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Mini-journal d’une rescapée du Covid

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    A-t-on droit à une médaille lorsqu’on survit du Covid ? Non. Dommage, j’aurais vraiment aimé.

    Nombreux l’auraient pourtant méritée. « Ils ne sont pas des guerriers mais sont morts au combat », disait Saez dans les Enfants du Paradis. Lui parlait des victimes du Bataclan, mais c’est en partie tout comme.

    Tous ceux qui ont bravé la mort, qui ont vu leur souffle s’arrêter, qui ont mentalement imaginé que leurs heures étaient comptées et qui ont dû souffrir en silence, séparés de leurs proches dans l’angoisse de voir quelqu’un qu’on aime contaminé par sa faute.

     

    Pendant que le monde s’écroulait à l’extérieur, je venais d’ajouter une ligne à la liste des choses fantastiques qui nous sont tombées dessus en cette fascinante et déroutante année 2020. Le Covid. En attendant que des extraterrestres viennent envahir la planète.

     

    36 ans, une excellente santé, relativement sportive (j’entends d’ici le coach de la salle de sport ricaner) et très à cheval sur les gestes barrières, et pourtant, le Covid a réussi à me faire une place dans sa longue liste. 14 jours de quarantaine, 10 jours de symptômes, une oraison funèbre écrite à la hâte et plein de bonnes résolutions pour le « jour où je sortirai ».  Mais j’ai survécu, sans autre mérite que d’avoir pris mon mal en patience et d’avoir passé des jours affalée devant la Tv. Mais ce sera une toute autre version que je raconterai à mes enfants et petits-enfants lorsque je serai de toute façon trop vieille pour être prise au sérieux.

     

    Il existe 50 nuances de Covid, m’avait expliqué mon médecin. Cette maladie bizarre (mot d\’ordre de cette quarantaine) est en effet la cousine éloignée de la grippe et de la bronchite mais ne ressemble, en même temps, à rien d’autre de ce que vous avez déjà eu. Simple et modeste (et tout sauf scientifique) conclusion personnelle. Nous ne sommes certes pas tous égaux face à la maladie. Encore une claque pour rappeler à l’être humain – ce mouton social – sa fragile condition et son insignifiance face à la vie.

     

    Lorsque vous n’êtes pas une personne à risque et que vous ne souffrez pas de délires hypocondriaques, la première idée qui vous frôle est évidemment de faire la liste des personnes que vous avez rencontrées ou approchées dans les jours qui viennent de s’écouler. Vous pouvez bien sûr choisir d’étaler votre vie sur les réseaux : « Je suis dans le regret le plus total de vous annoncer, chers amis, abonnés et sombres inconnus, que je viens d’être testée positive au Covid. Vous vous en fichez ? Moi aussi. Cordialement ». Ou alors vous pouvez choisir de le faire à l’ancienne en appelant – ou en textotant – toutes les personnes dont vous auriez potentiellement signé l’arrêt de mort.

    Tout comme une personne sexuellement active et souffrant de MST doit s’acquitter de la – ô combien gênante – tâche d’appeler ses anciens amants pour les avertir qu’elle leur a – peut-être – transmis la chlamydia, quand vous avez le Covid vous devez faire exactement pareil. Appeler ses collègues, ses amis, ses proches, son boulanger, le voisin à qui on a dit bonjour dans l’ascenseur et l’inconnu total qui a utilisé le tapis de course après vous à la salle de sport.

     

    Vous aurez des hallucinations à force de sniffer du désinfectant – toutes sortes de désinfectant – et des trous de mémoire en essayant de vous remémorer si vous vous êtes suffisamment lavés les mains et si les poignées de porte et le plateau repas qu’on vous aura tendu ont été suffisamment désinfectés. 

     

    Dans un brouillard de symptômes indéchiffrables, vous vous poserez des questions existentielles sur la condition humaine, la durée de vie des virus, les civilisations étrangères, les séries tv et la capacité d’Hollywood à vouloir nous entuber en nous proposant 121 productions qui parlent toutes de comment « sauver les Etats-Unis d’un attentat terroriste ».

     

    Mais, en vaillant petit soldat, vous tenez bon, la télécommande à la main et le pyjama de trois jours sur le dos. Vous faites la rétrospective de votre vie et vous vous rendez compte que vous n\’avez pas encore fait le tour du monde, ni adopté une famille de chats et qu’on peut être une personne respectable et reconnue pour son travail et ses opinions mais porter des chaussettes dépareillées pendant des jours sans même s’en rendre compte.

    Si vous pensez avoir atteint le summum de la fatigue en ayant eu des enfants, un métier prenant et fait des travaux forcés en plein soleil, des chaînes aux pieds, un autre niveau de fatigue vous attend. Ce niveau secret d’un jeu vidéo, sournoisement caché par les développeurs et réservé à un public amateur de sensations fortes. On aura tout vécu.

     

    Mais le plus dur dans cette maladie, ce n’est ni la fatigue qui vous envahit, ni la migraine qui vous terrasse, ni la toux, les courbatures, la fièvre ou la respiration saccadée. C’est plutôt cette douleur silencieuse d’être séparé de ceux que vous aimez le plus. De ne plus pouvoir les toucher, les embrasser, partager les moments simples de la vie avec eux. Mais aussi, et surtout, la peur de les contaminer à leur tour.

     

    Pensées à tous ceux qui n’ont pas eu la chance de survivre à cette calamité de Covid et à leurs proches qui n’ont pas eu l’occasion de leur dire au revoir comme il se doit.

     

    Pensées aussi, en cette journée internationale de lutte contre le Sida à tous ceux qui se battent en silence contre le VIH. Ceux qui n’ont pas le luxe d’en plaisanter, d’en parler ouvertement et d’être soutenus. Ceux qui ne sont pas testés positifs seulement quelques jours, mais de longues années…

    Protégez-vous !

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