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Scandale Fakhfakh : Les enjeux politiques d’un éventuel départ

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    Depuis l’éclatement du scandale du chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, les interrogations se multiplient quant à l’issue de l’affaire, mais aussi, à propos des différents scénarios qui se présentent. Et si les pistes constitutionnelles sont claires à ce sujet, les enjeux politiques sont plus alambiqués.

     

    Le gouvernement Fakhfakh a vu le jour après un processus et de longues tractations ayant abouti à sa formation. Le résultat fût une coalition hétérogène à l’image du patchwork parlementaire issu des dernières législatives de 2019 et reflète l’éparpillement de la scène nationale.

     

    Ainsi, la majorité des observateurs s’accordait sur la fragilité du gouvernement Fakhfakh, tenant compte des relations conflictuelles entre ses composantes et leurs différences idéologiques flagrantes. La question qui se posait était de savoir combien de temps pouvait-il tenir ? Le dernier scandale relatif à l’affaire de ce conflit d’intérêt pesant sur le chef du gouvernement était incontestablement le catalyseur qui accélèrera le processus après une trêve liée principalement à la pandémie sanitaire traversée par le pays.

     

    Il faut dire que le scandale est énorme et les suspicions sont lourdes. Les analystes et les observateurs sont unanimes : Ethiquement et moralement, le gouvernement Fakhfakh semblait fini ! Reste à déterminer, quand et comment ? Dans ce contexte, si la Constitution est claire, les enjeux politiques sont autrement plus complexes

     

    Elyes Fakhfakh peut, donc, décider de présenter sa démission. Le chef de l’Etat Kaïs Saïed aura à désigner la personne la mieux à même pour former le gouvernement. Et là ce serait un retour à la case départ. Quelle personnalité sera choisie par le président de la République, et la question la plus ambigüe demeure comment ferait cette personnalité pour former le gouvernement ? Dans le sens où aucun gouvernement ne pourra passer sans l’aval d’Ennahdha qui n’hésitera pas à imposer ses conditions.

    Toutefois, le parti islamiste devra faire preuve de plus de souplesse au risque de passer à la dissolution du Parlement et assister probablement à une ascension fulgurante du PDL qui ne cesse de gravir les échelons dans les derniers sondages d’opinion.

    Il ne faut pas omettre non plus, que Kaïs Saïed devra assumer la responsabilité du futur gouvernement et de son chef. Son premier essai s’étant avéré un véritable fiasco. Lui, qui a, toujours, fait prévaloir l’intégrité et « la propreté », a subi, de plein fouet, le scandale d’Elyes Fakhfakh et les suspicions de conflits d’intérêts, ce qui constitue le pire scénario qu’il puisse envisager. Subir une deuxième erreur de casting, serait un coup de massue pour lui et lui fera perdre beaucoup de points.

     

    Or, selon des sources proches de la Kasbah, les tentatives de pousser Elyes Fakhfakh à la démission se multiplient et d’accélèrent, et les pressions sont de plus en plus importantes, mais le locataire de la Kasbah ne serait pas du tout dans cette logique.

    De ce fait, il est face au risque incessant d’une motion de retrait de confiance, qui peut être présentée à tout moment, après l’écoulement des six mois requis par la loi, par le mouvement Ennahdha et ses alliés parlementaires, en l’occurrence, Qalb Tounes et Al Karama. Ces alliés auront la charge de présenter un nouveau candidat pour la présidence du gouvernement, conformément aux dispositions de la Constitution.

    Certes que c’est, tout à fait faisable mais ce n’est pas sans risque. C’est dire que la future coalition au pouvoir sera confrontée à des défis économiques et sociaux monstres. Déjà que la situation du pays n’est pas dans ses meilleurs états, la crise sanitaire liée au Covid-19 n’a pas amélioré les choses. Le prochain gouvernement Ennahdha, s’il voit le jour, aura du pain sur la planche. La période à venir n’est pas de tout repos, et le mouvement devra subir les conséquences du pouvoir et de la gouvernance et en payer les éventuels frais durant les prochaines élections.

     

    Le dernier scénario qui est, malgré tout, peu probable, est le retrait de confiance à Fakhfakh par le président de la République. Légalement, la possibilité existe, mais il est difficile à imaginer que Kaïs Saïed prenne le risque de se faire contrecarrer par le mouvement Ennahdha surtout que leur relation n’est pas au beau-fixe et que les tensions entre Saïed et Ghannouchi ne sont un secret de polichinelle. D’ailleurs, on se rappelle parfaitement que le président défunt Béji Caïd Essebsi n’avait pas activé l’article 99 de la Constitution contre Youssef Chahed malgré tous leurs conflits, parce qu’il était persuadé que ce dernier pouvait être maintenu grâce, justement au soutien d’Ennahdha.

     

    En tout état de cause, il est évident qu’Elyes Fakhfakh se trouve dans une véritable impasse. Aucune sortie honorable ne semble possible pour lui. Sa démission serait un aveu indirect de sa culpabilité et le risque de se retrouver derrière les barreaux d’El Mornaguia ne serait pas à écarter. S’il décide de rester à la tête du gouvernement, l’unique solution qui s’offre à lui est de se plier aux exigences du mouvement Ennahdha, notamment, élargir l’assise politique de son équipe et y inclure Qalb Tounes et Al Karama.

    Une concession qui lui coûtera, énormément, en termes d’égo, surdéveloppé chez lui. Le parti de Montplaisir a de nouveau mené le jeu à la baguette et démontré qu’il est, quasiment, l’unique parti à faire la politique et à manoeuvrer. Pour ce qui est de l’intérêt du pays et de la transition économique, il est, toujours, possible d’en reparler lors du prochain quinquennat !

     

    Sarra HLAOUI

     

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