Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La bêtise naturelle prévaut

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Journée nationale du savoir. Face aux plus brillants parmi les plus brillants des élèves. Le président de la République a choisi de donner un discours de plus de vingt minutes (vers la fin, on a même aperçu le ministre de l’Intérieur piquer du nez), où il a passé ses messages politiques, ses remontrances aux enseignants réfractaires et ses pérégrinations philosophiques. Lutte pour la libération nationale, guerre, terrorisme, danger imminent, complotisme… En cette occasion, on aurait pu s’attendre à un petit discours sobre. Mais non. Le Président aurait pu être plus cool. Il aurait pu se contenter de parler aux jeunes d’excellence, d’innovation, de recherche scientifique ou de progrès. Mais non.

    En lieu et place, il a tenu à exprimer son opposition à l’intelligence artificielle la qualifiant d’attentat contre la pensée humaine, d’arme utilisée par une seule partie et de danger imminent. Catégorique, le Président, dans son constat. Les craintes de Kaïs Saïed sont bien évidemment légitimes. Avec l’avènement de nouvelles technologies à travers l’histoire, cela a toujours généré des craintes. Inquiétudes quant à la déstabilisation des sociétés et des économies, questionnement sur l’éthique, peur du changement, rejet du progrès, théories sur la fin de l’humanité telle qu’on la connait… Cela a toujours existé et ça le sera encore à l’avenir à la lumière des nouvelles inventions.

    Les débats sur l’intelligence artificielle sont d’ailleurs au cœur de l’actualité depuis un moment. Ceux qui rejettent ne voient que le côté obscur, ceux qui sont totalement pour, sans nuance, font montre de naïveté ou d’insouciance. Le fait est qu’il est sain d’en débattre, d’alerter sur les éventuelles dérives, d’essayer de mettre un cadre, parce que la marche du progrès est inéluctable et rien ne pourra l’arrêter.

    Sans nuance aucune, le Président rejette totalement l’intelligence artificielle, ne voyant dans cet outil que malveillance. Pour appuyer son argumentaire, il cite une récente déclaration du secrétaire général de l’ONU, mais en la tronquant d’une bonne partie. Il est vrai que Guterres a alerté contre les risques d’une utilisation malveillante de cette technologie. Il a tout de même assuré que c’est aussi une technologie « extraordinaire » qui « accélèrera le développement humain » et qu’il était donc nécessaire de mettre en place des mécanismes la régissant.

     

    Combien de jeunes, parmi ceux qui étaient présents à Carthage, ambitionnent de se lancer dans la recherche, rêvent d’innovation et voient en l’intelligence artificielle un outil qui leur ouvrira le chemin vers les avancées scientifiques ? Pourquoi ce catégorisme présidentiel qui enlève définitivement toute possibilité à l’intelligence, naturelle, cette fois-ci, de découvrir, de créer et d’évoluer. Un Président devrait au contraire nuancer ses propos, ouvrir les champs des possibles, œuvrer à provoquer les opportunités pour son pays et ses jeunes qui représentent l’avenir. S’enfermer, se cloisonner du monde et dire que cette technologie est le mal absolu, dénote d’une pensée limitée et d’un manque de vision.

    Danger imminent disait le président de la République. En Tunisie, actuellement, le danger imminent c’est surtout la bêtise naturelle prédominante.

    C’est à titre d’exemple cet influenceur suivi par des centaines de milliers de jeunes qui s’attaque à des personnes n’ayant rien demandé au motif d’une orientation sexuelle qui ne plait pas. Ce sont ces milliers de gens qui déversent haine et agressivité contre tout ce qu’ils considèrent comme sortant du moule, donc déviant. Ce sont ces gens qui se complaisent dans l’ignorance et l’érigent en mode de vie. Ce sont ceux qui défendent et prônent la tyrannie et s’attaquent à ceux qui aspirent à la démocratie, ceux qui défendent l’élimination des libertés, toutes ! Ceux qui carburent à la vengeance la plus basique et vile et qui applaudissent les injustices et les abus. Ceux qui préparent toutes les conditions à l’installation d’une dictature, en régurgitant un vilain culte de la personnalité qu’on pensait révolu. Ou ceux qui légitimisent les pratiques racistes en affichant un abominable suprémacisme. Ou encore ceux qui adhèrent à toutes les théories de complot les plus insensées. Plus personne ne réfléchit, aucun esprit critique, que des gesticulations.

    L’intolérance, l’insolence, la suffisance, l’ignorance, l’inculture, l’incivisme… tout autant de maux accentués par cette bêtise naturelle en expansion et qui prend forme de gangrène. 

    Pour ce qui est de la classe dirigeante, on vous laissera juger par vous-même cette fois-ci (décret 54 !). 

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *