La tension monte à Gabès. Le mouvement Stop Pollution a dénoncé, mardi 11 novembre 2025, avec virulence les déclarations récentes de la ministre de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, Fatma Thabet Chiboub, tenues lors d’une séance d’audition parlementaire consacrée au secteur du phosphate et des industries chimiques.
Pour les militants écologistes, ces propos traduisent « un mépris flagrant envers les revendications légitimes des habitants de Gabès » et confirment la volonté du gouvernement de maintenir un modèle industriel jugé destructeur pour la santé et l’environnement.
Lors de cette séance, lundi 10 novembre, la ministre a défendu la stratégie gouvernementale visant à restaurer le rythme normal de production dans le secteur du phosphate et des engrais, un secteur qui, selon elle, « a vu sa productivité et son efficacité économique chuter de plus de 50 % par rapport à 2011 ». Elle a expliqué que son département avait mis en place une méthodologie de travail coordonnée entre les différents acteurs du secteur — production, transport, transformation et approvisionnement en eau industrielle — afin de relancer cette activité jugée stratégique pour l’économie nationale.
Sur le plan environnemental, la ministre a affirmé que des mesures urgentes de réhabilitation avaient été engagées par le Groupe chimique tunisien (GCT), notamment l’utilisation de la technique de double absorption et la récupération de chaleur dans la deuxième unité de production d’acide sulfurique, ainsi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (N₂O) dans l’usine d’acide nitrique.
Elle a également évoqué des projets à moyen terme, dont l’arrêt du déversement du phosphogypse en mer, la mise en place d’un système de transport hydraulique et la création d’un site de stockage contrôlé destiné à valoriser cette matière dans d’autres secteurs. D’après elle, le gouvernement prévoit aussi le renouvellement des unités de production d’acide sulfurique par des équipements plus performants et conformes aux normes environnementales internationales.
Mais pour les militants de Stop Pollution, ces promesses relèvent une fois de plus de la manœuvre dilatoire. Dans un communiqué publié mardi 11 novembre 2025, le collectif a dénoncé « une politique de déni et de mépris » et a appelé à une large mobilisation populaire lors d’un rassemblement prévu jeudi 13 novembre devant le tribunal de première instance de Gabès.
Le mouvement accuse le gouvernement de continuer à ignorer la décision populaire exigeant le démantèlement immédiat des unités polluantes, et affirme que « chaque jour de retard accroît les souffrances des habitants et creuse davantage le fossé de confiance envers les institutions de l’État ».
Pour Stop Pollution, le message est sans équivoque : « Le droit de Gabès à un environnement sain n’est pas négociable. Les habitants ne se tairont plus face à l’injustice environnementale qui frappe leur région depuis des décennies ».
Kaïs Saïed mobilise des experts pour résoudre la crise environnementale à Gabès
Alors que la colère des habitants ne faiblit pas, le président Kaïs Saïed a reçu, le 8 novembre 2025, l’ingénieur en pétrochimie Ali Ben Hammoud pour discuter de la situation environnementale à Gabès. Saluant son engagement ainsi que celui d’autres experts tunisiens, il l’a chargé de constituer une équipe chargée de proposer des solutions immédiates, en attendant la mise en place de mesures stratégiques plus larges.
Le chef de l’État a dénoncé la corruption à l’origine de la dégradation des ressources publiques et salué la mobilisation des habitants, tout en rappelant que des propositions scientifiques locales avaient été jusqu’ici ignorées. Il a insisté sur l’importance de faire disparaître le sentiment de « hogra » et de garantir la dignité des Tunisiennes et des Tunisiens.
Grève générale à Gabès : l’UGTT alerte sur la crise environnementale
Le 21 octobre, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a annoncé une grève générale régionale à Gabès en réponse à la grave crise environnementale dans la région. Cette décision, prise lors d’une réunion d’urgence de la commission administrative régionale, vise à dénoncer la pollution persistante du Groupe chimique tunisien (GCT) et l’inaction des autorités face à la dégradation sanitaire et écologique.
La grève constitue un appel collectif à ouvrir un dialogue national sur l’avenir industriel et environnemental de Gabès. Elle fait suite à plusieurs jours de mobilisations populaires et au soutien officiel de l’UGTT au mouvement civil, dénonçant un « crime environnemental » ayant affecté la santé et la vie des habitants.
S.H













Commentaire
zaghouan2040
L’aveuglement et le mépris inconcevables du régime vis a vis de l’urgence sanitaire et environnementale de Gabès montre sa vraie nature