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Encore une fois, le président n’en fait qu’à sa tête

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    Comme attendu, le code électoral est paru dans le Journal officiel à quelques heures du délai légal. Comme envisagé, le président de la République a mis tout le monde devant le fait accompli. Il a effectivement rédigé son texte dans son coin et l’a publié sans consultation. Et pourquoi donc irait-il consulter des experts ou même attendre un retour de l’Instance supposée être indépendante pour les élections ? N’avait-il pas agi en solo lors du feuilleton constitution ? Ne s’était-il pas attelé, à contre-cœur, afin de faire taire les dissidences et que la pilule passe moins douloureusement, à désigner un comité de façade ? Quel a été le résultat ? Le texte des organisations et des personnalités convoquées, il l’avait jeté à la poubelle, les humiliant au passage et n’en faisant qu’à sa tête au final.

     

    Par la suite, la constitution a été adoptée, même si des erreurs s’étaient glissées puis corrigées en violation des propres décrets présidentiels, même si les dés étaient pipés et que des irrégularités avaient été constatées. Le chef de l’Etat a eu ce qu’il voulait, un quasi-chèque en blanc pour la suite de son processus. Pourquoi donc viendrait-il s’encombrer de l’avis de tierces personnes quant au contenu du code électoral ? Certains disaient : nous saurons le freiner quand il dépassera les limites, lors de ses premiers pas en tant que supra-président. Nous voyons bien le résultat. Les limites, il est vain à l’heure actuelle d’en parler, parce qu’il n’y en a plus. Sa montée en puissance lui a conféré la latitude de décider seul du sort de la vie politique en Tunisie. Il ne faudra pas trop lui en tenir rigueur toutefois. Il a su profiter des leviers démocratiques, du chaos d’avant 25 juillet, d’un ras-le-bol généralisé, etc., pour tirer son épingle du jeu et accomplir ses desseins. Penser aux concours de circonstances qui nous ont menés à ce stade pourrait vous donner le vertige voire la Nausée.

     

    Kais Saïed nous a ainsi imposé un code électoral qui changera le système politique. Il a envoyé son projet au matin du 15 septembre à l’Isie. Ses membres se sont réunis pour émettre avis et recommandations, mais au soir du même jour, surprise, la loi est officiellement publiée. Expéditif le monsieur. Il ne fait plus semblant de respecter les formes.

    Les différents explicateurs avaient plus ou moins teasé l’essence de la loi. On savait donc que le scrutin proportionnel plurinominal sera relégué aux oubliettes et qu’on se dirigeait vers un scrutin uninominal à deux tours. On savait aussi que les délégations représenteront les nouvelles circonscriptions électorales avec une fusion de certaines d\’entre elles. Le chef des explicateurs Ahmed Chaftar présentait cela comme le meilleur moyen de mettre fin au rôle prépondérant des partis politiques… dans la vie politique. C’est le souhait et la conviction profonde du président de la République : une disparition lente et certaine des partis.

     

    Le nouveau code, s’il n’a pas exclu officiellement ces partis, il est fait de telle sorte de les enquiquiner. Le scrutin uninominal est en vigueur dans plusieurs démocraties notamment la France. Cela ne s’oppose pas à l’action partisane. Les partis candidatent à travers des représentants et non pas des listes et chacun tente d’obtenir le plus de sièges pour constituer un bloc qui a du poids au parlement. Du bloc de la majorité sera issu le gouvernement. En Tunisie maintenant, dans un pays où la démocratie n’a pas de solide ancrage et où la scène politique est émiettée, la comparaison ne pourrait tenir la route. Et puis un discours officiel offensif ne cesse de dénigrer le rôle des partis et pousse vers le vote pour des personnes « physiques » non-affiliées à des formations politiques. On ajoute à cela le boycott des législatives par plusieurs partis et on pourra facilement se figurer ce que va être la prochaine assemblée. Comment se constitueraient blocs et majorité ? et sur quelle base commune ? Comment faire puisque de programmes nationaux, il n’y en aura certainement pas ?

     

    On signalera au passage les aspects rébarbatifs des procédures de candidatures, ne serait-ce que les 400 parrainages avec signatures légalisées. Imaginez si dans une seule circonscription une dizaine de candidats venaient à se présenter, 4000 citoyens prendraient d’assaut les administrations. Hilarant. Et puis il faudra prendre en compte un aspect essentiel de la sociologie tunisienne. Le processus du choix sur les personnes sera motivé par les relations de parenté ou tribales avec un candidat ou bien par l’étendue de son influence dans sa région. Il ne serait pas exclu que l’argent politique fasse son retour en force mais d’une autre façon. Oublions aussi la représentation féminine. La société étant ce qu’elle est, la parité ne sera pas au rendez-vous.

    L’Assemblée sera faiblarde face au pouvoir exécutif comme l’aura voulu le président de la République qui s’est arrogé dans la nouvelle constitution des pouvoirs impériaux. Mais encore, elle aura à trainer dans les pattes le conseil national des régions dont on attend toujours la loi l’organisant.   

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