Un webinaire sur la « transition énergétique & mobilité électrique : enjeux, défis et plan d\’action » a été organisé, jeudi 26 juin 2020, par l\’Agence nationale pour la maîtrise de l\’énergie (ANME).
Ont notamment pris part à l’évènement Ibrahim Debache, président la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobiles et PDG d’Ennakl Automobiles, Mohamed Ammar, PDG de Société tunisienne de l\’électricité et du gaz (Steg), Nabil Smida, PDG de la Société nationale de distribution des pétroles (SNDP-Agil), Fathi Hanchi, DG de l’ANME outre des experts en la matière.
Plusieurs pays dans le monde opèrent leur transition vers l’électrique pour abandonner les véhicules thermique à moyen et long terme et plusieurs constructeurs développent le concept de mobilité autonome. En Tunisie, si l’introduction du véhicule hybride est timide, celle du véhicule électrique est quasiment absente faute d’infrastructure adéquate mais aussi d’encouragement vu le coût exorbitant à l’achat de ces véhicules hautement technologiques.
Il devient ainsi urgent que la Tunisie mette en place une stratégie en la matière afin de ne pas rater le coche surtout que l’usage de ce genre de véhicules outre le fait qu’ils sont moins polluants pourrait déboucher sur des gains en énergie conséquent.
Ibrahim Debache a estimé que le secteur arrive à une croisée de chemin, qu’on est face à un changement de paradigme et qu’il faut prendre les décisions qui s’imposent en termes stratégiques.
Il a mis en relief deux chiffres importants : les ¾ des immatriculations et ré-immatriculés en Tunisie sont des véhicules d’occasion et plus de 50% du parc automobile, qu’on estime à 1,5 millions de véhicules, a plus de 10 ans (sur ces 50% plus de 25% a plus de 15 ans d’âge). Résultat, le marché des pièces de rechange a explosé, mais pas celui d’origine mais plutôt celui de la pièce usée : plus de 85% des importations des pièces de rechange sont des pièces usées.
Ceci a un impact direct sur la pollution et sur le coût de la consommation de carburant outre un risque d’accidents plus élevé sur les routes.
«Aujourd’hui, ce qui nous menace est d’avoir non-seulement un parc de plus en plus vieillissant, avec les risques que j’ai évoqué, mais aussi une facture énergétique qui risque d’augmenter d’années en années si on ne prend pas les mesures nécessaires», a estimé M. Debache.
Le président de la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobiles a, en outre, évoqué l’industrie des composants automobile qui représente 7% du PIB et s’est interrogé comment maintenir cette industrie avec les changements qui s’opèrent dans la filière avec le développement du véhicule électrique et hybride.
Il a souligné dans ce cadre l’importance que la Tunisie se positionne, en tant que site industriel attractif. Pour lui, il va falloir trouver un nouveau leitmotive pour rendre la Tunisie eco-friendly et le domaine du transport est un élément majeur dans ce type de politique.
Ibrahim Debache a expliqué que l’infrastructure doit suivre avec la mise en place de bornes de recharge. Il faudra aussi la mise en place d’une politique de dégrèvement et d’incitations fiscales, les véhicules électriques ayant un surcoût équivalent à 30 et 50% plus cher qu’un modèle équivalent. Il a prôné une politique instinctive à la fois pour l’acquisition de ces voitures et leur import mais également pour faciliter la mise en place rapide de ces infrastructures. Pour lui, les enjeux d’une introduction de véhicules électriques et hybrides sont énergétiques (moins de consommation), environnementaux (moins de pollution) et technologiques, ce qui peut être une opportunité à saisir pour le site Tunisie.
Pour Fathi Hanchi, la voiture électrique est une opportunité à saisir pour la Tunisie afin d’accompagner cette révolution technologique à la fois pour développer un tissu industriel et de service approprier mais également sur le plan énergétique la mobilité électrique représente des opportunités intéressantes.
Le DG de l’ANME a tenu à remercier la taskforce qui a mis en place en 2018 un projet ambitieux, concret et chiffré qui vise l’introduction de 70.000 véhicules sur la période 5 ans, soit 50.000 à véhicules électriques et 20.000 véhicules hybrides.
A cet effet, il faut des mesures fiscales, d’accompagnements, techniques et technologiques. Trois axes seront déterminants pour la réussite de ce projet. Le premier volet concerne le prix du véhicule électrique qui coûte 130% plus que la même catégorie du véhicule en essence, qui devra être ramené à celui du véhicule thermique, à travers la suppression des droits taxes pendant 7ans et via des crédits à taux bonifié. Le deuxième volet concerne la mise en place des infrastructures de recharge et ceci à travers des facilités accordées aux investisseurs via des mécanismes PPP. Le troisième volet concerne le positionnement stratégique de la Tunisie en tant que plateforme d’équipementiers automobile et en tant qu’industriel capable d’assembler ce genre de véhicules, notamment via la création d’un technopôle innovant.
Le projet devant être intégré à la Loi de finances 2019 et n’a pas été fait pour des contraintes budgétaires, il a espéré que l’intégration de ce projet dans le cadre de la préparation de la Loi de finances 2021. Et de souligner que le développement de la mobilité électrique pourrait faire beaucoup de bien pour l’économie tunisienne, en créant de l’emploi, en améliorant l’intégration des énergies renouvelable dans le réseau électrique, en positionnant la Tunisie au niveau mondial pour tout ce qui est production de véhicules électriques.
Fathi Hanchi a profité de cette occasion pour faire certaines annonces, notamment la signature imminente (les prochains jours, ndlr) d’un partenariat entre l’ANME, la Steg et la SNDP pour le développement d’un réseau de bornes de recharges dans des stations-service Agil.
Il a, en outre, précisé que le ministre de l\’Energie, des Mines et de la Transition énergétique a approuvé un plan d’action pour relancer le dossier de la voiture électrique et de se réunir avec les différents acteurs pour la mise en place d’une feuille de route claire et cohérente.
Autre annonce importante, l’ANME a postulé pour un projet financé par le Fonds de l’environnement mondial et elle a remporté un financement d’un million de dollars. Il s’agit d’un projet régional qui va démarrer bientôt et qui vise la promotion de la mobilité électrique en Tunisie.
Le DG a évoqué également plusieurs autres projets dans ce cadre notamment des études à mener.
I.N










