Au-delà de la question proprement sanitaire qui va occuper l’essentiel du temps des autorités, le pays va de toute évidence traverser une zone de turbulence et de trous d’air comme il n’en a jamais connu dans son histoire moderne.
La spirale récessive latente déjà présente, va considérablement s’accélérer du fait des effets multiples de cette pandémie: rupture des approvisionnements et des chaines logistiques, ralentissement puis arrêt de productions diverses, chômage partiel suivi de licenciements. Une boucle régressive qui pourrait entrainer toute la nation vers des abîmes redoutables. Un scénario de type dominos que tout un chacun redoute. La difficulté majeure réside dans le fait qu’il faut mener la riposte non pas sur un mais bien deux fronts : Pandémie et crise économique sont indissolublement indissociables ! Elles vont s’alimenter et s’entretenir l’une l’autre. Un confinement général et prolongé conduirait à ce qui pourrait ressembler à une crise humanitaire sans précédent. Pour l’heure, nous n’en sommes pas là, loin s’en faut !
De nombreuses voix, c’est heureux, s’élèvent tant au plan sanitaire qu’au plan économique, pour tenter de circonscrire cette crise globale et d’en limiter les conséquences dévastatrices. C’est bien sûr, comme partout ailleurs, une question d’anticipation, de mobilisation des forces vives, et de moyens financiers à trouver !
La première bataille réside, en dépit des avancées épidémiologiques, dans la stratégie à adopter !
La cinétique (diffusion et propagation) est encore mal connue si l’on en juge par la diversité des approches mises en œuvre. Croire et faire croire qu’il existerait « la bonne méthode » est tout à la fois fallacieux et dangereux, car à l’évidence le Covid-19 n’a pas livré tous ses secrets. Laissons le soin, aux scientifiques de la santé et aux professionnels du système sanitaire, de nous éclairer sur la marche à suivre et ses besoins !
La seconde bataille se livre sur le terrain économique. Nombre de spécialistes s’aventurent à dire que les règles de la bonne gouvernance sont caduques. Ils insistent en affirmant que l’on ne peut simultanément multiplier les moyens et soutiens afin de neutraliser au mieux les effets de la dépression et maintenir les équilibres macroéconomiques et financiers (budgétaire, monétaire, extérieur).
On ne peut, ici, que saluer les efforts d’imagination dont font preuve toute sorte de professionnels, allant d’anciens responsables gouvernementaux à des experts aguerris, en passant par des spécialistes de divers secteurs. Il y a profusion de solutions ciblées tantôt en direction des entreprises tantôt en direction des salariés : Moratoire de charges sociales et fiscales, report d’échéances de remboursement, constitution d’un fonds de soutien aux PME, prise en charge et financement mixte du « chômage partiel », le déblocage des aides d’urgence en direction du système sanitaire et des couches défavorisées. Resterait tout de même à en établir la praticabilité (facilité de mise en œuvre), l’effectivité (ciblage réussi), l’efficience et la pertinence (éviter les redondances, les effets d’aubaine, adéquation chiffrage-besoins).
Si donc les règles de rigueur de gestion sont provisoirement mises entre parenthèses, la planche à billet va donc pouvoir tourner à plein…mais jusqu’où ? Un déficit public passant de 3% à 10% est rattrapable, une politique monétaire d’assouplissement quantitatif plus accommodante (facilité de refinancement et d’accès à la liquidité) est également souhaitable et possible. Mais dans quelles limites ? Dans celles qu’imposent la contrainte extérieure et les besoins en devises. On a beau avoir fermé les frontières physiques, les flux financiers eux n’en connaissent pas et perdurent quoiqu’il puisse arriver !
Fort logiquement on ne peut que se tourner vers cette contrainte extérieure pesante et imaginer comment la soulager. On entend bien ici et là, des appels à l’entraide, des demandes de dons et de nouvelles facilités de crédit. Mais c\’est tout de même un pari osé et d’autant plus risqué que nul ne sait véritablement de quoi seront faites les prochaines années. Demander une restructuration de notre dette extérieure bilatérale et multilatérale (de l’ordre de 30 Md DTN) sous la forme d’abandons de créances, de gel provisoire et de report d’échéances, de swap de taux… est bien plus souhaitable. Il est faux une nouvelle fois, de croire et de faire croire que les restructurations de dettes souveraines ne sont pas possibles (un véritable « tabou » en Tunisie). Beaucoup ont été réalisées sans que pour autant elles aient été rendues publiques (Club de Paris, Club de Londres…). Ce ne sont pas les outils qui manquent quand bien entendu il s’agit d’un risque de liquidité (défaut) et non pas un risque d’insolvabilité. De très nombreux pays ont pu bénéficier par l’entremise de négociations menées conjointement par le FMI-BERD-Club de Paris ou bien encore FMI-BM- Club de Londres d’accords de rééchelonnement voire de restructuration (Argentine, Brésil, Nigéria, Russie, Roumanie…). La liste est bien trop longue même si le contenu précis de ces arrangements demeure secret.
Dernier pays en date : L’Ukraine a vu sa dette purement et simplement annulée (accord BCE-FED).
Ce qui manque aujourd’hui c’est la volonté et l’audace politique d’aller dans cette direction et de demander l’ouverture de négociations avec nos partenaires (Europe, FMI-BM, autres)… 2 à 3 Md viendraient ainsi alléger les charges de remboursement de l’Etat !
Hédi Sraieb, Docteur d’Etat en économie du développement










