L’accord signé entre le gouvernement de Hichem Méchichi et les représentants de la contestation au Kamour a certes permis l’ouverture de la vanne de pétrole fermée depuis le mois de juillet dernier. Mais la contre partie, pas financière seulement, mais surtout politique et éthique risque d’être lourde, très lourde.
Non, assurément, il n’y a pas eu un accord au Kamour. C’est juste que l’Etat en déliquescence a été contraint de payer une rançon pour libérer la vanne numéro quatre des mains de ceux qui l’ont prise en otage, et le pays avec, depuis plus de quatre mois.
A la décharge de Hichem Mechichi et de son équipe, le dossier du Kamour est un dossier qu’il a hérité de son prédécesseur Elyes Fakhfakh, mais surtout de l’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed. En réalité, l’actuel chef du gouvernement a été cueilli à froid et a été contraint de traiter ce dossier brûlant sans avoir la possibilité de choisir le moment de son intervention. Chronologiquement, la vanne a été fermée alors que Fakhfakh était encore en fonction, quoiqu’il savait déjà qu’il allait partir bientôt. Egoïstement, il n’a rien fait, n’a pas assumé sa responsabilité et a préféré passer la patate chaude à son successeur.
Avant Fakhfakh, Youssef Chahed avait eu aussi une attitude opportuniste et calculatrice envers le mouvement social à Tataouine. Il savait que le mouvement social qui avait porté des revendications légitimes à Tataouine a été inféodé, puis récupéré par des tendances politiques les plus radicales. Il savait aussi que le premier sit-in au Kamour était organisé, financé et géré par des représentants de mouvements radicaux. L’un des principaux animateurs de ce sit-in n’était autre que l’un des principaux impliqués dans l’assassinat de Lotfi Nagdh. Mais Youssef Chahed lorgnait déjà du côté de Carthage et ne voulant froisser personne pour ne pas perdre des voix, il a accepté de signer un accord en avril 2017 qu’il savait inapplicable. Aujourd’hui, le pays entier paie les frais de l’ambition démesurée de Youssef Chahed.
Mais ceci ne rend pas l’actuel chef de gouvernement exempt de reproches. Sur le plan politique et éthique, un Etat qui se respecte ne négocie pas avec des terroristes, des ravisseurs, des racketteurs ou même avec des insurgés tant qu’ils usent de la violence. Dans la pratique, Hichem Mechichi a accepté de négocier avec un groupe d’individus qui ont investi une zone militaire, fermé une vanne de pétrole et revendiqué une contre partie matérielle pour la rouvrir et quitter la zone militaire. Le fait que ces revendications matérielles étaient l’objet d’un ancien accord qui n’a pas été respecté par le gouvernement ne change rien au qualificatif à donner au comportement de ces individus. Quant aux affirmations de Mechichi sur l’autorité de l’Etat et sa capacité d’user de la force dans le cadre de la loi, elles sonnaient tellement faux qu’elles n’ont convaincu personne, le représentant des insurgés du Kamour en premier. A l’avenir, il ne faudrait plus faire semblant d’avoir son doigt sur la gâchette, prêt à tirer alors qu’en réalité, on a déjà la main sur la ceinture de son pantalon, prêt à le faire glisser.
Sur le plan économique et financier, cet accord ne résout absolument pas la question centrale du développement durable à Tataouine. Ce ne sont assurément pas ces sociétés de jardinage et d’emplois fictifs qui participeront au développement de la région. Cette recette avait déjà été utilisée dans d’autres régions et a toujours échoué. Tout au plus, l’accord signé avec les insurgés de Tataouine permettra d’injecter des liquidités et de l’argent frais pour donner un semblant de prospérité, un semblant seulement comme disait la chanson. Quant aux sommes qui seront déboursées au profit de l’équipe sportive locale, ce ne sont que des confettis aux jeunes de la région qui ont constitué l’essentiel des manifestants et des sit-inneurs.










