L\’expert-comptable et président d\’honneur de l\’Ordre des experts-comptables, Nabil Abdellatif, a appelé à dissocier le concept du taux d’inflation de celui du pouvoir d’achat. « Il y a une inter-connectivité… L’inflation influe sur le pouvoir d’achat. Néanmoins, il y a plusieurs autres facteurs à prendre en considération », a-t-il ajouté.
Invité le 7 avril 2022 par Amina Ben Doua sur les ondes de la radio Mosaïque FM, Nabil Abdellatif a évoqué le ressenti des citoyens tunisiens. « Beaucoup de personnes ont considéré que l’inflation a dépassé les 7,2% annoncés par l’Institut national de la statistique en raison du conflit russo-ukrainien et de la crise mondiale… Nous avons appelé à la révision du mode de calcul du taux d’inflation en Tunisie. Il y a eu un accord de financement en 2012 de la part de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement pour revoir la méthode de calcul, mais, ceci n’a pas eu lieu… Il s’agit d’une méthode archaïque ! », a-t-il critiqué.
L’expert-comptable a appelé à l’adoption d’un système de calcul par région et par catégorie. Il a mis l’accent sur les disparités entre les gouvernorats et sur la différence des prix de plusieurs produits et services.
Nabil Abdellatif a considéré que le véritable impact du conflit russo-ukrainien se fera ressentir en Tunisie à partir du troisième trimestre de 2022. « Il y a une méconnaissance et une mauvaise organisation de la production et du suivi de la distribution… Il n’y a pas de traçabilité et de digitalisation. Une grande partie du processus se déroule dans l’irrégularité et de façon informelle… On ne considère toujours pas l’agriculteur comme producteur… En plus de tout cela, il y a l’importation… Ceci porte préjudice à la valeur du dinar tunisien », a-t-il poursuivi.
Concernant les solutions possibles, Nabil Abdellatif a évoqué la baisse du taux d’intérêt afin d’encourager les crédits et les dépenses au niveau de la population. Ceci peut être décidé par la Banque centrale de Tunisie. D’un autre côté, il y a le ministère du Commerce et le contrôle du marché. Il doit, selon lui, suivre de près le déroulement de la distribution et analyser les données disponibles.
« Nous avons des marchés atypiques. Il n’y a aucune ressemblance entre eux et ceux des économies stables… Nous n’avons toujours pas créé de statut pour les collecteurs ou une plateforme dédiée aux agriculteurs saisonniers. Nous sommes directement allés vers la dernière étape : le contrôle et la répression. Or, tout le système est défaillant ! », s’est-il exclamé.
Par la suite, Nabil Abdellatif a rappelé que plus le nombre d’opérations intermédiaires entre la production et la mise sur le marché était multiplié, plus le prix d’une marchandise augmentait. L’expert-comptable a considéré qu’il n’y avait pas beaucoup de ressemblance entre la situation de la Tunisie et celle du Liban avant la déclaration de la faillite de l’État. Néanmoins, il a mis en garde contre l’impact de l’instabilité politique et l’absence de réformes visant à améliorer la situation sociale et économique. Il a souligné l’importance d’un accord entre l’UGTT, l’Utica et le gouvernement pour mettre en œuvre ses réformes.
« Le gouvernement doit collecter l’argent circulant sur le marché noir et lutter contre l’économie de rente. Ceci permettra même de procéder à des augmentations… Tous les acteurs économiques tunisiens sont conscients de la dangerosité de la situation… Nous devons rétablir le conseil socio-économique », a-t-il déclaré.
S.G










