La Tunisie post-révolutionnaire a connu une éruption brutale du nombre de partis, coalitions et autres structures politiques militant pour un Etat juste et respectant ses citoyens. A l’exception de quelques fanatiques et extrémistes, ce sont plus de 250 partis qui ont été légalement fondés depuis le 14 janvier 2022.
Parmi les nouveaux arrivants sur la scène politique, en ce temps-là, nous pouvons citer le parti Al Wifak (fondé par Mustapha Saheb Ettabaâ), le mouvement Destourien (fondé par Hamed Karoui), le Mouvement de l\’unité populaire (fondé par Ahmed Ben Salah), le parti Al Majd (fondé par Abdelwahab El Hani). Ces structures centristes n’ont pas pu s’imposer et obtenir des sièges au sein de l’Assemblée nationale constituante ou celle des représentants du peuple.
D’autres partis se disant centristes ont eu un peu ou beaucoup plus de succès, notamment, Nidaa Tounes (fondé par Béji Caïd Essebsi), Al Moubadara de Kamel Morjane, Al Massar (fondé par Ahmed Brahim) ou encore Machroû Tounes de Mohsen Marzouk. Ils ont réussi, bien que la plupart d’entre eux aient complètement disparu du paysage actuel, à faire parler d’eux même et à s’offrir une petite place dans l’histoire politique du pays.
Le fait est que les partis centristes n’ont pas, dans la plupart du temps, de revoir leurs positions et suivre le rythme d’une scène politique mouvementée et dynamique. Les assassinats politiques, et même les résultats des élections législatives de 2014 et de 2019 ont suffi à balayer plus de la moitié des 280 partis politiques existants. Le reste s’est tout simplement dissipé suite à une série de mauvais choix ou d’ententes ne servant que les intérêts de leurs leaders. Ces derniers n’ont pas hésité à contrarier leurs militants, à les écarter ou à sacrifier d’autres leaders afin de conserver le statut de président et candidat du parti ou tout simplement pour séduire et se rapprocher de la coalition gouvernementale, nous rappelant l’atmosphère de Game of Thrones : trahisons et coups de poignard dans le dos, tout est permis.
Nous pouvons citer à titre d’exemple le sort du parti Ettakatol dont le fondateur et ancien secrétaire général, Mustapha Ben Jaâfar, avait occupé la fonction de président de l’Assemblée nationale constituante. Le parti n’a pas pu survivre à la Coalition formée avec Ennahdha et le Congrès pour la République. Autre exemple, la coalition soutenant le gouvernement de Youssef Chahed, dont Al Jomhouri, à l’exception du mouvement Ennahdha, n’a aujourd’hui presque aucun poids politique. Les conflits ont même conduit à des scissions au sein de Nidaa Tounes enfonçant le pays encore plus dans le tourbillon de l’instabilité politique.
Les quelques rescapés de la période de 2011-2019 se sont retrouvés face à nouveau dilemme : l’annonce des mesures exceptionnelles par le président de la République, Kaïs Saïed, à la date du 25 juillet 2021. Hormis les membres de la coalition gouvernementale (Ennahdha, Qalb Tounes, la Coalition Al Karama), la majorité des partis politiques n’a pas eu conscience du véritable impact de la décision du chef de l’Etat. Il n’y a pas eu de refus ou d’acceptation des mesures. Au lieu de cela, nous avons eu droit à de l’hésitation et à de l’incertitude, à des déclarations contradictoires et au fameux « On dira non lorsqu’on constatera une atteinte aux droits et aux libertés ! ».
Après la publication de quelques communiqués, nous avons eu droit à un silence radio de la part d’une grande partie des élus et des acteurs politiques. Nous nous étions même interrogés sur les raisons de ce silence et sur sa durée. En contrepartie, les membres de la campagne explicative avaient refait surface. Ils se sont déployés sur l’ensemble du territoire pour encourager les gens à participer à la consultation nationale, débattre de la situation du pays et expliquer le projet politique.
De l’autre côté, dans le camp des partis centristes, aucun rassemblement ou événement majeur n’a eu lieu. Un manque d’organisation et de cohésion en a été le premier responsable chez les uns, une volonté de ne pas se faire remarquer jusqu’à ce que les choses se tassent pour d’autres.
Bien-évidemment, il existe des exceptions telles qu’Afek Tounes (fondé par Yassine Brahim et actuellement sous la direction de Fadhel Abdelkefi), qui a organisé des rencontres régionales. Malheureusement, Fadhel Abdelkefi n’a toujours pas réussi à supprimer cette image de parti élitiste et libéral.
Il y a, également, eu les rencontres et sit-in du Parti destourien libre (PDL) de Abir Moussi. Néanmoins, il est impossible de qualifier le PDL de parti centriste. D’ailleurs, il est impossible de le qualifier en général. Il ne s’agit ni d’un parti de droite ni d’un de gauche, car nous n’avions jamais eu droit à un programme économique de la part de Abir Moussi. La députée et présidente du parti n’a jamais déposé de propositions de loi touchant à une question d’ordre économique. La présidente du PDL n’est pas revenue, durant ses passages médiatiques, sur la question des finances publiques, le dégagement de l’Etat de certains secteurs, la privatisation des entreprises publiques ou le gel des salaires.
Nous avons, aussi, pu observer durant le dernier mois la création du parti de la Troisième République présidé par l’ancienne PDG de la Tunisair, Olfa Hamdi. Cette dernière a affirmé que son parti était centriste. Néanmoins, elle adopte une définition assez atypique pour ne pas dire loufoque du terme partie centriste. Selon elle, il s’agit d’un parti reprenant des éléments de la pensée de droit et de la pensée de gauche, oscillant selon l’humeur de ses leaders ou encore selon l’envie des électeurs !
Alors que le pays traverse une phase historique et que l’incertitude et le flou règnent sur la situation, notre classe politique, qui avait tant appelé à la mise en place d’un Etat social et préservant ses citoyens, se sont contentés de surfer sur la vague par souci de cote de popularité. Ils ne s’étaient rendu compte de la dangerosité de ces mesures qu’après avoir accepté, sans le savoir, d’être placé en second lieu. C’est ainsi que les partis et autres structures politiques se sont piégés eux-mêmes. Ils ont laissé le champ libre au chef de l’Etat. Ceux qui ont soutenu les mesures du 25 juillet 2021 leur ont apporté un semblant de légitimité. Ceci a renforcé la confiance du président en lui et l’a encouragé à pousser le bouchon encore plus loin. Les partis politiques se sont mis à suivre la tendance au lieu de présenter une alternative ou un projet : le vide politique commence véritablement à s\’installer !
Sofiene Ghoubantini










