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Slaheddine Selmi au sommet de l’UGTT, la centrale à la croisée des rapports de force

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Par Raouf Ben Hédi

    Congrès de rupture ou de continuité ? Derrière la victoire écrasante de Slaheddine Selmi et de sa liste « Stabilité et Défi », l’UGTT ouvre une nouvelle séquence de son histoire, entre promesse de refondation interne, recomposition des équilibres syndicaux et interrogations persistantes sur sa capacité à redevenir un acteur central face au pouvoir. Une transition sous tension, entre récit officiel et doutes profonds.

    À Monastir, le congrès de l’Union générale tunisienne du travail s’est refermé sur une image sans appel : une victoire totale. Celle de la liste « Stabilité et Défi », emmenée par Slaheddine Selmi, qui rafle l’intégralité des sièges du bureau exécutif et des principales instances de contrôle.

    Un raz-de-marée électoral qui installe une nouvelle direction… mais surtout une nouvelle configuration du pouvoir interne.

    Une victoire nette… et un appareil entièrement verrouillé

    Le scrutin n’a laissé aucune place au doute. Face à une liste concurrente menée par Farouk Ayari, la coalition conduite par Selmi s’impose largement, captant à la fois l’exécutif et les organes de régulation.

    Résultat : une maîtrise totale de l’appareil syndical, à la fois politique, organisationnelle et financière.

    Dans le détail, 588 congressistes ont pris part au vote, avec une hiérarchie claire : Wajih Zidi arrive en tête, suivi de Ahmed Jaziri, tandis que Slaheddine Selmi, pourtant futur secrétaire général, se classe troisième. Un détail qui en dit long sur les équilibres internes à venir.

    Le récit d’une rupture validée par le congrès

    Pour une partie des observateurs syndicaux, le message du congrès est limpide : tourner la page.

    Le renouvellement est massif — près de 80% de nouveaux membres — et s’accompagne d’une forme de sanction implicite des figures accusées d’avoir nié la crise interne et prolongé l’impasse organisationnelle.

    Dans cette lecture, le congrès consacre la victoire d’un courant réformateur, qui, depuis deux ans, martelait la nécessité de reconnaître une crise profonde au sein de la centrale pour mieux la dépasser.

    Autre signal fort, le rejet des appels à la suspension ou au boycott du congrès, et la validation écrasante de sa légitimité. Une manière, pour les congressistes, de refermer un cycle de contestation interne.

    Enfin, certains y voient une tentative de réduire l’emprise des logiques partisanes sur les choix stratégiques de l’organisation — un vieux débat au sein de l’UGTT.

    Une autre lecture : continuité, fragilités et lignes de fracture

    Mais cette lecture optimiste est loin de faire l’unanimité.

    Car derrière la victoire nette, le congrès s’est tenu dans un climat de tensions profondes, marqué par des mois de querelles internes, de contestations sur sa légalité et de fractures entre courants syndicaux.

    Pour ses détracteurs, le congrès n’a pas résolu la crise — il pourrait même l’avoir reconfigurée plutôt que dépassée.

    D’abord parce que la nouvelle direction n’est pas une rupture totale : plusieurs figures du précédent bureau exécutif y figurent encore, et certains membres sont issus des mêmes cercles ayant piloté les négociations sociales ces dernières années.

    Ensuite, parce que les équilibres idéologiques évoluent sans disparaître. Si la nouvelle équipe semble moins marquée par les clivages politiques traditionnels, elle reste traversée par des proximités partisanes et des appartenances implicites.

    Enfin, la question du rapport au pouvoir reste entière. Si aucune “main visible” de l’exécutif n’apparaît dans la nouvelle composition, certains évoquent des formes de proximité indirecte, dans un contexte où l’UGTT traverse une phase de fragilité.

    Selmi, entre réformateur et homme du système

    C’est dans ce contexte que Slaheddine Selmi accède au poste de secrétaire général.

    Figure du sérail syndical, ancien secrétaire général adjoint chargé du secteur public, il incarne à la fois la continuité de l’appareil… et une forme de contestation interne.

    Car il fut aussi l’un des visages du “groupe des cinq”, qui avait publiquement dénoncé la gestion de la centrale et exigé la tenue du congrès.

    Dans sa première déclaration, Selmi promet d’ailleurs une rupture nette : transparence, indépendance, réforme interne et reprise du dialogue social.

    Un discours volontariste, qui tranche avec la dégradation actuelle du climat social — suspension du dialogue, tensions avec le pouvoir, blocage des accords.

    L’après-congrès : une organisation sous pression

    Mais au-delà des déclarations, les défis sont immédiats.

    En interne, la priorité sera de réparer une organisation profondément fracturée, marquée par des mois de paralysie et de conflits.

    Sur le plan financier, l’UGTT fait face à des difficultés importantes, aggravées par la suspension des retenues automatiques sur les cotisations.

    Sur le plan stratégique, elle devra reconstruire un discours, une ligne et une capacité de mobilisation, dans un contexte où son rôle historique est questionné.

    Et surtout, elle devra clarifier sa position face au pouvoir exécutif : partenaire, contre-pouvoir ou acteur marginalisé ?

    Une nouvelle page… sous conditions

    Le congrès de Monastir devait être celui de la clarification. Il aura surtout été celui de la recomposition.

    Entre récit de refondation et continuité, l’UGTT entame une nouvelle phase de son histoire, avec une direction solidement installée… mais attendue au tournant.

    Car une chose est certaine, la victoire électorale ne règle pas la crise. Elle ne fait que déplacer ses lignes.

    Raouf Ben Hédi

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    2 commentaires

    1. himar

      Répondre
      29 mars 2026 | 22h13

      Article insipide qui ne dit pas plus que tout le monde sait déjà …toujours du oui / mais … Si Raouf mouille toi un peu, donne nous des vrais analyses et des vrais prospectives

    2. jamel.tazarki

      Répondre
      29 mars 2026 | 15h02

      @Mr. Slaheddine Selmi,
      Les défis auxquels l’organisation syndicale UGTT est confrontée dans le contexte autoritaire de la dictature imposée par Kais Saied sont extrêmement difficiles. En effet, L’absence de prélèvement automatique (ou « check-off ») des cotisations syndicales sur le salaire oblige les syndicats à une collecte directe, ce qui transforme l’adhésion en un acte militant, visible et parfois dangereux.

      @M. Slaheddine Selmi, Mes conseils:
      1) L’adhésion syndicale, par le biais de cotisations à faible coût et fixes, plutôt qu’en pourcentage du salaire, au profit de ceux à bas revenus, est une stratégie visant à abaisser la barrière à l’entrée et à simplifier la gestion des paiements manuels. Des cotisations réduites ou adaptées (par exemple, un tarif mensuel faible, plutôt qu’annuel), augmentent la probabilité d’adhésion chez les jeunes travailleurs, les employés à temps partiel et ceux à bas revenus.
      2) Informer les adhérents de l’importance de l’UGTT et montrer les avantages concrets des adhésions : amélioration de salaire, sécurité, aide juridique, etc.
      3) Si la dictature interdit le « prélèvement automatique », elle devrait au moins rendre les cotisations syndicales déductibles des impôts sur le revenu, dans la catégorie des frais professionnels (comme en Allemagne, en France, aux USA, etc., etc., etc.).

      A) Les défis de l’UGTT
      a1) Kais Saied ne remettra plus le prélèvement automatique (ou « check-off ») des cotisations syndicales sur le salaire…
      a2) L’avenir de l’UGTT dépend actuellement du nombre de ses futurs adhérents: plus il est important, plus le syndicat est légitime et efficace pour négocier et obtenir des avancées concrètes.
      a3) Sans le prélèvement à la source, la survie financière du syndicat repose sur la collecte manuelle, ce qui diminue souvent les revenus et rend l’organisation fragile.
      a4) Nécessité du travail de terrain (« Organising ») : Les représentants doivent entrer en contact direct avec les travailleurs pour convaincre et collecter les cotisations. Cela nécessite une présence physique, des discussions individuelles et une structure locale forte.
      a5) Risques de répression et surveillance : Dans une dictature, ce travail de terrain est perçu comme une menace. La présence de représentants syndicaux et la tenue de réunions sur le lieu de travail sont souvent interdites ou étroitement surveillées. La collecte directe identifie les militants, les exposant à des représailles, licenciements ou arrestations.
      a6) Entrave à la représentativité : Les régimes autoritaires utilisent souvent l’interdiction du prélèvement automatique pour affaiblir les syndicats indépendants et favoriser des syndicats fantoches (« jaunes ») qui, eux, ne rencontrent pas ces obstacles. En somme, sans prélèvement automatique, le syndicalisme devient une forme de résistance souterraine, exigeant un courage militant élevé face à une répression préventive
      a7) La représentativité syndicale dans les usines et entreprises en Tunisie est-elle encadrée par le Code du travail, afin de garantir aux syndicats les moyens d’action, le temps de réunion ainsi que des espaces dédiés (bureaux et sièges permanents) au sein des entreprises et des institutions?
      a8) Il est très important que les représentants syndicaux bénéficient du statut de salarié protégé, leur licenciement étant soumis à une procédure spécifique.
      a9) La création de comités sociaux et économiques (CSE) pour la représentation du personnel. Il s’agit d’un droit syndical que la dictature ne peut pas interdire. En Allemagne, la formation de CSE est obligatoire dès 11 salariés. Le CSE est chargé de transmettre les réclamations des salariés à l’employeur, ainsi que de veiller à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail.

      B) La représentation syndicale dans les entreprises serait-elle permise sans entrave par la dictature?
      b1) La représentation s’effectue par la création de sections syndicales dans les entreprises, usines et institutions, et la désignation de représentants par les syndicats représentatifs (ayant obtenu au moins 10 % des suffrages au 1er tour du CSE) :
      b2) Le rôle des Délégués Syndicaux (DS) : il négocient les accords collectifs et représente le syndicat auprès de l’employeur.
      b3) Le rôle de la section syndicale RSS (Représentant de la Section Syndicale): Elle assure la défense des intérêts des salariés, le lien entre le personnel et le syndicat, et permet à une organisation non représentative de se structurer pour préparer les élections professionnelles.
      b4) Le rôle des représentants syndicaux au CSE : Le représentant syndical au CSE (RS au CSE) est un salarié désigné par une organisation syndicale représentative pour siéger au Comité Social et Économique (CSE). Contrairement aux élus, il ne participe pas aux votes, mais a un rôle consultatif pour porter la voix de son syndicat, notamment dans les entreprises de plus de 300 salariés

      C). La dictature permettrait-elle l’accès aux ressources et aux moyens d’action sans entrave au sein des entreprises?
      c1) Les organisations syndicales représentatives disposent de moyens légaux au sein des entreprises (généralement dès 50 salariés, voire moins selon les cas) :
      c2) Locaux syndicaux : Dans les entreprises de 200 salariés et plus, l’employeur doit fournir un local commun aux sections syndicales. Pour les entreprises de 1000 salariés et plus, un local propre à chaque syndicat représentatif est obligatoire.
      c3) Panneaux d’affichage : L’affichage des communications syndicales est obligatoire sur des panneaux réservés, souvent placés près des entrées de l’usine ou des lieux de travail.
      c4) Heures de délégation : Les délégués syndicaux bénéficient d’heures payées pour exercer leur mandat, dont le nombre varie selon l’effectif (ex.: 12h/mois entre 50-150 salariés, 24h/mois au-delà de 500).
      c5) Liberté de circulation : Ils peuvent se déplacer dans l’entreprise, y compris hors des heures de travail, et rencontrer les salariés sans autorisation préalable, à condition de ne pas gêner le travail.

      D) La dictature permettrait-elle les réunions et les négociations syndicales au sein des entreprises?
      d1) Réunions syndicales : Les sections syndicales peuvent organiser des réunions mensuelles dans les locaux au sein des entrepirses, usines et institutions (en dehors du temps de travail) et diffuser des tracts.
      d2) Négociations : Les délégués syndicaux négocient avec la direction sur les salaires, le temps de travail, etc.

      Fazit: En l’absence de prélèvement automatique des cotisations syndicales sur le salaire, le plus urgent est d’augmenter/maintenir le nombre des adhérents par le biais de cotisations à faible coût et fixes, plutôt qu’en pourcentage du salaire.

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