« Le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse », tel était le dernier énoncé de Camus dans son roman, La Peste, qui connait un regain d’intérêt chez les peuples qui s’intéressent encore à la culture. Bien évidemment, l’œuvre culte se lit sur plusieurs niveaux, mais là n’est pas le propos. Elle peut se lire au premier degré, celui de l’avancée d’une épidémie et du comportement humain face à une telle situation.
Nouveau coronavirus, Covid-19, pandémie, clusters, foyers de contamination autant de termes qui ont le vent en poupe, déclinés dans toutes les langues. La propagation est planétaire. Mondialisation oblige. La Tunisie n’a pas, à ce jour, atteint le stade 3 de l’épidémie. Cette phase où le virus circule sur l’ensemble du territoire avec une augmentation rapide du nombre des cas. C’est la vague épidémique. Nous en sommes à la phase 2 qui consiste à freiner la propagation du virus avec la mise en place de mesures-barrières. Cela peut permettre de gagner du temps et c’est ce que les autorités tunisiennes tentent de faire. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’on atteigne le nouveau stade. Il ne s’agit pas de céder à la panique mais de rester vigilant. Gagner du temps est nécessaire surtout pour que le système sanitaire tunisien, déjà en perdition, puisse se préparer.
Pour ce faire, les premiers qui sont au cœur de la prévention contre la propagation du virus sont les citoyens. L’Etat en lançant les mesures-barrières n’a d’autre choix que de compter sur le sens de la responsabilité des Tunisiens en matière d’hygiène et de respect des règles d’isolement. Sauf que voilà, le Tunisien ne semble pas conscient de la responsabilité qui lui incombe. Dans les rues, les cafés, les bureaux et autres, on continue à se serrer la main, à se donner l’accolade et la bise. C’est que nous sommes un peuple tactile. Quand bien même ils risqueraient d’aggraver la situation, il n’est pas question pour certains, voire la majorité de nos concitoyens, de changer d’habitudes. Une aberration si l’on constate, l’insouciance avec laquelle les Italiens ont pris la chose au début, et ce qui est advenu du pays voisin par la suite.
On se dirige sûrement vers un pic épidémiologique. Avec les moyens limités dont dispose la Tunisie, c’est tout un chacun qui doit agir à son propre niveau en prenant les précautions d’usage. Nous avons actuellement plus de 2200 personnes en confinement. Toutefois, les autorités locales constatent de plus en plus le non-respect des consignes. Un potentiel cas infecté de retour d’Italie, s’ennuyant un jour, décide de sortir faire un tour, de passer par le café du coin, de déguster un cappuccino bien serré et de partager une chicha avec les amis. Un autre qui ne conçoit pas un retour en Tunisie sans goûter aux joies d’un bon bain public, prépare son sac et se paye un hammam. Un autre encore refuse de se conformer à l’isolement et part en vadrouille rendre visite à ses parents, histoire de bien les contaminer. Des exemples de la sorte, il y en a des centaines et c’est à l’image d’une dangereuse insouciance de tout un peuple qui pourrait avoir des répercussions catastrophiques dans les jours et les semaines à venir.
Vider, dévaliser les étalages des produits alimentaires et sanitaires en est une autre manifestation. Il est légitime de vouloir prévenir une situation de confinement, mais provoquer une pénurie en privant d’autres Tunisiens des produits de base n’est pas la bonne approche. La solidarité aurait-elle un sens chez certains de nos concitoyens. Ne devrait-on pas plutôt faire preuve de mesure, en ces temps troubles, de mesure et de responsabilité ?










