elle accuse Habib Jomli, alors qu’il était secrétaire d’état à l’agriculture, d’être impliqué dans une affaire de corruption en rapport avec un projet de pisciculture à Zarzis.
Mais il y a longtemps que les mensonges des islamistes n’offusquent plus personne. Si on les répertoriait, on en ferait des recueils. Le dernier en date nous vient de l’une des figures de proue d’Ennahdha, Yamina Zoghlami qui a avoué que les déclarations des islamistes concernant l’impossibilité de s’allier ou de coopérer avec le parti rival Qalb Tounes étaient de simples déclarations électorales sans plus.
D’ailleurs, les islamistes ont trouvé dans leurs nouveaux alliés politiques, de sérieux concurrents, et pas seulement sur le plan électoral. Le patron de Qalb tounes, Nabil Karoui n’a-t-il pas écrit, il n’y a pas si longtemps, du fond de sa cellule, une longue lettre ouverte au chef des islamistes Rached Ghannouchi lui annonçant que son parti ne s’alliera jamais avec Ennahdha ? Pour toute réponse à ce mensonge collectif, le député et dirigeant Qalb tounes Hatem Mliki a promis, en guise de « kaffara », d’offrir des plats de macaroni à 60 pauvres. Gageons qu’il ment !










