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La magie de la révolution

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    On dit que le plus grand acquis de la révolution a été la liberté d’expression. Mais si liberté d’expression veut dire entendre Safi Saïd déblatérer ses insultes contre les binationaux, les qualifiant de «déchets », on aurait du mal à voir ce genre de libertés comme un acquis. Ce sera cependant le prix à payer. De même que celui de voir un chef de gouvernement désigné insulter l’intelligence de tout un peuple avant de se planter en beauté et de ceux d’élus du peuple qui ne sont là que pour montrer les pires travers, des Tunisiens qui les ont élus et qui s’y identifient.

    Qu’avons-nous réellement gagné de la révolution ? Pour les puritains, cette question peut sembler abrasive et abusive. Elle est pourtant sur toutes les langues et les réponses qu’on entend sont aussi étonnantes que stridentes.

     

    Le 13 janvier 2011, à 20h du soir, soit il y a très exactement 9 ans, l’ancien président de la République, Zine El Abidine Ben Ali prononçait son fameux discours dans lequel il finit par dire aux Tunisiens : « Fhemtkom » [Je vous ai compris]. Depuis, qui a vraiment réussi à comprendre les Tunisiens ? Très nombreux sont ceux qui s’y sont essayé – et s’y essaient encore – rares sont ceux qui ont réellement réussi à le faire.

    Situation économique désastreuse, divisions sociales et capharnaüm politique. La situation est-elle réellement meilleure avant ? Oui, sans doute, si on aime faire des raccourcis tordus et si on préfère porter des œillères pour ne voir que la moitié du quart de la vérité.

    Les choses n’étaient pas meilleures non, loin s’en faut. Allez poser la question à ceux qui ont été torturés sous l’ancien régime, à toutes ces familles décimées, à ce vide politique, à ces journalistes censurés, à ces citoyens frustrés et bâillonnés. 

     

    La question de savoir si la révolution a réellement porté ses fruits est tout simplement naïve. Quels fruits au juste un soulèvement populaire, manipulé et orchestré, pourrait-il apporter, en seulement 9 ans ?

    9 ans après, la situation en Tunisie est plus compromise que jamais. Pour ceux qui la vivent du moins et qui nourrissent de grandes espérances. Si on prend du recul et si on essaye de prendre un nouveau prisme pour regarder où nous en sommes, les choses pourraient sembler nettement différentes.

     

    Sans ce soulèvement populaire – manipulé et orchestré – jamais les débats que nous avons aujourd’hui n’auraient pu voir le jour. Jamais on n’aurait pu discuter de grandes questions liées à la liberté du culte, aux égalités des genres, aux libertés sexuelles, à l’éducation, aux droits des minorités, aux drogues récréatives… Préoccupations futiles diriez-vous ? Pas si sûr, non. Toute révolution doit impérativement être accompagnée d’un changement des mentalités, d’un débat social et culturel, d’une révision des tréfonds de tout ce que nous avons – pendant trop longtemps – considéré comme acquis, comme inébranlable et indiscutable.

     

    Cette révolution – ou soulèvement populaire manipulé et orchestré – n’a pas été totalement stérile. Il n’est que la voie, rocailleuse, périlleuse et austère vers une dignité que les Tunisiens n’auraient jamais pu acquérir autrement.

    Le droit d’un peuple d’élire ses représentants – même s’ils sont les pires des populistes et des arnaqueurs ; le droit d’un peuple de sanctionner ceux qui l’ont déçus – même s’ils avaient les mains liées par des années de corruption et par un pays ingouvernable ; le droit d’un peuple de s’exprimer, de vouloir changer les choses et de rêver à un avenir meilleur. Tout ceci est le fruit de toutes ces années déprimantes et hasardeuses.

    Il vaut mieux avoir un Seifeddine Makhlouf jouer les perturbateurs au Parlement car il a été élu par le peuple, un Rached Ghannouchi « président de tous les Tunisiens », car les électeurs ont jugé qu’il était moins mauvais qu’un autre, ou une Abir Moussi camper au plein cœur de l’hémicycle car les Tunisiens ont jugé qu’elle pouvait jouer un contre-pouvoir, que de ne pas pouvoir décider par qui nous sommes gouvernés.

     

    L’année 2019 qui vient de s’écouler avec son double attentat terroriste, avec le décès d’un président, la naissance de nombreux partis et la chute de plein d’autres, les tiraillements politiques anxiogènes et une triple élection a été l’année de toutes les peurs…mais aussi celle de toutes les espérances.

    Les changements politiques, les débats qui font florès, les nombreux questionnements font que la Tunisie ne peut aujourd’hui qu’aller vers la bonne voie. Une voie longue, hasardeuse et horriblement douloureuse, mais une voie qui fera que ce petit pays suivra le cycle mondial et ne sera pas en reste. Qu’il vivra le changement vécu dans les quatre coins de la planète, qu’il ne restera plus en retrait et qu’il aura son mot à dire sur sa propre destinée. Du moins, il essaiera.

    Car chacun sait que la dictature, peu importe à quel point elle est rassurante et réconfortante pour les paresseux et les hermétiques au changement, est aujourd’hui terriblement passée de mode…

     

    Bon 14-Janvier à tous les Tunisiens !

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