La crise a fini par rattraper le secteur automobile et Artes n’y échappe pas. La nomination de Lassaad Ben Ammar vise ainsi à sortir le groupe des difficultés qu’il vit depuis deux ans, afin de retrouver sa place d’antan.
Le secteur automobile a été toujours considéré comme la vache à lait des gouvernements qui se sont succédé. La conjoncture nationale et la restriction des quotas ont sévèrement impacté le secteur, mais le coup de grâce a été la hausse des droits, taxes et impôts, prévue par la Loi de finances 2018. La crise Covid-19 a fini par mettre à genou un secteur qui représentait une manne pour l’Etat et qui se trouve aujourd’hui en difficulté.
Depuis deux années, les ventes du groupe sont en baisse mais aussi son chiffre d’affaires. Et les changements à la tête du groupe prouvent bien qu’il était en train de chercher un nouveau souffle et une nouvelle dynamique.
C’est dans ce cadre que Moncef Mzabi a misé sur un ancien de la boite qui a fait ses preuves ailleurs, Lassaad Ben Ammar. Ce dernier a été nommé nouveau directeur général du groupe Artes, concessionnaire des marques automobiles Renault, Dacia, Nissan et Lada, et ceci à compter du 9 octobre 2020, succédant à Mustapha Ben Hatira, parti à la retraite.
M. Ben Ammar revient au bercail ainsi après une dizaine d’années passées dans le groupe Mabrouk en sa qualité de directeur général de la société Italcar représentant du groupe Fiat puis de la société Le Moteur, représentant du groupe Daimler, et en tant que président de Conseil d’administration de la filiale industrielle Icar (ex Stia ). L’homme est aussi le vice-président de la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles.
Pur produit du secteur automobile, le nouveau DG aura plusieurs défis à relever, dont le plus important sera de remettre le groupe sur les rails. Sa tâche sera plus facile que d’autres puisqu\’il connait parfaitement la maison Renault pour y avoir passé plus de onze années et y avoir déjà occupé avec succès la fonction de directeur général.
Le dirigeant sera aidé dans sa tâche par Samir Landolsi, qui retourne aux sources au poste de directeur général après-ventes du groupe.
Lassaad Ben Ammar aura pour mission de consolider le leadership du groupe dans le secteur automobile et de mettre en place ses nouvelles orientations stratégiques, axées sur le produit, la qualité du SAV et la satisfaction client, afin de développer l’activité et de renouer avec une croissance rapide.
Autre mission importante, le DG sera attelé à concrétiser le projet d’assemblage Nissan. D’ailleurs, le profil de son prédécesseur et son expérience au sein d\’Icar disent long sur les ambitions annoncées du groupe en ce qui concerne l’installation d’une chaîne d’assemblage.
M. Ben Ammar devra aussi militer pour la remise sur le tapis du sujet de la voiture électrique et hybride.

Pour répondre à de nombreuses interrogations, Business News a rencontré Lassaad Ben Ammar dans son bureau à Kheireddine Pacha. Il est ainsi revenu sur son parcours.
En ce qui concerne le secteur, le DG pense que les raisons qui l’ont impacté sont nombreuses. Il a pointé le pouvoir d’achat du Tunisien, en chute libre depuis 2011, mais aussi un système de quotas pénalisant et empêchant une concurrence loyale entre les différentes marques présentes dans le pays (25 opérateurs représentant une quarantaine de marques). Pour lui, la libération du marché ne va pas inonder le marché de véhicules, et pour preuve, depuis l’instauration des nouvelles taxes corrélée à une conjoncture nationale de plus en plus impactée, les volumes d’importation de voitures ont nettement baissé et plusieurs concessionnaires n’achèvent pas leurs quotas étant incapables d’écouler leurs stocks. D’où son appel aux autorités de libérer le marché.
M. Ben Ammar pense que pour faire la différence, le groupe doit miser sur un service client impeccable, avec des véhicules qui se distinguent de plus en plus. Le réseau (26 agences qui seront renforcées par quatre autres ouvertures en 2021) et la proximité avec une réponse adéquate et rapide aux besoins de la clientèle parachèveront l’expérience client.
Il a avoué que certains produits proposés par le concessionnaire répondaient parfaitement aux besoins des clients, notamment en termes de qualité/ prix. C’est le cas des deux chevaux de bataille du groupe les Renault, Clio et Symbol, qui ont accusé un retard dans la production à cause du changement de modèle corrélé à la crise du Covid-19 qui a paralysé une majorité des usines dans le monde cette année.
Cela dit, il estime qu’il y a des opportunités à saisir en misant sur d’autres modèles du groupe et en particulier les SUV, un segment qui suscite un véritable engouement.
En ce qui concerne le volet des voitures électriques, Lassaad Ben Ammar a mis en relief le combat de la chambre pour démocratiser ce genre de véhicules plus propres mais aussi plus chers. Au lieu de les encourager, ils sont surtaxés alors qu’ils sont déjà plus chers que les véhicules conventionnels de 30%. Ce qui les pénalise doublement. C’est dans ce cadre que la chambre réclame la levée pure et simple de toute taxation sur ces véhicules ainsi que sur les véhicules hybrides, sachant que les tendances mondiales vont vers ce type de véhicules.
Le DG a aussi souligné la sur-taxation des véhicules, dont les prix ont littéralement explosé ces dernières années. Il faut dire que près de la moitié du prix d\’une voiture quatre chevaux (la plus petite cylindrée) va directement au trésor public et que la proportion monte avec les cylindrées du véhicule.
En outre, il a évoqué un autre casse-tête des concessionnaires : la qualité de notre carburant. Alors que les pays européens se préparent à passer en Euro 7, nous sommes toujours en Euro 4 pour ne pas dire Euro 3. Les concessionnaires doivent ainsi renoncer à importer certains véhicules compatibles à la demande sur le marché car ils n’existent qu’en Euro 6. D’où la nécessité d’homologuer deux nouveaux carburants.
S’agissant des nouveautés du groupe, le groupe introduira un ou deux modèles Renault « assez intéressants et bien positionnés » au second semestre 2021 et un ou deux modèles Lada aussi au cours de 2021. Il y aura aussi des surprises côté Nissan notamment sur le segment des SUV, avec au menu le futur lancement de la Nissan Juke, dans les prochains jours.
Sur le volet industriel, le groupe Artes poursuit son lobbying auprès du constructeur Nissan pour l’installation d’une chaîne de montage de pickup en Tunisie. Lassaad Ben Ammar a ainsi avoué que le taux de « CKDisation » du premier projet 222 n’était pas suffisant d’où son abandon il y a deux ans. (Complete Knock Down (CKD) désigne l\’ensemble des pièces détachées nécessaires pour assembler complètement un véhicule). Le groupe a soumis une seconde proposition à Nissan avec son remplaçant le 223 qui est actuellement assemblé en Afrique du Sud.
« Nous sommes en train d’encourager le constructeur à pousser la CKDisation encore plus pour pouvoir être conforme aux normes tunisiennes », a expliqué le DG. Et d’ajouter : « Le projet verra le jour dès qu’on aura les conditions nécessaires pour pouvoir le faire ».
Avec l’aboutissement de ce projet industriel, le groupe fera son entrée sur un segment géré de manière monopolistique par une seule marque et essayera de capter une part de marché de ces véhicules demandés. Ceci aura bien évidement des répercussions positives sur l’économie tunisienne avec une intégration locale de composants, l’emploi de la main d’œuvre, outre le fait de fournir une activité aux sociétés locales.
Le groupe Artes fait face aujourd’hui à un tournant. Faire les bons choix déterminera son avenir. Choisir les bons modèles à introduire sur le marché ainsi que les projets où il faudra se positionner sera primordial, avec les enjeux du secteur et une conjoncture nationale et internationale au plus mal à cause de la pandémie du Covid-19 qui a tout ravagé sur son passage.
Imen NOUIRA










