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La Cour des comptes apporte la preuve de la médiocrité de la classe politique tunisienne

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    Le dernier rapport publié par la Cour des comptes, concernant les élections législatives et présidentielle de 2019, n’a pas été l’occasion de révélations fracassantes. Il a confirmé ce que nous connaissons déjà : les dernières élections ont été souillées par beaucoup d’irrégularités, parfois par des crimes électoraux qui n’ont pas été sanctionnés.

    Ce rapport a surtout montré l’urgence de réviser le code électoral, de changer de mode de scrutin et pourquoi pas réorganiser en profondeur l’Instance supérieur indépendante des élections, l’ISIE. Cette dernière, pléthorique et onéreuse, a montré son incapacité à assumer son rôle qui consiste à garantir la transparence et l’équité des élections. Les équilibres politiques qui déterminent la composition de sa structure centrale et le grand déséquilibre qui marque ses structures régionales sont autant de facteurs qui handicapent l’ISIE aujourd’hui.

    Mais l’une des conclusions principales du rapport de la Cour des comptes concerne la médiocrité de notre classe politique dans son ensemble qui ne rechigne devant rien et use et abuse de tous les moyens détournés et illégaux pour se maintenir dans le paysage politique accoutumé aux basses manœuvres et aux pratiques illicites. L’impunité étant devenue le maitre mot au sein de cette classe politique nauséabonde.

    Bien entendu, il existe heureusement au sein de cette classe politique des personnes honnêtes. Mais elles sont peu nombreuses, marginalisées et partent souvent perdantes face à leurs autres concurrents, peu regardants concernant les moyens de parvenir à leurs fins. Les quelques cas de personnes honnêtes qui ont réussi leur pari restent exceptionnels et ne doivent pas cacher la douloureuse réalité politique dans notre pays.

    Il n’en reste pas moins que les deux formations politiques les plus épinglées par le rapport de la Cour des comptes sont les deux partis politiques qui ont été déclarés vainqueurs à la proclamation des résultats des dernières élections. Il s’agit du parti islamiste Ennahdha et le parti Qalb tounes de Nabil Karoui. Le rapport de la Cour des comptes confirme en effet que Nabil Karoui et Ennahdha ont signé des contrats avec des agences de communication et de lobbying étrangères pour améliorer leurs performances. Les montants de ces contrats ont été payés en devises à travers des comptes à l’étranger non déclarés et non conformes à la législation en vigueur. Ces pratiques sont considérées comme des crimes graves par le Code électoral et nécessitent théoriquement la disqualification des listes présentées par ces deux formations politiques.

    Pour toute réponse, le parti islamiste s’est muré dans le déni. Il a même affirmé, contre toute évidence, que le rapport de la Cour des comptes montre que le parti Ennahdha a été très respectueux des dispositions du code électoral. Quant au parti de Nabil Karoui, ses lieutenants ont carrément opté pour le dénigrement et la diversion. Iyadh Elloumi a déclaré que la Cour des comptes s’est basée sur des rumeurs de Facebook pour rédiger son rapport alors qu’Oussama Khelifi a annoncé que le président Kaïs Saïed doit lui aussi être épinglé par le rapport de la Cour des comptes. On peut assurer que ces « arguments » n’ont pas convaincu grand monde.

    Le plus surprenant, c’est que les autres formations politiques ont observé un silence embarrassé et complice. Seuls quelques partis, quelques organisations et quelques personnalités politiques ont annoncé leur intention de porter plainte suite à la publication du rapport de la Cour des comptes. Mais leur position est inconfortable du fait qu’ils ont été les perdants des dernières élections. Les autres, ceux qui ont réussi à occuper des sièges dans le parlement actuel se taisent en attendant que l’actualité galopante dans le pays relègue ce dossier loin de l’attention de l’opinion publique. Même le PDL de Abir Moussi , habitué à réagir sur tous les dossiers feint d’ignorer le rapport de la Cour des comptes. Il faut préciser qu’à propos de cette question spécifique de transparence et d’équité des élections, le parti destourien traîne une lourde histoire peu reluisante.      

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