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Fêter la République sans citoyens !

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    La Tunisie a vu passer, le 25 juillet 2023, la fête de la République. Comme il n’y a eu aucune célébration de n’importe quel type, il vaut mieux ne pas recourir au lexique de la fête. Certes, c’était folklorique et probablement largement dépassé en 2023, mais la Tunisie célébrait cette fête en mobilisant les municipalités qui accrochaient des drapeaux un peu partout et qui repeignaient les trottoirs. L’État marquait quand même le coup. Aujourd’hui, il n’en est plus rien.

    Nous aurions espéré que l’État célèbre encore ce genre de fêtes nationales ne serait-ce que pour voir nos rues et notre centre-ville un peu plus propres que ce qu’il en est aujourd’hui. Nous aurions également espéré être traités en citoyens de la République tunisienne en mettant, justement, cette République en avant et non pas la personne de son Président actuel qui, dans sa grande magnanimité, est allé faire un tour pour s’enquérir de l’état de la populace. Nous aurions espéré être traités en citoyens de la République en étant associés au destin de notre nation et non pas en tant que sujets d’un État qui nous nargue et nous exclue.

     

    En ce jour de commémoration de la République, le chef de l’État n’a même pas daigné s’adresser à la nation. L’alternative, préférée dans les nations développées, est celle d’une interview durant laquelle le bilan de l’année est soigneusement égrené en comparaison avec ce qui avait été annoncé par l’exécutif. C’est aussi une occasion pour se projeter, pour comprendre ce que le pouvoir prévoit, quels sont ses plans et comment il compte rassurer sur ce qui va se passer. A défaut d’interview, puisque notre Président est plus versé dans le monologue, il aurait fallu qu’il prononce un discours pour dresser l’état de la nation et de la République en son 66e anniversaire. Un discours pour nous expliquer comment l’État compte faire pour juguler les différentes crises auxquelles nous faisons face, comment l’État compte assurer notre approvisionnement en denrées de base et en énergie, comment l’État compte boucler son budget au vu des chiffres catastrophiques, qu’avons-nous signé au juste avec les Européens, quelle est notre politique migratoire, qu’en est-il des différents complots et tentatives d’assassinat, où en sommes-nous avec le FMI, et des milliers d’autres questions. Mais même cela, nous n’y avons pas eu droit. Par conséquent, nous ne sommes plus des citoyens et nous ne sommes plus traités comme tels, depuis un bon moment déjà. Alors, comment voulez-vous fêter la République quand il n’y a plus de citoyens !

     

    Pour ne pas généraliser, il reste quand même quelques poches de résistance composées de personnes qui réclament, encore et toujours, leur droit de vivre dignement dans un État qui les respecte et les traite comme des citoyens. La République qu’ils souhaitent célébrer est en train de s’occuper d’eux à coups de complots contre la sûreté de l’État et de décret 54. Pourtant, le président de cette République n’a pas ménagé ses efforts pour les insulter et pour les vilipender à chaque fois que l’occasion s’est présentée. D’ailleurs, il aurait pu profiter d’un discours qu’il aurait prononcé hier pour s’en prendre à cette partie de Tunisiens qui n’est pas d’accord avec lui, ça n’aurait pas été la première fois. Mais nous en avons été privés.

    Autre déception, celle des soutiens du président de la République. Ils auraient quand même pu faire un effort et marquer le coup en rendant hommage à leur leader récemment décrit par un chroniqueur comme un « cadeau du ciel non seulement pour les Tunisiens mais pour l’humanité entière ». Ils auraient pu exhiber les photos gigantesques de Kaïs Saïed et brandir des pancartes faisant l’éloge de son pouvoir. Ils auraient pu nous rappeler à quel point son geste était salvateur le 25 juillet 2021 quand il a décidé de placer un tank de l’armée devant le siège du parlement. Mais outre la chaleur écrasante qui les a probablement empêchés de se réunir, il faut dire que le bilan à défendre est bien trop faible. Les laudateurs du Président auraient été la risée de l’opinion publique à l’heure où même notre approvisionnement en eau potable et en électricité n’est plus assuré. Ils auraient été l’objet de moqueries dans les files d’attente pour acheter du pain et autres produits de base. Il faut dire aussi que le populisme de base, qui perdure encore en Tunisie, manque d’arguments devant les faits objectifs. En plus, la ficelle des différents complots ourdis on ne sait où par on ne sait qui pour expliquer les pénuries et la détérioration de la qualité de vie des Tunisiens est désormais usée.

     

    Ceux qui estiment encore être des citoyens en Tunisie ont vu leur droit légitime d’avoir au moins un compte-rendu de la plus haute autorité du pays, bafoué. Ceux que le passage à la trappe de la fête de la République attriste sont obligés de se contenter de ce que le pouvoir veut bien leur dire. En revanche, ceux qui croient encore qu’un seul homme peut avoir toutes les solutions et qui estiment que la Tunisie est sur le bon chemin n’en ont cure de la fête de la République puisque leur vénération va vers un seul homme. Le 25-juillet est pour eux le souvenir d’une soirée d’été en 2021 où le président a décidé de mettre un terme à un cheminement démocratique chaotique. La République et ce qu’elle peut porter comme valeurs ne font pas partie de leurs préoccupations. C’est pourquoi ils ne peuvent qu’applaudir de tels agissements.

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