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L’appel des anciens pour le sauvetage de Tunisair

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    Neuf anciens cadres et dirigeants de Tunisair et du transport aérien ont lancé un appel pour le sauvetage de la compagnie aérienne nationale tunisienne Tunisair, déplorant les récentes menaces touchant à son existence même. Il s’agit de Ahmed Smaoui, Ammar Garci Trabelsi, Amor Azak, Habib Ben Slama, Habib Fekih, Mohamed Taïeb, Mohamed Thamri, Moncef Ben Dhahbi et Raouf Essaied.

    «La situation critique que vit Tunisair nous a amenés à réfléchir à notre contribution aux efforts pour le sauvetage de ce fleuron national qui existe depuis 1948 et qui a rendu d’éminents services à l’économie nationale et au pays», ont-ils expliqué dans une lettre ouverte du 16 juin 2020, en rappelant l’apport de la société dans le budget de l’Etat via les dividendes mais aussi dans l’économie du pays et notamment dans le tourisme.

     

    «Tunisair a été la première compagnie aérienne d’Afrique du Nord et parmi les rares en Afrique à atteindre un niveau technologique qui lui permet d’assurer directement le « Grand Entretien » de ses appareils, la révision de la majorité de ses équipements et de se doter des infrastructures (hangar, ateliers, moyens de formation et personnel qualifié) et Système d’Information des plus performants. Elle bénéficie d’une notoriété connue et reconnue dans le domaine de l’Entretien et de la Sécurité Aérienne et dispose de toutes les certifications nationales et internationales appropriées.

    Actuellement, Tunisair souffre de défaillances manifestes du système de gouvernance (désignation des membres du Conseil d’administration et des PDG, instabilité des PDG sans aucune mission spécifique, interférences intempestives des tutelles dans la gestion courante aux niveaux financier, commercial et des ressources humaines mais aussi dans le choix de la flotte et de son mode de financement, négociations avec les partenaires sociaux)», a indiqué le même document.

     

    Ces anciens cadres et dirigeants ont pointé plusieurs maux de la compagnie qui menacent sa survie sur le très court terme notamment un déficit de trésorerie énorme et récurrent ; un endettement sans commune mesure avec ses capacités de remboursement ; une sous-capitalisation manifeste ; et une détérioration de la qualité de service et de l’image de marque résultant du vieillissement de la flotte mais aussi de la perte de motivation chez une grande partie du personnel.

    Et de rappeler que «le transport aérien, et notamment le pavillon national, sont des éléments majeurs de la souveraineté nationale qu’il convient de sauvegarder» et qu’«il n’est pas permis de lâcher Tunisair au moment où elle a le plus besoin du soutien de toutes les parties concernées (l’Etat, le personnel, les partenaires sociaux, ses nombreux et fidèles clients parmi les passagers et les prescripteurs de voyages)».

     

    Face aux dégâts résultant de l’arrêt brutal et prolongé de l’activité à cause de la pandémie mondiale du Covid-19 et afin de remédier à cette situation critique où la société risque la cessation de paiement, les neuf estiment qu’il est indispensable de prendre des mesures urgentes pour l’immédiat et mettre en place un processus garantissant sa pérennité à moyen et long terme.

    Pour eux, il faudra prendre en compte les effets catastrophiques du Covid-19 sur le transport aérien de par le monde et «l’Etat doit raisonnablement assurer le juste dédommagement à l’instar des autres secteurs». Et de noter que «les dispositions prises par de nombreux pays pour soutenir leurs compagnies aériennes et leur industrie aéronautique, illustrent le caractère de force majeure (Act of God) de cette pandémie».

     

    S’agissant de Tunisair, les anciens cadres et dirigeants ont recommandé le renflouement immédiat des liquidités pour rétablir les équilibres financiers et :

    • régler les impayés envers les fournisseurs locaux et étrangers,
    • remettre en état de vol les avions au sol,
    • compenser les pertes occasionnées par la pandémie,
    • élaborer un plan de sauvetage de la compagnie, visant à rétablir ses équilibres financiers et son climat social.

    «L’Etat est appelé dans ce cadre à assurer les facilités de trésorerie et d’accès aux crédits sur les marchés financiers (à travers les garanties), accorder les crédits de TVA, accélérer le règlement des dettes des organismes publics, convertir les dettes auprès de l’OACA en augmentation de capital, réviser l’indexation sur l’euro des tarifs aéroportuaires en Tunisie», ont-ils préconisé.

     

    Sur le long terme, les neuf ont appelé à la mise en place d’un plan de restructuration et de redressement global qui mise sur une refonte du mode de gouvernance, de la mission, de l’organisation, de la stratégie commerciale et des politiques de gestion des ressources humaines.

    Dans cette perspective, ils ont recommandé de prendre en considération les points suivants :

    • La gouvernance de Tunisair et de ses filiales doit être totalement repensée et mise à niveau pour jouer pleinement son rôle et assurer sa responsabilité à tous les niveaux : redéfinir la gouvernance, renforcer le rôle du dirigeant responsable et distinguer entre les rôles d’actionnaire et de contrôleur de l’état, séparer les fonctions de président du conseil et de directeur général. Les décisions stratégiques sont traitées au conseil d’administration seulement. Le gouvernent peut intervenir à ce niveau et seulement à ce niveau. Plus de conseils interministériels, plus de commission des achats.
    • Revoir le Business Model de Tunisair à long terme et distinguer entre les missions de Service Public et d’Entreprise Commerciale. Les missions d’intérêt public imposées par l’état doivent être dans le cadre d’une convention claire et précise. Tenir compte du rôle historique joué par Tunisair en qualité d’exportateur (recettes en devises) et le faire bénéficier des privilèges accordés aux entreprises exportatrices. Elaborer et mettre en œuvre un Business Plan avec des objectifs de trafic, recettes, réseau, productivité, flotte, niveau de rentabilité et qualité de service.
    • Revoir le niveau du capital et sa répartition, l’état devrait rester majoritaire à 51%. Ouvrir le capital au personnel et à des partenaires privés nationaux et/ou internationaux.
    • La fonction technique doit être valorisée et les mesures adéquates apportées pour remettre la flotte à niveau et pour revenir aux standards de l’industrie et du métier.
    • Tunisair doit établir un contrat avec ses filiales qui doit inclure des niveaux de service objectifs (Service Level Agreement « SLA »), les compensations et corrections nécessaires pour assurer une qualité de service avion satisfaisante.
    • Un plan de modernisation des méthodes et moyens de gestion et de transformation numérique doit être élaboré et mis en place sans tarder. L’organigramme de Tunisair établi en silos à multiples couches avec des redondances de postes et de fonctions doit être revu et compacté pour plus d’efficacité et pour une meilleure responsabilisation. L’optimisation des ressources humaines et l’adéquation poste-compétence doit être clairement établie et rationalisée.
    • Tunisair, ses dirigeants et l\’ensemble de son personnel devront impérativement pour leur part consentir des sacrifices à la mesure des défis en termes de productivité, de compétitivité, de sécurité, de qualité de service et d\’image de marque. Des programmes et des actions significatifs doivent être engagés à cet effet touchant les effectifs, la gestion et l\’organisation du travail, le réseau, avec le mot d\’ordre : « la chasse au gaspillage et aux surcoûts ».

     

    Les anciens cadres et dirigeants de Tunisair et du transport aérien ont tenu à souligner qu’ils n’ont aucune autre ambition ou intérêt dans leur approche que d’apporter une contribution à son redressement. Et de marteler : «Le soutien de l’Etat, pour nécessaire qu’il soit, ne peut garantir la réussite de Plan de sauvetage de Tunisair que s’il est assuré de l’adhésion pleine et entière de l’ensemble du personnel de la société, et ses partenaires sociaux».

     

    D’après communiqué

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