Le président de l\’Union tunisienne de l\’industrie, du commerce et de l\’artisanat (Utica) Samir Majoul est revenu sur les défis des entreprises tunisiennes en cette période de pandémie notamment en ce qui concerne les salaires et ses différents autres dus auxquels elles devront faire face. C’est un véritable coup de gueule qu’il a poussé, appelant l’Etat à soutenir les entreprises ou au moins à les rembourser.
«On peut penser à tout sauf à ne pas payer nos ressources humaines et si on n’a pas payé quelqu’un, une banque, l\’Etat, le fisc ou la sécurité sociale c’est parce qu’on n’a pas les moyens !», a martelé le patron des patrons dans une interview accordée ce mercredi 18 mars 2020 à l\’émission Expresso de Wassim Ben Larbi sur Express FM.
Et d’ajouter : «On parle du coronavirus, mais est-ce que avant cette épidémie notre situation était bonne ? C’est toute l’économie mondiale qui était en difficulté. C’est une crise mondiale, regardez ce qui se passe au niveau des énergies, les bourses ont décroché ça fait longtemps».
M. Majoul estime que cette épidémie peut être une occasion pour oser des mesures courageuses.
«Le coronavirus est peut-être l’opportunité aujourd’hui pour prendre les décisions nécessaires : essayons d’en faire une opportunité, pour bouger les choses. Arrêtons les réunions qui ne servent à rien, il y a des décisions qu’on aurait dû prendre il y a une éternité. On est un pays ouvert sur le monde, aujourd’hui on n’a pas droit à l’erreur. Regardez les décisions prises de par le monde, des pays moindres que la Tunisie (Jordanie, Maroc, …) et je ne me compare pas avec la France. Notre économie est faible et le seul secteur qui est en train de travailler, de créer de la richesse, d’exporter, de créer de l’emploi c’est le secteur privé, donc on doit impérativement le sauver», a-t-il affirmé.
Le président de l’Utica a expliqué : «Certes la priorité est la santé des Tunisiens, du peuple, de nos ressources humaines, mais pour qu’il soit confiant et ait confiance en l’avenir et celui de ses enfants, il faut qu’on soutienne l’entreprise pour l\’accompagner. Notre dû à nos ressources humaines, leurs salaires pour vivre sont garantis, qu’ils travaillent ou pas après on trouve des solutions avec l’Etat pour des prises en charge, pour des décalages. Tout le reste n’est pas important pour moi, si l’entreprise est en défaut fiscal, en défaut social, en défaut… l’Etat doit patienter et l’Etat doit nous rembourser : les trop perçus d’impôts, les avoirs fiscaux, l’argent des sociétés qui est chez l’Etat doit être remboursé. Aujourd’hui, on ne peut plus patienter ! Aujourd’hui l’Etat est dans une situation, où il crée un effet d’éviction lorsqu’il sort sur le marché pour emprunter et nous on se retrouve sans financement car les banques préfèrent prêter à l’Etat à cause des garanties. Alors que notre argent est chez lui, on parle de milliers de millions en trop perçu de TVA, d’IS, d’IR, etc.».
Samir Majoul a précisé que l’Etat ne les rembourse pas parce qu’il n’a pas de trésorerie et se cache derrière le contrôle. «Moi je vais mourir, je ne peux pas payer mes employés et je ne peux pas faire face à mes dus envers mes fournisseurs, et c’est la pérennité de l’entreprise qui est en jeu et vous travaillez avec mon argent et en plus gratuitement ! Avec quel droit, avec quelle loi, avec quelle démocratie ! Payez les gens !». Et de rappeler les dettes des entreprises publiques et des établissements publics envers un nombre de secteurs dont les entrepreneurs de travaux publics. «Pourquoi vous ne payez pas les gens? il y en a certains qui se sont suicidé, d’autres qui ont quitté le pays, ceux qui ont des chèques impayés … et en plus on les soumet à des pénalités de retard, on les oblige à vendre leurs biens. De quel droit… le droit du prince ! Tout ça il faut le revoir», a-t-il souligné.
Et de poursuivre : «L’Etat est notre partenaire et lorsque l’entreprise gagne de l’argent, l’Etat aussi. Nous sommes des recettes d’impôts, nous sommes des collecteurs d’impôt. Si je suis dans le besoin, vous ne me donnez pas la garantie de l’Etat alors que vous donnez aux entreprises publiques qui perdent de l’argent tous les ans, vous me laissez tomber et en plus vous augmentez le contrôle».
Le patron des patrons a noté : «Nous sommes le plus grand employeur, nous employons plus de 2 millions de personnes. Arrêtez de tirer sur les entreprises ou on va tirer sur qui il faut tirer». Il a soutenu : «Si c’est pour jeter des fleurs je ne serai pas venu, nous sommes en économie de guerre !»
I.N










