Honte à tous les Nahdhaouis réfractaires. Honte à tous les Tunisiens qui sont seulement 14% à se dire satisfaits de son rendement. En ces temps difficiles, la Tunisie a pourtant grand besoin d’un leader national au rayonnement certain. Un leader pas comme les autres qui sort du lot et qui représente une force de conviction salutaire, une chance inestimable pour toute la nation. Lui, c’est Rached Ghannouchi, vénérable chef d’Ennahdha et président du Parlement. Lui, c’est celui qui est au-dessus de tous, en sa qualité de leader hors normes très rare sur le marché.
Une lettre imputée au Cheikh a commencé à circuler hier dans les milieux nahdhaouis avant de fuiter dans les médias. Son rédacteur répond aux « Cent » d’Ennahdha qui lui demandent expressément d’annoncer qu’il ne représentera pas sa candidature à la tête du parti. Aucun démenti officiel n’est venu nier l’origine de cette réponse. Une lettre somme toute étrange, inhabituelle, tant le lexique diffère des discours aseptisés. Cela reflète que le Cheikh a été piqué au vif, que dans un moment d’ « égarement », il a un peu perdu les nerfs et fait parler ses émotions.
Il nous a gratifié d’un accès de mégalomanie remarquable. A lire le texte, tous ceux qui lui portent offense, et pas seulement ses Frères, devraient en avoir honte et s’en repentir. On ne réalise pas notre chance de le compter parmi les dirigeants du pays. On devrait faire montre de gratitude !
Ce qu’il en ressort c’est que rien ne va plus à Ennahdha à l’approche de son 11ème congrès qui s’annonce très chaud. La guerre de succession est presque arrivée à son point culminant. Des figures des premières lignes du parti islamiste s’expriment clairement contre leur chef, les clans opposés se lancent des piques, certains s’y voient déjà, sur le siège convoité, et n’hésitent pas à donner des coups en traitre. Dès le dernier congrès, les prémices de la crise ont fait surface. On avait essayé de déboulonner le chef ou du moins de lui grignoter certaines de ses prérogatives. Sans succès cette fois, son clan était en position de force. Mais ce n’était que partie remise. On a eu tout le temps de ruminer les rancœurs et les ambitions grandissantes. Et puis, le chef a été élu au Parlement, il a perdu de son aura et une certaine fiabilité après de malheureux calculs politiques. Lors de la mise en place des gouvernements successifs, les machinations de la « tête pensante » du parti, aux succès contestables, ont érodé encore plus son pouvoir.
En parlant de pouvoir, Ghannouchi, qui se pose en tant que leader irremplaçable, a un sérieux problème avec la notion de démocratie. L’alternance que réclament ses ouailles, il n’en a que faire. Dans son envolée mégalo, le cheikh n’hésite pas à rejeter la démocratie au sein de son parti. Il y est, il y reste ! Ceux qui ne sont pas d’accord, sont qualifiés de putschistes qui se faufilent dans la nuit pour renverser le saint patron. Il les accuse de commettre des erreurs méthodologiques, « hideuses et trompeuses ». De son éviction ou de son maintien dépendra l’intérêt du mouvement, du pays et de la oumma. Rien que ça.
Comment un président du Parlement, un président d’un parti qui a pour objectif d’être au pouvoir refuserait les pratiques démocratiques ? De quel respect de la démocratie serait capable un tel parti s’il détenait les rênes du pouvoir ? Ne serait-ce pas symptomatique du fait que la démocratie n’est autre pour les islamistes qu’un simple moyen, un simple instrument leur permettant d’arriver au pouvoir, sans pour autant assimiler réellement ses valeurs ?










