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Tabac chauffé et E-cigarettes : à qui profite la prohibition ?

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    Le Global Forum on Nicotine (GFN) est désormais l’un des rendez-vous incontournables en ce qui concerne les dernières études sur le tabagisme. Médecins et chercheurs y présentent les pistes innovantes pour contrer les méfaits du tabagisme. En pole position, la notion de réduction des risques, préconisée pour minimiser un tant soi peu l’incidence de la cigarette à combustion. Que faire quand un fumeur n’arrive pas à décrocher de la cigarette, sachant que seulement 5% des personnes qui tentent d’arrêter réussissent ? Faudra-t-il continuer à adopter l’approche du « risque absolu » de l’OMS, alors qu’elle a démontré ses limites ? Et si on mettait l’innovation au service de la réduction des risques liés au tabagisme en favorisant les mécanismes permettant d’atténuer sa nocivité ?

     

    Cette année donc, la septième édition du GFN, qui devait se tenir à Varsovie, s’est finalement déroulée en visioconférence en raison de la pandémie de Covid-19. « Nicotine – science, éthique et droits de l’Homme » a été le thème de cette édition.  

    Plus de 30 intervenants ont débattu sur le rôle des produits de nicotine plus sûrs dans la réduction des dommages liés au tabagisme. Tous s’accordent sur la nécessité d’opter pour un accès accru aux produits nicotiniques réglementés afin de réduire la mortalité causée par la cigarette classique. Tous s’accordent aussi à dire que la politique de prohibition visant les E-cigarettes et le tabac chauffé aura pour conséquence de léser le consommateur et son droit à la santé.

    Depuis plusieurs années, une pléthore d’études scientifiques révèlent que les nouvelles alternatives au tabac traditionnel sont moins nocives et représentent une véritable chance pour réduire les méfaits. Sauf que le dogme politique ambiant l’emporte sur les derniers progrès scientifiques. Le bras de fer est réel. L’OMS, s’inscrivant comme précité dans la logique du risque absolu, est l’un des chefs de fil du camp anti-réduction des risques.

     

    Pour Clive Bates, directeur de The Counterfactual, une agence de conseil et de plaidoyer axée sur une approche pragmatique de la durabilité et de la santé publique au Royaume-Uni, il s’agit de mesures purement punitives. Il explique que c’est l’inhalation de la fumée qui cause la grande majorité des problèmes de santé et non pas la nicotine. Il faut dire qu’au cours des 10 dernières années, l’émergence des nouvelles technologies n’impliquant pas la combustion (vapotage et tabac chauffé), ont été une occasion à saisir. Sauf que l’OMS s’est alignée contre l’innovation, s’exclame M. Bates. « L’organisation choisit l’argumentation qui exagère le risque et l’incertitude au détriment des produits qui n’impliquent pas la combustion », a-t-il ajouté.

     

     

    Ces propos rejoignent ceux de plusieurs experts et scientifiques de par le monde qui appellent à une approche plus ouverte et moins hostile quant à ces produits qui pourraient permettre une lutte antitabac plus efficiente. D’ailleurs, en 2018 plus de 70 experts ont adressé une lettre au directeur général de l’OMS l’exhortant à s’inscrire dans une stratégie qui adopte la réduction des risques. Ainsi, les consommateurs invétérés, qui ne peuvent pas ou choisissent de ne pas cesser de consommer de la nicotine, ont la possibilité de passer d’un produit à plus haut risque, en l’occurrence la cigarette classique, à des produits présentant un risque beaucoup plus faible, notamment le tabac sans fumée à faible toxicité.

     

    David Sweanor, président du Conseil consultatif du Center for Health Law au Canada, s’insurge lui aussi contre statut quo institutionnel. Dans son intervention, il cite les exemples des pays scandinaves (la Norvège et la Suède) où le taux de tabagisme est le plus bas au monde grâce à l’introduction des alternatives à la cigarette. Il évoque également le Japon où le tabagisme a connu ces dernières années une chute drastique avec l’accès aux produits de tabac chauffé (notamment avec l’entrée sur le marché japonais de l’iQOS).

    « Nous devrions nous concentrer sur la protection de la santé publique en permettant aux consommateurs de prendre des décisions plus saines plutôt que de protéger le secteur de la cigarette en refusant au public l’information et l’accès à des alternatives à faible risque », a-t-il renchéri.

     

     

    De ce fait, les experts soutiennent que les fumeurs opteront irrémédiablement pour des alternatives plus sûres lorsque des choix leur sont offerts. Entre en compte ici la question du choix, du droit du consommateur à se sentir libre de choisir l’alternative qui lui convient et qui lui parait la plus adaptée. Clarisse Virgino, membre de la « Coalition of Asia-Pacific Tobacco Harm Reduction Advocates » affirme que le seul dommage collatéral à la prohibition est le consommateur. Elle soutient qu’à cause des politiques prohibitionnistes, les fumeurs sont privés du choix d’opter pour un changement de leurs habitudes. Ce qui est, en somme, une atteinte à un droit humain fondamental. Mme Virgino explique que les produits alternatifs, moins nocifs, permettent aux personnes addicts à la nicotine de réduire les risques liés à la cigarette à combustion, voire à en abandonner la consommation.

     

     

    Au cours du forum, la crise due à la pandémie du Covid-19 s’est imposée, surtout que plusieurs études ont évoqué l’étrange sous-représentation des fumeurs parmi les patients contaminés par le nouveau coronavirus. Docteur Konstantinos Farsalinos, chercheur reconnu à l’échelle mondiale dans le domaine de la réduction des méfaits du tabac, a exposé les dernières conclusions sur la corrélation entre nicotine et Covid-19. Les résultats préliminaires de l’étude sont édifiants. « Notre recherche se concentre sur la compréhension des interactions entre le coronavirus et les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. Nous avons des preuves préliminaires qu’il peut y avoir une telle interaction. S’il s’avère que c’est le cas, la nicotine (sous forme de médicaments) peut protéger ces récepteurs en empêchant le virus d’interagir avec eux ». Autrement dit, la nicotine a un effet direct sur l’ACE2, le principal récepteur utilisé par le virus pour son entrée et sa réplication dans les cellules du corps. « Il existe des indications importantes que la nicotine peut être bénéfique, et des essais cliniques sont nécessaires pour établir définitivement si c’est le cas ».

    D’un autre côté, l’éminent chercheur n’a pas manqué d’alerter contre les méfaits de la cigarette à combustion. Pour Konstantinos Farsalinos, il des preuves sans équivoque que les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffés sont de loin des alternatives moins nocives au tabagisme. « Les fumeurs qui ne peuvent pas ou ne veulent pas arrêter de fumer avec les méthodes actuellement approuvées devraient être encouragés à passer à ces produits. Il ne devrait y avoir aucune hésitation et aucune réserve à cet égard », a-t-il assuré, renchérissant que « si les fumeurs sont correctement informés et convaincus du risque minime de ces produits, nous pouvons nous attendre à l’élimination rapide du tabagisme d’ici quelques années » ….

     

     

    En ce qui concerne la Tunisie, les faits sont là. Le monopole de l’Etat et la prohibition sont tels que les fumeurs n’ont d’autre choix que celui de la cigarette à combustion. Depuis quelques années, l’introduction des produits alternatifs, qui a connu un engouement chez les consommateurs, a été tuée dans l’œuf. Les personnes qui peinent à arrêter le tabac et qui y ont vu une occasion de switcher pour un produit moins nocif, n’ont plus d’option. Cette politique prohibitionniste profite bien évidemment à l’Etat, mais aussi et c’est ce qui représente un danger de santé publique, au marché parallèle. Ces réseaux de contrebandes qui prospèrent font circuler des produits, moins coûteux, donc plus attrayant, mais surtout plus nocifs, parce qu’échappant à tout contrôle sanitaire. Les risques liés au tabagisme, accrus par un marché non-réglementé, devra amener les autorités, tôt ou tard, à repenser leur stratégie de lutte antitabac, notamment en autorisant les alternatives moins néfastes.  

     

    I.L

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