A chaque nouvelle, une question persiste : est-ce que ceci est vrai ?
Aussi abracadabrantesques puissent paraitre les nouvelles – ou enfantillages – qui nous parviennent du sommet du pouvoir, elles sont vraies.
Le mot d’Arthur Rimbaud (Le cœur supplicié, 1871), popularisé par Jacques Chirac en 2000 et soufflé à l’époque par Dominique de Villepin, décrit parfaitement la situation actuelle. Mais il la décrirait encore plus si on ajoute le mot ridicule à la définition.
Au-delà de la déferlante d’intox sur la toile – là où n’importe qui peut poster tout et n’importe quoi et faire croire que ses pires hallucinations n’existent pas uniquement dans son cerveau tourmenté – les infos qui nous entourent semblent trop grossières pour être vraies.
A chaque nouvelle – ou presque – on écarquille les yeux, on plisse un œil pour mieux voir et on se frotte la tête n’arrivant pas à percevoir le vrai dans l’histoire tirée par les cheveux que nous offre l’actualité nationale. Malheureusement, la majorité d’entre elles sont vraies, et ne font que creuser, chaque jour un peu plus, le gouffre dans lequel nous nous trouvons.
Hier, 8 février, le chef de l’Etat renvoie à son chef du gouvernement une correspondance envoyée par ce dernier…pour vice de forme. Le locataire de la Kasbah écrit une lettre pour rappeler au président de la République de convoquer les nouveaux ministres pour la très attendue prestation de serment…mais au lieu de noter la fonction de celui à qui il s’adresse, il met son propre statut. Surréaliste ? Oui mais totalement vrai…
27 janvier, le chef du Parlement envoie au président de la République une correspondance à l’issue de la plénière consacrée au remaniement ministériel. Lettre que le chef de l’Etat s’empresse de renvoyer relevant une erreur de date. L’amateurisme du Parlement et sa méconnaissance des lois offre une occasion inespérée au chef de l’Etat de reporter (encore) une prestation de serment qu’il ne semble pas prêt à accueillir.
La même semaine, un colis suspect est envoyé à Carthage. On évoque une tentative d’empoisonnement visant le chef de l’Etat. Carthage confirme laconiquement au téléphone mais aucune confirmation officielle ne sort ce jour-là. Les chefs d’Etats étrangers se succèdent pour téléphoner au président tunisien et s’enquérir de son état de santé. A Tunis, aucune info officielle ne filtre. On ignore le vrai du faux.
Il aura fallu attendre 24 heures pour que Carthage sorte sa version officielle…abracadabrantesque. Ainsi, on nous informe qu’un courrier sans nom a été envoyé à Carthage il y a 3 jours. Il a été ouvert par la cheffe de cabinet dont l’état se dégrade rapidement à l’ouverture de la missive. Elle souffre de migraine et perd momentanément la vue. La lettre suspecte est ensuite placée dans une déchiqueteuse avant d’être envoyée pour expertise ( !).
Le Parquet n’a cependant pas été alerté et n’a pas reçu l’enveloppe en question. On ignore à l’heure actuelle le fin mot de cette histoire et si le chef de l’Etat a réellement été victime d’une tentative d’empoisonnement ou s’il s’agit d’un vulgaire mensonge visant à se donner une contenance et une importance qu’on n’a pas… Surréaliste…
A l’heure actuelle, dans le nuage de fumée qui enveloppe les trois présidences, le chef de l’Etat prend en otage un remaniement décidé par la Kasbah et validé par le Bardo. Carthage, de son côté, refuse d’avaliser tout ce beau monde et de donner une issue à un blocage vide de sens.
Le président de la République refuse d’accepter les nouveaux ministres en pointant du doigt de sombres soupçons de corruption. Désigne-t-il des noms ? Non. Précise-t-il ses soupçons ? Non plus. Comme celui qui crie au loup, Kaïs Saïed dénonce un complot à tout va sans rien faire pour y remédier. Il se contente de freiner un processus déjà assez fragile au gré de ses desiderata et en employant un discours inintelligible pour le commun des mortels.
A l’heure actuelle, le sommet de l’Etat est géré par des incompétences et des désirs personnels. Si le Bardo et la Kasbah n’ont laissé aucune place au doute quant à leur incompétence et à leur inefficacité à gérer le pays en ces temps difficiles, Carthage obéit, de son côté, aux desiderata d’un chef de l’Etat déconnecté du monde qui l’entoure.
Un chef de l’Etat qui se contente de se faire plaisir, de se régaler avec ses « private jokes » qui ne font rire personne et ses références littéraires que personne ne comprend. Lorsqu’on est chef de l’Etat, élu par une confortable majorité, on ne parle pas pour soi, on ne se fait pas plaisir à soi-même et on prend en considération le peuple qui attend, avec lassitude et désespoir, une fin à cette crise sans fin… Idem pour l’autre moitié de l’exécutif ou du législatif qui pataugent et nous font patauger…










