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Ce n’est pas le moment

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    « Mouch waktou [Ce n’est pas le moment] » avait répliqué Hamma Hammami lors de la manifestation du weekend à l’adresse de la foule qui scandait « Ghannouchi, assassin ! ». Lui voulait dire que le contexte impliquait des combats plus urgents, mais son message avait été mal accueilli par ceux qui avaient encore espoir que justice soit rendue au sang des martyrs Belaïd-Brahmi. C’est que, lorsqu’on est un homme politique de la trempe de Hamma Hammami, on ne peut se permettre de tomber dans des pièges aussi grossiers. Les assassinats de ses camarades Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi sont des combats intemporels. Les grandes causes sont toujours d’actualité, peu importe si d’autres combats, importants aussi, sont à mener.

     

    La tristement célèbre « Mouch waktou » n’est pas propre au militant Hamma Hammami. On nous avait toujours dit que ce n’était pas le moment lorsqu’on avait parlé de libertés individuelles, de liberté de conscience, de libertés sexuelles, de dépénalisation du cannabis, d’homosexualité et de combats féministes. Les libertés des femmes et l’égalité entre les deux genres ne sont pas l’urgence du moment. Elles ne l’ont d’ailleurs jamais été. Pas du temps d’Ennahdha qui considérait la femme comme « la complémentaire » de l’homme, ni de celui de Kaïs Saïed qui a décidé de jeter aux oubliettes la loi sur l’égalité successorale. Le droit des femmes devra-t-il attendre des jours meilleurs pour être, enfin, mis sur le devant de la scène comme étant le droit de la population entière ?

     

    On pourrait être tentés de dire que dans le marasme actuel, les femmes peuvent attendre. Que leurs droits ne sont pas prioritaires à une crise économique qui risque de nous entrainer plus au fond ; à une montée en puissance des répressions et des arrestations arbitraires des opposants politiques ; au racisme ambiant ; aux pénuries ; à l’inflation ; aux problèmes d’éducation, de transport, de chômage… La liste est infinie. Et pourtant, les violences faites aux femmes ne connaissent, elles, pas de répit.

     

    Une situation qui a alarmé le Comité des Nations Unies pour l\’élimination de la discrimination à l\’égard des femmes. Le Cedaw a en effet, pointé du doigt « le taux élevé de violence sexiste à l\’égard des femmes, en particulier le nombre élevé de féminicides, qui a augmenté pendant la pandémie du Covid-19, mais la non-adoption du projet de loi incriminant le viol conjugal ».

    Le Cedaw s’est dit également alarmé face aux discours de haine et le harcèlement qui menacent les femmes dans la vie politique et publique et la faible représentation des femmes aux postes de décision dans l\’appareil judiciaire et le service diplomatique.

     

    Alors que la Tunisie s’enfonce, chaque jour un peu plus, dans l’inconnu à cause de l’incertitude politique qui prévaut, les vrais débats sont souvent oubliés et supplantées par des questions qu’on pensait déjà résolues. Au lieu de se consacrer à l’essentiel, de s’atteler à l’édification et à la réforme, on creuse de nouveaux trous qu’on perd un temps précieux à combler et on s’invente de nouveaux problèmes qu’on pensait avoir déjà résolus.  

     

    Les droits des femmes sont-ils ce luxe inatteignable pour le Tunisien. Une préoccupation de riches – semblable au stress, aux maladies mentales ou à la notion de bien-être – qui n’a pas de place dans le quotidien de celui qui se bat pour son quota de farine, pour l’éducation de ses enfants, pour son salaire, pour son transport et pour un soupçon de dignité.

    La femme doit-elle se taire à partir du moment où elle n’est plus brûlée sur un bucher, enterrée vivante ou lapidée sur la place publique ? Doit-elle s’estimer chanceuse puisqu’elle a acquis le droit de vote, la liberté de divorcer et le privilège de faire des études et de travailler ?

    La fin des inégalités, des violences de toutes sortes exercées sur elle, des discriminations de genre sont-elles réellement des problèmes de riches ? Les inégalités salariales, les préjugés sexistes, les féminicides et les violences en tout genre sont-elles un véritable sujet ? Peut-on en parler ou faudra-t-il attendre d’avoir résolu la crise économique, la débâcle politique, les violences policières, la corruption, la contrebande et la faim dans le monde ?

     

    Le monde fête demain, 8 mars, comme chaque année, la journée internationale des droits des femmes. Des générations de femmes se sont battues, depuis des années, pour que la femme puisse enfin avoir son mot à dire, exprimer ses opinions et montrer au monde ce qu’elle est capable d’accomplir. Ou, au moins, éviter de mourir sous les coups d’un conjoint, et être considérée comme un être humain à part entière. Aujourd’hui encore, le chemin à parcourir reste long et malgré tous les défis qui se posent à nous au quotidien, ceux que rencontrent les femmes, à cause de leur condition de femme, sont tout sauf secondaires…

     

     

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