Après la grande polémique et le désaveu essuyé par ses propres camarades du parti Karama, le député Mohamed Affes a trouvé l’astuce pour transmettre ses messages de takfirisme (accusation d’apostasie). Il appose la signature d’un inconnu sous un texte, laissant croire qu’il a fait « copier-coller » d’un statut Facebook, alors que d’ordinaire, on se suffit du partage.
Le texte en question, publié vers minuit entre le samedi 28 et dimanche 29 mars 2020, est intitulé « la peine d’un peuple entre la pandémie du coronavirus et la fatalité des syndicats » et signé Néji Sbouï.
Il accuse les « syndicats d’avoir détruit l’économie nationale avec ses grèves sauvages, d’avoir polarisé les relations sociales et violé les droits professionnels en connivence avec les forces antirévolutionnaires. Les syndicats, se croyant immunisés de toute poursuite judiciaire, ont poursuivi leurs crimes pour atteindre un député du peuple élu par le peuple, le député médecin cheïkh Mohamed Affes, atteint par le coronavirus syndical le 24 mars 2020 à la direction régionale de la Santé de Sfax, alors qu’il était en train d’accomplir son devoir et sa guerre contre le coronavirus ».
Le texte donne ensuite la version de Mohamed Affes relative à son agression physique, ses lunettes et son portable volés. Il s’en prend aux autorités régionales, l’administration et le gouverneur qui a pris parti du côté des syndicats. « Ils ont commis un gros crime et une haute trahison, alors que l’Etat est en guerre contre la pandémie du Coronavirus et M. Affes représente cet Etat en sa qualité de député (…) selon la constitution violée par ces milices sauvages qui se rebellent même contre la chariâa islamique et sont au dessus des lois et des syndicats. L’agressé est de la famille du Coran qui sont de la famille d’Allah, mais ces menteurs ont vendu leur religion dans un monde de milices en faillite qui fait commerce avec les affaires des travailleurs. »
S’ensuit des appels aux magistrats et des citations du coran et du prophète.
On rappelle à nos lecteurs, pour qu’ils ne soient pas induits en erreur, que le syndicat accusé dans ce texte est l’UGTT dont l’antenne régionale a démenti catégoriquement toute agression physique du député, témoins à l’appui. L’UGTT a indiqué dans un communiqué que le député a voulu assister de force à une réunion à la direction régionale de la Santé, à laquelle il n’a pas été convié et où il lui est interdit d’assister, d’autant plus qu’il y a plusieurs sujets frappés du secret professionnel à l’ordre du jour. On rappelle aussi qu’une instruction judiciaire a déjà été ouverte dans cette affaire et c’est à la justice de dire ensuite qui de Mohamed Affes ou des syndicalistes de l’UGTT est victime. Pour le moment, rien n’indique que Mohamed Affes dit la vérité et l’UGTT non plus.
On rappelle également que Mohamed Affes, ainsi que plusieurs députés d’El Karama, ont pour spécialité d’accuser leurs opposants (syndicats, partis, médias…), dont ce dernier texte d’ailleurs. L’accusation d’apostasie est punie de la peine capitale selon la chariâa et strictement interdite par la loi tunisienne.
Outre les accusations et agressions verbales à outrance, certains députés d’El Karama n’hésitent pas à menacer leurs opposants et les défier, jusqu’aux magistrats. M. Affes parle de violations de la loi, oubliant que lui-même la viole, avec son takfirisme, tout comme son chef de bloc Seïf Eddine Makhlouf condamné dernièrement pour s’être attaqué au substitut de la République (condamné par contumace à de la prison ferme, il a fait opposition au jugement et on attend encore le procès) et épinglé par les autorités fiscales pour fraude.
Des appels au calme ont été lancés un peu partout et l’UGTT n’a rebondi que pour donner sa version de l’histoire. Il se trouve que M. Affes and co ne veulent pas du calme et tiennent à entretenir la polémique. Son chef de bloc a assisté il y a deux jours à une émission spéciale consacrée à l’agression sur la chaîne islamique pirate Zitouna TV.
R.B.H.











