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« Le premier des droits de l’Homme c’est de manger »

 

Rapprochement entre le pouvoir en place et les Occidentaux qui, pour servir leurs intérêts, ont adoubé et donné le couvert de la légitimité à un régime qui n’en finit pas de verrouiller le pays et de s’attaquer à ses opposants.

 

Contrairement à ce que disait monsieur Charles Michel, président du Conseil européen, la priorité n’est absolument pas à la démocratie en Tunisie. Ce sujet ne rapporte rien. Continuer à faire la morale au régime et à l’appeler à respecter liberté, institutions et droits, ne ferait pas repousser les « hordes » de migrants qui se déversent chaque jour sur les côtes du nord de la Méditerranée. S’en créer un ennemi, ne ferait pas avancer le schmilblick. Il y a un Pacte européen sur la migration et l’asile à faire voter avant les élections européennes prévues en juin 2024. Le 8 juin 2023, les 27 ministres de l’Intérieur de l’UE s’étaient réunis et avaient adopté un accord politique sur ce pacte. Entre-autres propositions, ils ont adopté celle de l’Italie qui consiste à mettre en place une procédure accélérée d’examen des demandes d’asile pour les migrants qui arrivent de « pays sûrs ». L’objectif est de renvoyer chez eux migrants et demandeurs d’asile. Mais pas seulement, parce que ça concerne d’autres nationalités si le pays de partance est décrété pays sûr. Et donc l’idée est de stabiliser la Tunisie pour maîtriser le flux migratoire de concert avec l’actuel régime, peu importe sa politique intérieure et les atteintes flagrantes à la démocratie et aux libertés.  

Défendre les principes universels est à géométrie variable. Ce n’est valable que quand ça sert les intérêts directs des puissances occidentales. Dans le cas d’espèce, les circonstances ne s’y prêtent pas. Sourires et regards complices lors de la visite des hauts responsables européens. Blanc-seing délivré au régime de Kaïs Saïed.

Et puis, se le mettre à dos, c’est courir le risque de le jeter entre les bras des ennemis russes ou chinois, comme l’a si bien expliqué le ministre italien des Affaires étrangères. L’enjeu ne souffre pas ici qu’ils se la jouent : le Monde libre contre la tyrannie. Le bon côté de la chose, c’est que le gouvernement italien d’extrême droite dit vraiment tout haut ce que les autres taisent pudiquement, voire hypocritement, pour maintenir un semblant de lien avec l’ancienne tradition de la « mission civilisatrice ».

 

Des dizaines d’activistes politiques sont emprisonnés et encourent même la peine de mort, au vu des graves accusations qui pèsent sur eux. Des activistes de la société civile sont poursuivis pour des critiques au régime. Des journalistes sont trainés devant les tribunaux pour un article ou un simple avis sur les réseaux sociaux. Des lois liberticides sont mises en place pour faire taire toute voix dissonante. La justice a été mise au pas, lui soustrayant la qualité de pouvoir pour n’être désormais que « fonction » aux mains de l’exécutif. Celui qui ose l’ouvrir se retrouve lynché par des hordes de sympathisants aux pratiques fascisantes. En face, les sourires et les regards complices des responsables du Monde libre.

Lors d’une visite officielle sous Ben Ali, alors que l’opposition se faisait opprimer, le président français Jacques Chirac avait eu cette phrase : « Le premier des droits de l\’Homme c\’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat ». Cette déclaration avait fait un tollé. Mangez et taisez-vous les indigènes, les libertés et les droits ne sont pas pour vous. Entre hier et aujourd’hui, peu de différences. On nous dit prenez l’argent, mangez et taisez-vous.  

 

Que cela soit clair, ce propos n’est en aucun cas une de ces basses suppliques pour que les puissances dites démocratiques fassent pression ou condamnent les agissements présidentiels. Non. Certains en ont fait un bon fonds de commerce et y excellent. L’idée ici est de dénoncer l’hypocrisie et les deux poids, deux mesures qui régissent les rapports de ces puissances avec les pays qui ne font pas partie du club.

Des générations de Tunisiens ont milité pour la défense des libertés, la lutte pour la démocratie et pour la pleine citoyenneté. Ils n’ont pas attendu le 25-Juillet. Ils continueront à le faire malgré les jeux des alliances et le mirage des intérêts communs.

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