L\’ancien ministre de l\’Agriculture, Samir Taïeb a affirmé que les conditions de séjour au centre de détention de Bouchoucha ne respectaient pas la dignité humaine. Il a, par contre, souligné, les efforts fournis par l’administration de la prison de la Mornaguia malgré les conditions difficiles et la surpopulation carcérale.

Durant une conférence de presse tenue par le comité de défense de Samir Taïeb, aujourd\’hui 14 décembre 2021, au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens, l’ancien ministre a dénoncé les conséquences de la politique des arrestations systématiques des suspects. Samir Taïeb a, aussi, évoqué l’impact de l’application de l’article 96 du code pénal portant sur la procuration d’avantages injustifiés par un fonctionnaire public.
« Cet article inclut six chefs d’accusation. Il bloque l’administration tunisienne. Nos cadres ont peur… Un fonctionnaire à la retraite a été arrêté et placé en prison dans le cadre de l’affaire me concernant. Il a été relâché après cinq jours parce qu’il n’aurait pas dû être arrêté. J’appelle à abandonner l’application de cet article ! », a-t-il ajouté.

Samir Taïeb a, également, révélé que son domicile avait fait l’objet d’une incursion policière alors qu’il se trouvait au pôle judiciaire économique et financier. Il a précisé que trois ordinateurs et deux téléviseurs avaient été volés suite à cela. De plus, les dossiers et documents en sa possession avaient été éparpillés partout à l’intérieur de son domicile.
L’ancien ministre a critiqué l’attitude des forces de police et du ministère de l’Intérieur. Il a rappelé qu’une unité de police s’était rendue chez lui pour vérifier s’il avait quitté le territoire tunisien. Ceci résultait d’une fausse information relayée sur les réseaux sociaux. « Le ministère n’était même pas certain de ma localisation… Par la suite, une voiture banalisée est restée stationnée dans mon quartier durant la semaine précédant mon arrestation », a-t-il révélé.

De son côté, l’avocat et membre du comité de défense de Samir Taïeb, Anouar Basti est revenu sur l’enquête ouverte à l’encontre de son client. Il a expliqué qu’un projet portant sur la gestion des ressources hydrauliques en collaboration avec la Banque Africaine de Développement avait été réalisé en collaboration avec le ministère de l’Agriculture.
« Lorsque Samir Taïeb avait pris ses fonctions, le projet avait été réalisé à 96%. Il y a eu un blocage en raison d’un conflit avec un fournisseur. Ce dernier avait adressé une pétition au ministre. Samir Taïeb a demandé la réalisation d’une étude sur la situation du projet. En se basant sur ce rapport, il a décidé de finaliser le projet et de créer une commission de suivi technique », a-t-il expliqué.
« Le comité de suivi et d\’examen des marchés publics relevant de la présidence de la République a été consulté après l’arrestation de mon client à la date du 26 octobre 2021. Il a affirmé que Samir Taïeb avait respecté les procédures et les délais administratifs lors de la finalisation du projet. Le comité a, aussi, affirmé que le ministre était en plein droit de faire cela », a-t-il poursuivi.

L’avocat a affirmé que l’arrestation était justifiée et que le dossier était dépourvu de toute preuve de culpabilité. De même que son client, l’avocat a critiqué les arrestations systématiques des suspects. Il a affirmé que ceci portait atteinte à la présomption d’innocence.
« L’arrestation est l’exception au principe de présomption d’innocence et des libertés et droits des individus. La justice a placé mon client en détention provisoire afin d’étudier le dossier. Or, ceci aurait pu avoir lieu en procédant à une simple interdiction de voyager. Nous sommes face à une nouvelle dualité dangereuse. On disait maintenant que la police procédait à l’arrestation de criminels et que la justice les libérait. Maintenant, la Cour des comptes inculpe les citoyens et la justice les innocente ! Le citoyen doit maintenant prouver son innocence avant même de prouver l’incrimination ! », a-t-il déploré.
Enfin, Anouar Basti a estimé que les membres de la Cour des comptes faisaient face à de grandes pressions.
Par ailleurs, Samir Taïeb a remercié l’ensemble des structures, personnalités publiques et organisations l’ayant soutenu depuis son arrestation.
S.G










